Texte : Marco Polisson – A l’issue d’une campagne électorale passionnante, les électeurs étaient appelés aux urnes pour un premier tour (de chauffe), ce dimanche 15 mars 2026. Avec, en filigrane, une grosse interrogation : les sondeurs se sont-ils trompés durant toute la campagne ?
Les bureaux de vote lyonnais fermant à 20h, il a fallu patienter jusqu’à 22h pour que les premières estimations parviennent aux journalistes concentrés dans les salons de la préfecture du Rhône où se déroulait la soirée électorale (à revivre, heure par heure, ici). La grosse surprise promise par les Verts – à savoir une remontada de malade – a bien eu lieu. « On a l’impression d’avoir raté un éléphant dans un couloir » grogne un élu LR sortant en découvrant l’ampleur des dégâts.
Les résultats définitifs sont tombés à 3h00 du matin
Avec seulement 36,78% des suffrages, l’alliance « Cœur Lyonnais » de Jean-Michel Aulas est distancée par Grégory Doucet au niveau de la ville, mais aussi dans 6 arrondissements lyonnais sur 9. A l’échelle municipale, le « président » est devancé par l’union de la gauche écologiste du maire sortant (37,36%), suivi d’Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI) avec 10,41%, d’Alexandre Dupalais (UDR RN) 7,07%. Georges Képénékian (3,53%) et Nathalie Perrin-Gilbert (3,64%) ferment la marche devant les 3 candidats d’extrême gauche (1,20%).
Au rayon de ses rares satisfactions en cette folle soirée, la droite lyonnaise peut saluer l’élection de Samuel Soulier dès le premier tour avec 51,50% des voix dans le 6eme. Il remporte 18 sièges sur les 22 à pourvoir. Même performance pour Thomas Rudigoz qui retrouve son fauteuil de maire du 5eme avec 50,38% et 15 sièges sur 20. Dans le 2eme, le maire sortant Pierre Oliver échoue à sa réélection au premier tour de 61 voix.
Sa position de favori des sondeurs a fait de Jean-Michel Aulas l’homme à abattre.
L’ancien président de l’OL est loin des 47% annoncés en septembre-octobre-novembre et décembre, mais la décrue observée lors de l’entrée en campagne des écologistes (avec une calculette vidéo très réussie) s’est néanmoins accentuée durant le dernier mois de campagne au cours duquel Jean-Michel Aulas a lourdement trébuché. Lors de deux séquences médiatiques majeures : la matinale de France Inter, et son ticket de métro pas vraiment sexy, puis le débat national sur BFM TV suivi par 3 millions de téléspectateurs en cumulé.

« La bascule s’est produite au moment du débat. La politique, c’est un métier » analyse un cadre supérieur de la droite lyonnaise
Cette très mauvaise séquence – qui restera un cas d’école – est à l’heure actuelle toujours inexpliquée. De multiples offres de media training accéléré sont parvenues immédiatement à Roman Abreu, son directeur de la communication, dont les oreilles ont sifflé à l’issue de cet épisode qui a regonflé les montgolfières écologistes comme jamais. « Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de gens qui me disent qu’ils l’avaient trouvé vraiment catastrophique et qu’ils allaient finalement voter pour moi » s’est paluché Grégory Doucet dans les colonnes du Progrès.* A juste titre.
Ce badbuzz télé réalité a relancé la campagne que certains pensaient pliée dès le premier tour. JMA est ressorti essoré du jacuzzi médiatique, avec aux fesses, l’ensemble des candidats de gauche, d’extrême gauche et d’extrême droite, bien aidés dans leur halali par un Club de la presse l’accusant – par voie de communiqués – de trier les journalistes pour ses séquences publiques. Si le Club de la presse avait délivré les mêmes admonestations pour Grégory Doucet et Bruno Bernard qui ont agi de même avec Lyon People **, la séquence eut été factuelle et équitable.
Une dernière semaine éprouvante pour les nerfs
Jean-Michel Aulas s’est donc présenté dans la dernière ligne droite en fort mauvaise posture médiatique au point de faire douter certains de ses soutiens. Cependant, la majorité des internautes, sur tous les réseaux sociaux des médias et des candidats se sont déchainés sur Doucet et Bernard. Une séquence paradoxale qui n’a pas manqué de mettre un bon coup de stress aussi bien aux Lyonnais acquis à l’alternance qu’à son équipe de campagne.
Lot de consolation, cette dernière a enchaîné avec un meeting très réussi, le 10 mars, à la Sucrière devant 2 500 personnes au cours duquel « on a retrouvé Jean-Michel Aulas » dixit le Vobs. L’intervention poétique du chef Grégory Cuilleron a été particulièrement remarquée. La tête de liste « Grand Cœur Lyonnais » à la Métropole, Véronique Sarselli, s’est également illustrée lors de cette séquence suivie par de nombreux maires venus la soutenir. Elle termine au soir du premier tour en tête pour les métropolitaines (les résultats ici) et réélue dès le premier tour dans son fief de Sainte Foy les Lyon.
Le suspense s’est accentué mercredi et vendredi avec la sortie de deux nouveaux sondages.
Notamment le sondage sorti du chapeau par l’institut Cluster 17, vendredi, la veille de la pause électorale donnant les deux favoris au code à coude. Cette enquête alarmante n’a pas eu l’effet escompté sur les partisans de Jean-Michel Aulas : son électorat n’a pas su se remobiliser en cette belle journée printanière. Dès 21h30, les premiers sondages confirmaient le mano à mano entre les deux candidats : Jean-Michel Aulas 36,8% et Grégory Doucet 36,8%.
Malgré son talent, Alexandre Dupalais – révélation politique de la campagne au moment du débat – ne réussit pas à dépasser les 10% qualificatifs pour passer le cap du premier tour. Ses électeurs devraient, dans leur grande majorité, se reporter sur Jean-Michel Aulas pour éviter d’en reprendre pour 7 ans avec les écologistes. Autre interrogation : les électeurs de Georges Képénékian feront-ils de même ?
Dans ces conditions, la candidate LFI a les cartes en mains.
Se maintiendra-t-elle ou fusionnera-t-elle ? La seconde hypothèse est la plus probable. « Ils ne vont pas lâcher le gâteau » me souffle Julien. Les négociations entre les mélanchonistes et les écologistes ont déjà démarré, ce qui est déjà l’un des angles d’attaque de Jean-Michel Aulas, alors que le meurtre de Quentin par la Jeune Garde est encore dans toutes les têtes. D’autant que cette union va créer des remous à gauche.
Raphaël Glucksmann a en effet fermé la porte à tout accord avec La France insoumise. Le dirigeant de Place publique a réaffirmé ce dimanche 15 mars qu’aucun candidat de son parti ne ferait alliance avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon au tour suivant. « Il n’y aura pas de candidat ou candidate Place publique sur les listes qui fusionneraient avec La France insoumise », a-t-il redit sur le plateau de TF1, au soir du premier tour des élections municipales.
Il ne reste qu’une semaine aux équipes de JMA pour renverser la tendance, avec un débat 2eme tour sur France 3 très attendu. La dernière ligne droite s’annonce haletante. Tout le monde a la palpite !
* Le Progrès du lundi 9 mars 2026
** Notre media a été rayé des listings presse de la Ville de Lyon depuis le début du mandat des écologistes. Avec suppression des communiqués, des invitations aux conférences de presse… sans que cela n’émeuve le Club de la Presse.


















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