Texte : Fanny Suteau – Entrepreneur à la tête de Célestin Nettoyage, président du Pôle Jeunes de la CPME du Rhône, chroniqueur économique sur BFM Lyon… À 39 ans, Jean Bergue multiplie les casquettes avec une énergie peu commune. Ancien sous-marinier de la Marine nationale, il incarne une nouvelle génération de dirigeants pour qui engagement, innovation et transmission vont de pair.
Né en Mayenne, Jean Bergue arrive à Lyon adolescent, sans imaginer que la métropole deviendrait le théâtre de toutes ses aventures professionnelles. Son parcours ressemble à un roman d’apprentissage : un bac STI en génie mécanique, trois années passées sous les mers à bord du sous-marin nucléaire Le Vigilant, puis un retour sur les bancs de l’école. DUT, IDRAC, master spécialisé à l’EM Lyon, avant un stage qui l’emmène aux États-Unis, chez Dassault Falcon Jets. « Là-bas, tout est possible. On encourage la prise de risque. Cette culture de l’optimisme m’a énormément marqué », souligne ce dernier.
Du sous-marin aux vélos-cargos
Quatre années outre-Atlantique plus tard, son beau-frère, Jérôme Célestin, lui propose de reprendre l’entreprise familiale, fondée en 1986. À son retour, le constat est brutal. « L’entreprise était dans un état catastrophique. Les bilans n’étaient pas faits, les dettes étaient énormes », explique l’entrepreneur.
Faute de moyens, Jean Bergue repart quelques mois plus tard, crée une société d’investissement immobilier, travaille comme acheteur industriel chez Boehringer Ingelheim, tout en gardant un œil sur Célestin Nettoyage. En février 2020, il relance finalement l’entreprise avec son beau-frère. Et cinq ans plus tard, le pari est gagné. Sa femme, Diana, rejoint l’aventure pour développer la partie commerciale et les effectifs passent de 25 à près de 80 salariés.
Mais la véritable révolution intervient en 2023. Lassé des utilitaires, Jean Bergue mise sur les vélos-cargos. Aujourd’hui, 25 vélos sillonnent les rues de Lyon, contre une dizaine de véhicules seulement. Une décision écologique, mais surtout stratégique. « Le premier bénéfice, auquel on ne s’attendait pas, c’est le recrutement. On a supprimé la contrainte du permis de conduire », indique-t-il. Une innovation qui améliore aussi les déplacements, réduit les temps perdus dans les embouteillages et crée, selon lui, « une relation beaucoup plus sympathique avec les clients et les passants ».
L’entrepreneuriat comme engagement
Entrepreneur, Jean Bergue l’est profondément. Pourtant, rien ne le prédestinait à cette voie. « J’ai toujours voulu entreprendre. J’ai cette fibre en moi, pourtant je n’ai pas d’entrepreneur dans ma famille ». Ce qu’il recherche avant tout ? L’autonomie, la capacité à décider et à construire.
Cette philosophie dépasse largement les murs de son entreprise. Nommé président du Pôle Jeunes de la CPME du Rhône l’an dernier, administrateur de la fédération des entreprises de propreté, mandataire à la CCI ou encore président régional d’un club dédié à la transition numérique, il consacre énormément de son temps à l’accompagnement des jeunes dirigeants.
Son ambition est claire : aider les entrepreneurs à franchir le cap le plus difficile, celui du premier recrutement. « Passer de « solopreneur » à chef d’entreprise, c’est apprendre à s’entourer. On ne réussit jamais seul », insiste celui pour qui les rencontres constituent souvent le meilleur accélérateur de carrière.
Toujours une idée d’avance
À cette vie déjà bien remplie s’ajoute une autre facette, plus inattendue. Depuis près de dix ans, Jean Bergue anime des émissions économiques, sur Télé Lyon Métropole (TLM), devenue aujourd’hui BFM Lyon, où il présente l’émission Mon Notaire et Moi. Une activité née presque par hasard, nourrie par une curiosité insatiable. « J’aime poser des questions et découvrir ce que font les gens ».
Derrière son tempérament cartésien, méthodique et très organisé, il revendique une conviction simple : avancer plutôt que subir. Une philosophie résumée par la phrase qu’il répète volontiers à ses équipes : « Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions. S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème ».
À l’heure où Lyon cherche de nouveaux visages de l’entrepreneuriat, ce père de deux enfants incarne cette génération de dirigeants qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Ancien sous-marinier devenu capitaine d’entreprise, Jean Bergue continue de tracer sa route avec la même boussole : l’audace, l’engagement, et une bonne dose d’optimisme américain.



















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