Texte Marco Polisson. Devant un parterre d’invités triés sur le volet, le Président de la République a remis les insignes d’officier de la Légion d’Honneur à Gérard Collomb. Lyon People était dans la place.

Elysée, mardi 8 mars 2022. Une cinquantaine de personnes ont investi la salle des fêtes du Palais de l’Elysée. Jusqu’à la dernière minute, les invités se sont interrogés quant à la tenue de cette cérémonie, alors que la guerre en Ukraine occupe (presque) tous les instants d’Emmanuel Macron qui cumule la présidence de la France et de l’Europe. Initialement programmée à 18h30, la remise de décoration a été décalée à 19h15.

Les habitués des palais de la République savent qu’ici n’existe pas la politesse des rois. Et la plupart de ceux qui ont eu le privilège d’être invités ce mardi à l’Elysée sont les mêmes qui ont accompagné Roland Bernard, place Beauvau, le 21 septembre 2017, pour la remise de ses insignes d’officier de l’ordre national du Mérite qui avait démarré avec deux heures de retard, Gérard Collomb ayant été retenu par le même Emmanuel Macron dont il était le ministre de l’Intérieur.

A 18h40, les portes de la salle des fêtes de l’Elysée s’ouvrent… 

Premières félicitations pour Gérard Collomb, en compagnie ici, de Zora Ait Maten, ancienne adjointe à la Ville de Lyon

19h. La salle affiche quasiment complet. Si le Président de la République se fait attendre, les heureux invités ont déjà pris leurs marques. Aux côtés de François Bayrou, Gérard Collomb peut apercevoir de nombreux proches et amis. Ses enfants, Thomas, Alexandre et Anne-Laure en tête. Manquent à l’appel Roland Bernard et François Turcas pour raisons de santé.

Au premier rang, les trois premiers enfants de Gérard Collomb. Derrière eux, François Patriat, sénateur de la Côte d’Or

Sont également présents le président de l’OL, Jean-Michel Aulas, l’ancien adjoint à la mairie de Lyon, Jean-Yves Sècheresse, ex adjoint à la Sécurité ou Jean-Dominique Durand, ancien adjoint au Patrimoine, et bien entendu son poulain Yann Cucherat, entouré de ses groupies…

Yves-Marie Ulhrich, ancien maire d’Ecully

Mais aussi l’ancien président du Sytral, Bernard Rivalta, Louis Pelaez, ex président de Lyon Parc Auto, ou encore l’ancien maire d’Ecully, Yves-Marie Uhlrich, tout heureux d’immortaliser ce moment et ses premiers pas en macronie.

19h30. Le Président de la République fait son apparition, accompagné de son épouse, Brigitte Macron.

19h35. Poignée de main et premiers échanges entre Emmanuel Macron et son ancien ministre de l’Intérieur.

Contrairement aux usages et au protocole, Gérard Collomb a prononcé le discours de bienvenue

19h45. C’est parti. Au micro, le Président de la République : « Il y a en vous, le sens profond des aventures humaines. Rien ne vous prédestinait à une telle carrière. Vous êtes né dans une famille modeste, père ouvrier et mère, femme de ménage, où le seul patrimoine que vous avez reçu est le goût du travail. A vos enfants et à vos proches, vous racontez souvent lorsque petit, votre père vous levait à 6h, pour vous amener à l’usine. Sous sa surveillance, vous étiez prié de faire vos devoirs.

Vos parents vous rêvaient d’un destin d’ingénieur, mais aux chiffres, vous avez préféré les livres et les lettres. Alors Bac en poche, au lycée du parc, vous avez découvert un monde que vous ne connaissiez pas. Vous travaillez alors deux fois plus que les autres, pour compenser ce que votre milieu social ne vous avait pas donné. Puis vous remplissez les amphithéâtres sous une ligne réformiste. Lors de votre concours, vous échappez de peu à un sujet impossible et vous héritez d’un sujet que vous maîtrisez et vous obtenez finalement le précieux sésame.

Votre famille est fière évidemment, mais à son grand regret, ce n’est pas votre métier, ni votre volonté d’acquérir, mais votre engagement militant au parti socialiste qui vous anime. Arrivé dans le 9e arrondissement de Lyon, vous ne manquez aucun des grands évènements dans votre quartier de Vaise. Vous faites le tour des maisons de retraite, vous serrez des mains, vous sillonnez les marchés et les bistrots. En 1981, vous devenez député à seulement 34 ans.

Plus que l’arrivée à l’Assemblée Nationale, c’est le tournant de la rigueur. Vous en tirez alors au moins deux leçons : une admiration sincère pour le Premier ministre, Pierre Mauroy, qui devient votre mentor. La deuxième, c’est la conscience que la science économique est une discipline indispensable à tous les postes à responsabilités. Vous vous mettez à étudier à fond.

Les trois premiers enfants de Gérard : Thomas, Alexandre et Anne Laure sont présents à l’Elysée

Puis en 1989, aux élections municipales, vos listes sont nettement battues. La perspective de diriger un jour la mairie de Lyon s’éloigne. Pourtant, malgré les regards dubitatifs de certains de vos amis, malgré les territoires plus favorables que l’on peut vous suggérer, vous persévérez. Le terrain, le terrain, le terrain… Vous ne cessez d’aller à la rencontre de vos concitoyens. En 1995, vous listes de gauche plurielle, une première en France, conquièrent 3 arrondissements. Vous voilà maire du 9e. Là, où beaucoup se seraient alors enfermés dans une opposition stérile, le 9e arrondissement devient rapidement votre meilleur atout électoral sous l’oeil bienveillant de Raymond Barre. Si bien qu’en 2001, c’est la consécration. Enfin !

« Je sais, cher Gérard, tout ce que je vous dois »

Vous que certains avaient qualifié de « looser », réalisez le rêve d’une vie : vous devenez le premier maire socialiste depuis 100 ans, après Victor Augagneur. C’est la victoire de la persévérance et de l’intelligence, d’un bâtisseur. Mais vous n’êtes pas du genre à aimer le pouvoir pour le pouvoir. Dès 2001, commence une série de projets. Vos mandats seront ceux d’une transformation spectaculaire. L’agglomération devient l’un des poumons de la France. Vous attachez une grande importance à la mixité sociale. Dans les quartiers chics de Lyon, des logements sociaux apparaissent. Vous faites de Lyon, la ville du bien vivre. Votre secret, c’est le dépassement politique.

Vous avez d’ailleurs beaucoup donné de votre santé. Vous êtes aussi cette voix qui n’a jamais peur de s’exprimer.

Vous avez été un grand artisan de ce que fut ma victoire. Je sais, cher Gérard, tout ce que je vous dois. Elu Président de la République, c’est naturellement que je vous propose de devenir ministre d’Etat. Par amitié, vous acceptez la charge. La tâche est difficile. Pendant vos 18 mois, vous n’avez cessé de penser à Lyon. C’est votre chair.

Je voulais vous remercier de ce sacrifice. A la tête de ce ministère, vous avez œuvré sans relâche.

Vous vous employez à faire voter des lois contre le terrorisme, ou pour sortir de l’état d’urgence et mettre en place une police de proximité du quotidien. Par vos réformes, vous avez posé les jalons de la lutte conte la délinquance, contre l’islamisme radical. Mais je voulais vous dire que vous pouvez être fier de vos 18 mois à la tête du ministère de l’Intérieur. J’ai toujours eu un ministre loyal, franc et déterminé.

Vous avez rendu fier l’ensemble des fonctionnaires, des policiers et tous ceux qui se battent au quotidien. En octobre 2018, vous reprenez votre liberté pour revenir à Lyon et préparer les échéances à venir. Vous restez dans le cœur des Lyonnais comme la personne qui a changé leur ville et bien souvent, comme l’homme qui a changé leur vie. Mais vous n’aviez jamais reçu de distinction de la République. Des distinctions pourtant, vous n’en manquez pas. Je suis très fier ce soir de réparer une forme d’injustice. Cette distinction que je vous remets aujourd’hui aurait rendu fier vos parents « .

20h30. Une heure après avoir décoré son ami, le président de la République est toujours présent. Il répond aux nombreuses demandes de selfies, fait connaissance avec les invités. Gérard Collomb nous présente à lui comme « le journal de la Résistance » (rires).

Evelyne Haguenauer, ancienne adjointe à la Mémoire, et Emmanuel Macron en mode selfie

21h00. Après le cocktail, Gérard Collomb et Emmanuel Macron s’éclipsent pour un dîner en tête-à-tête. Autant dire qu’ils auront beaucoup de sujets de discussion. Brigitte Macron est repartie à une soirée de gala en faveur de l’Ukraine. Les invités font honneur au délicieux buffet préparé par la brigade de Fabrice Desvignes, ancien sous chef du Sénat, et successeur de Guillaume Gomez à l’Elysée. 

A un mois de l’élection présidentielle, ces chaudes retrouvailles du Président de la République et de son premier ministre de l’Intérieur ne manqueront pas d’alimenter la chronique. Quel que soit son rapport avec Gégé, chacun d’entre nous a son avis sur la question. Ses amis y voient la reconnaissance légitime de l’Etat envers celui qui a occupé pendant 20 ans le fauteuil de maire de Lyon. Et n’accordent qu’une oreille distraite – disent-ils – aux commérages.

Journalistes et commentateurs s’interrogent, quant à eux, sur le timing. N’y aurait-il pas anguille sous (l’homme de la) roche ? On sait Gérard Collomb (et Caroline, absente de la cérémonie) en délicatesse depuis de longs mois avec la Macronie. On lui a prêté des velléités de présenter des candidats dissidents aux élections législatives*, ce qui aurait pour conséquence la perte de la moitié des circonscriptions LREM dans le Rhône. Alors ? Ce geste de reconnaissance empli d’émotion d’Emmanuel Macron n’est-il que simple calcul politicien ? Cette question fut certainement au menu de leur tête-à-tête. Elle sera également au sommaire de l’interview de Gérard Collomb au micro de Philippe Lecoq sur cette antenne.

*Sur notre antenne, Yann Cucherat a récemment exclu cette hypothèse

Palais de l’Elysée 
Mardi 8 mars 2022