Photo © Fabrice Schiff

Par Baudouin Wisselmann

Déjà invité de Quais du Polar l’an passé et toujours chez Calmann-Lévy, Alfred Lenglet signe son deuxième roman policier, « Jeux Mortels en hiver ». Ce n’est pourtant pas son genre littéraire de prédilection, mais son métier de commissaire divisionnaire lui donne des arguments considérables pour le polar.

Chef du service de nuit de la Police Nationale à Lyon, cet atout n’a pas laissé indifférent son éditeur qui l’a incité à s’essayer au roman policier. Destiné un temps à rejoindre l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr après une classe préparatoire au Prytanée de la Flèche, c’est vers le concours d’officier de paix qu’il se réoriente. Il débute à la préfecture de Police de Paris avec des horaires en soirée, lui permettant alors de suivre des études d’histoire en parallèle. Une période de sa vie qu’il se remémore avec enchantement, ce double statut lui permet de découvrir les archives de la Police de Paris, sur laquelle il rédigera, pour la période d’avant guerre 14-18, son mémoire de maîtrise. « C’était génial tant sur l’accueil qui m’était réservé, que sur l’accès aux documents, je ne me levais pas de ma chaise, on me les apportait ». Il est envoyé en poste en Auvergne 4 plus tard, et découvre Thiers, Clermont-Ferrand et le Puy-en-Velay. Alfred Lenglet s’adonne alors déjà à l’écriture, et rédige 7 romans historiques. Chacune de ses œuvres prend place dans des lieux où il a habité, ou visité. Thiers est la scène de son premier roman, « Le Creux de l’enfer », et évoque les ateliers de coutellerie de la ville. Dans un souci de précision, il fait vérifier son manuscrit par les fabricants pour s’assurer que sa version de la confection des couteaux soit la plus fidèle possible. Donner au lecteur une expérience réaliste lui tient à cœur, il est assez regardant sur le contenu technique d’autres polars : « Quand on a un regard comme le mien, on voit parfois des erreurs dans les procédures pénales, dans le fonctionnement de la police, dans les relations avec les magistrats ou avec les journalistes ». Il fait de Mâcon, où il était directeur des renseignements généraux, le terrain de son héroïne le lieutenant Léa Ribaucourt, un nom typique du Nord dont il est natif. Cette manière de faire est propre à Alfred Lenglet, cela lui permet d’une part d’être précis dans la géographie du roman et d’autre part de le dédicacer très concrètement.

« Mes écrits suivent mon itinéraire professionnel »

A la fin du deuxième roman, l’enquêtrice est mutée à Lyon, la suite de l’histoire, à paraître dans un troisième roman se déroulera donc ici. « Je suis en train de le rédiger et je me fais plaisir, j’ai eu un vrai coup de cœur, je ne connaissais pas la confluence, les berges du Rhône, la Tête d’Or, la Croix-Rousse, et tous ces lieux y figureront. Je trouve malheureux que beaucoup de gens ne connaissent de Lyon que le bouchon du tunnel de Fourvière alors qu’on en a de délicieux par dizaines dans toute la ville ». Dans « Jeux mortels en hiver », la jeune fonctionnaire de police est confrontée à une seconde enquête criminelle dans le milieu « geek », celui des jeunes hackers. Tout démarre avec la découverte du cadavre de Vivian Verdier dans un bois, tué à l’arme de chasse. Manifestement, ce règlement de compte sur fond de trafic de stupéfiants est banal, mais le chiffre 4 tracé par la victime mourante reste intriguant. L’enquête révèle que le jeune homme accumulait les embrouilles et sa petite amie avoue qu’il aurait été sur un « gros coup ». Léa est alors amenée à découvrir une société secrète tenue par de jeunes gens très habiles, mais aux agissements suspects. Au delà de la trame du livre, « il y a plein de clins d’œil fait à la Saône-et-Loire, à la vigne, à la Roche de Solutré. Je me passionne vraiment pour les endroits que je traverse avec mon travail, mais on m’a reproché parfois de faire dans le guide touristique » (rires). Prochaine étape, un guide Bleu, façon polar ?