Interview. Pascal Charmot : « Un maire défend son territoire et l’intérêt de sa commune »

22 janvier, 2026 | Actualités Politiques | 0 commentaires

Propos recueillis par Morgan Couturier Maire de Tassin la Demi-Lune depuis douze ans, Pascal Charmot entretient un attachement charnel avec sa commune. Prêt à repartir au combat et à incarner le dynamisme de sa ville, l’édile a déjà fixé sa ligne de conduite pour la campagne des municipales. Il se livre sans détour sur sa ville, l’avenir de cette dernière et plus largement, de la Métropole de Lyon.

LP : Vous avez connu en début d’année des soucis de santé qui vous avaient contraint à prendre un peu de recul. Comment allez-vous aujourd’hui ?
PC : Je vous remercie pour cette question. C’est très précieux de prendre des nouvelles de la santé de nos semblables. J’ai la chance d’aller bien. Et ce n’est pas seulement la chance, c’est avant tout la qualité des professionnels qui ont été présents. J’ai fait un AVC, comme 150 000 personnes en France chaque année. L’important, c’est d’être bien entouré, c’est d’avoir les professionnels qui savent agir vite et bien. On a aussi dans l’agglomération lyonnaise une offre de santé, une qualité de soins qui est remarquable et j’en ai bénéficié.

Vous semblez avoir récupéré la plénitude de vos moyens ?
Oui ! Il a fallu passer par une phase où je me suis mis en retrait de l’activité municipale. C’était tout à fait normal et nécessaire. Et puis c’était aussi une question de transparence vis-à-vis des Tassilunois. Il fallait leur dire qu’à ce moment-là, j’avais une priorité qui était celle de ma santé.

« J’ai une fidélité et un attachement fort à la ville de Tassin La Demi-Lune »

Vous l’aviez annoncé en janvier 2025, êtes-vous toujours officiellement candidat à votre réélection à la Mairie de Tassin La Demi-Lune ?
La question de repartir, je me la suis posée, je l’ai posée aussi avec mon équipe. Et c’est dans le cadre de cette discussion que ma décision a été prise de candidater de nouveau pour l’élection municipale. Alors oui, je vous le confirme, je suis candidat à l’élection municipale à Tassin la Demi-Lune. Et cela, je l’ai convenu aussi bien avec mon équipe qu’avec ma famille et mes proches.

A quoi ressemblera votre équipe pour le prochain mandat ?
Nous sommes avec une équipe qui se constitue. Il faut toujours se garder des opportunités pour accueillir les bons profils et parce que, justement, nous avons ici, à Tassin La Demi-Lune, la chance d’avoir une ville qui a évolué, qui a changé et avec des visages nouveaux. Donc la campagne se fait aussi en fonction de cela. Il faut voir comment répondre aux besoins des habitants, à ces visages nouveaux et à ces attentes nouvelles.

Concrètement, quelles sont vos idées fortes ?
Nous aurons à proposer des projets structurants, des grands projets. Je pense en particulier que dans le quartier d’Alaï, compte-tenu de l’évolution du secteur et des enjeux qui s’y trouvent, il y a là un projet urbain de grande envergure à penser avec la Métropole. Il y aura aussi des projets dans le périmètre de l’Hôtel de Ville par le fait des évolutions que nous avons déjà engagées dans le paysage de notre ville avec le transfert des écoles de la Demi-Lune et de Berlier Vincent sur la nouvelle école Samuel Paty. Nous allons également accentuer nos efforts en matière de sécurité.

Face à vous, vous allez retrouver un adversaire bien connu, Julien Ranc, que vous avez battu à deux reprises. Vos victoires précédentes sont-elles de nature à vous mettre en confiance ?
Quand un projet et une perspective sont devant nous, il faut pouvoir maîtriser la façon dont on va les mettre en place. Pour compléter ce que je disais juste avant, les questions du sérieux et de la rigueur, notamment sur le plan financier, sont essentielles, pour nous permettre de voir plus loin et d’engager les projets d’avenir. La question est donc de savoir quels sont ceux des habitants qui, aujourd’hui, à Tassin La Demi-Lune, ont envie de partager cela. Mais il ne faut pas faire preuve de confiance excessive. Et ne pas devancer la confiance des administrés, parce que cette confiance n’est jamais totalement acquise. Il faut savoir écouter, il faut savoir avancer. L’expérience des deux mandats est une force, mais ce n’est pas une garantie. Donc pour moi, cette campagne sera comme si c’était la première. C’est très important de le partager et que toute l’équipe soit dans cette même approche.

Julien Ranc s’est récemment targué d’avoir attiré votre première adjointe, Katia Pechard, dans ses filets. Avez-vous pris ce ralliement comme une trahison ? Je préfère faire le choix de la dynamique que le choix de la polémique. Le sujet est passé. Il est passé de manière délicate et compliquée parce que, je pense, les conditions dans lesquelles cela s’est fait, a déstabilisé mais a surtout déçu tout le monde ! Pas simplement moi en tant que maire et en tant que partenaire politique depuis de très nombreuses années, mais aussi les habitants. Mais bon, c’est derrière nous ! L’important pour moi, ce n’est pas de faire un tableau de chasse.

« On ne peut pas être dans une logique où on se soumet aux obsessions et à l’idéologie »

Son départ en appelle-t-il d’autres ? De quelle façon et dans quelle proportion allez-vous renouveler votre liste ?
Une liste en général, durant sa vie, il y a toujours du mouvement. Il y a déjà ceux qui savaient ou pour lesquels j’avais déjà annoncé que je ferais du renouvellement. Je l’avais annoncé dès le début de 2025 et même un peu avant. Il y a des personnes qui se sont sentis le destin d’aller trouver une poursuite de leur engagement ailleurs. Renoncer à un mandat, dans le cadre de la collectivité, je conçois que ce soit toujours un moment difficile. Mais la règle du jeu, tout le monde la connaît. Le renouvellement, ça amène forcément à se séparer de certaines personnes. Certaines, elles-mêmes, font un choix de vie professionnelle et/ou personnelle qui les amène à arrêter leur mandat. Bien sûr, il y a aura du renouvellement.

Votre opposition aux écologistes de la Métropole porte notamment sur le projet de tram express (TEOL). Où en êtes-vous dans ce combat ?
Il faut bien comprendre qu’un maire défend son territoire et l’intérêt de sa commune. Ça ne peut pas être une logique où on se soumet aux obsessions et à l’idéologie. Ça n’est pas entendable ! Moi, je suis dans le pragmatisme. C’est une autre façon de penser l’action publique et surtout d’être aux côtés des habitants. Avec la majorité des maires sur ce mandat, nous avons exprimé vis-à-vis de la Métropole, des divergences et surtout des inquiétudes et des critiques vis-à-vis de cette gouvernance.

Concernant le TEOL, existe-t-il encore des motifs d’espoir pour les Tassilunois qui risquent de voir leur maison rasée ?
Sur la question du tram express, les habitants sont inquiets, mais ils le sont d’autant plus que l’on ne leur a pas donné les règles du jeu et la lecture de la vérité au moment où il y avait l’obligation de le faire. Notamment pendant la concertation ! Pendant cette concertation, pour la partie du tramway qui arrive sur Tassin la Demi-Lune, le Sytral et la Métropole proposaient deux scénarios, A et B, en surface. Au cours de toutes les réunions préparatoires avec la Métropole, nous avons indiqué les raisons pour lesquelles ces scénarios étaient inadaptés. Surtout, ces scénarios étaient mauvais parce qu’ils impactaient Tassin la Demi-Lune de façon beaucoup trop forte, et surtout parce que ces tracés n’étaient pas en souterrain.

Les écologistes veulent toujours imposer par la force leur tramway express de l’Ouest Lyonnais. Derrière la carte postale bucolique, du stress, des expropriations et des démolitions…

Que sont devenus ces deux tracés ?
On a vu pendant la concertation que nous avions raison de craindre ces tracés A et B. D’ailleurs très vite dans le cadre de cette concertation, le Sytral et la Métropole se sont rendu compte que ça ne marchait pas. C’est ce qu’on leur avait dit depuis toujours. Et puis, in extremis, à dix jours de la fin de la concertation, ils ont mis sur la table un projet C, qui impacte encore plus la ville de Tassin la Demi-Lune, bouleverse le paysage et encore plus les personnes. Les riverains ont donc des raisons très sérieuses et honnêtes d’être très inquiets. Nous sommes à leurs côtés.

En cas d’alternance à la Métropole, ce projet sera-t-il complètement abandonné ?
En cas de victoire de notre camp, oui. Parce que ce n’est pas un projet à l’échelle des enjeux de la Métropole et encore moins de l’Ouest Lyonnais. Notre famille politique a défendu depuis de nombreuses années un projet de mobilité pour la métropole, orienté vers un grand plan métro. Ça reste une vérité et une nécessité.

« La Préfecture a une logique strictement comptable, mais cette logique finit par être source d’échec »

Un autre sujet cristallise les tensions : la construction de trois immeubles HLM sur un terrain jouxtant une propriété classée, appartenant à la famille Rieussec. Cette propriété a fait l’objet d’un reportage de 6 pages dans notre magazine spécial patrimoine *. Pourquoi contestez-vous ce projet ?
Ce projet, je le conteste parce que le site en lui-même ne peut le contenir ou le supporter. C’est un site très largement végétalisé, boisé et même classé pour une partie. Deuxièmement, la voirie est trop étroite par rapport à l’impact que peut représenter 63 logements sur une emprise foncière comme celle-ci. Et enfin troisième point, les accès à cet ensemble immobilier sont dangereux. D’ailleurs, la Métropole a émis un avis défavorable sur cette question de l’accès. C’est exactement le type de situation qui m’amène quand je traite les permis de construire, à m’y opposer.

Les riverains contestent le projet d’urbanisation de la propriété Rieussec

Comprenez-vous la logique de l’État ?
Dans ce projet, comme dans d’autres, la Préfecture a une logique strictement comptable. Elle veut produire du logement social et remplir un objectif purement quantitatif. Cette logique finit toujours par être source d’échec de la politique qu’elle porte. On ne peut pas être dans une logique comptable lorsqu’il s’agit d’apporter aux familles un cadre de vie et des conditions d’habitat satisfaisantes. Quand les projets sont réalisés dans des conditions inappropriées, ça affaiblit la parole publique.

C’est d’ailleurs ce que veut démontrer le collectif d’habitants « Tassin en danger ».
Les habitants ne comprennent pas quel est le sens de l’action publique. Surtout quand les choses sont imposées.

Dans le même esprit, la Préfecture du Rhône veut construire des logements sociaux en lieu et place des bureaux d’APAVE. Les riverains sont vent debout. Vous aussi ?
C’est encore plus incompréhensible parce que le projet que le promoteur porte avec la Préfecture veut changer le PLU. C’est non seulement une anomalie mais surtout une erreur fondamentale que d’amener du logement collectif avec des bâtiments qui vont être à R+4 dans un secteur qui est très pavillonnaire et où il n’y a pas d’accès aux services de proximité. Et cela, ce n’est pas dû à une défaillance de la collectivité, mais parce que la Ville n’avait pas du tout envisagé qu’il y ait un développement d’habitat collectif et de densification à cet endroit.

En effet, cela semble aller à l’inverse du plan local d’urbanisme que vous avez défini en 2019 ?
Oui, parce que nous voulions confirmer la vocation économique du site. Pour nous, il est essentiel de conserver des poches d’activité économiques. Si on les change pour faire de la construction, non seulement on change la physionomie du quartier et la physionomie de la ville, mais surtout on ne sera pas capable de retrouver ces poches d’activité économique ailleurs. Tassin la Demi-Lune a vocation à garder de l’activité et même à en faire venir plus dès lors que nous pouvons l’accueillir. Notre territoire a ses possibilités, on veut les garder et c’est la raison pour laquelle je m’oppose à cette modification. Pour l’instant, nous attendons les résultats de l’enquête publique.

Qui a le pouvoir de changer le PLU sur cette zone ?
C’est l’arrêté de Madame la Préfète après l’enquête publique et à la lecture du compte-rendu du commissaire enquêteur, qui permettra à ce moment-là d’enclencher la modification et les acquisitions.

À l’insu de votre plein gré ?
Contre l’avis de la Ville oui ! Et contre l’avis des habitants qui là aussi, se sont organisés pour monter un collectif et défendre les intérêts du quartier. Je dirais même plus que tout cela va contre l’intérêt des futurs habitants, si ce projet va jusqu’au bout. Mettre 103 familles, avec 40 % de logements sociaux, soit des familles qui ont besoin d’un accompagnement plus important de la part de la collectivité, ça n’a jamais été prévu à cet endroit. C’est pourquoi le projet serait vraiment inapproprié, et je dirais même destructeur pour l’équilibre et la tranquillité de la commune. Personne ne sera capable d’apporter une bonne réponse pour ces familles dans le contexte dans lequel elles arriveraient.

Les riverains en colère devant les bureaux de l’APAVE qui risquent d’être transformés en immeubles HLM

N’est-ce pas le pot de terre contre le pot de fer ?
En tant qu’élu, j’ai dit à la Préfecture que je ne pouvais pas accepter la décision qui était celle de l’État de retirer la compétence d’attribution et d’instruction des permis de construire. Notre action à nous, élus de terrain, c’est de préparer l’avenir, mais surtout de le faire dans une cohérence. Quand on n’arrive pas à le faire en dialogue avec l’État, il nous reste la solution de la voie contentieuse. Une voie légale. Donc nous l’utilisons et nous ferons recours aussi contre ce projet si le permis de construire est effectivement déposé.

« À Lyon comme à la Métropole de Lyon, il est grand temps que les choses changent »

 Au niveau de la Métropole de Lyon, pour déloger le président écologiste Bruno Bernard, votre famille politique a confié à Véronique Sarselli, maire de Sainte Foy, la mission de faire l’union. Où en êtes-vous à ce sujet ?
Aujourd’hui, pour l’élection à la Métropole de Lyon, il y a encore du travail à faire pour préparer les équipes, préparer les listes, mais une chose est certaine : il y a une dynamique confortée par la candidature de Jean-Michel Aulas à Lyon. Et cette dynamique est renforcée aussi par l’engagement de Véronique Sarselli comme tête de liste de notre famille politique. C’est un intérêt conjoint que l’élan porté par la candidature à Lyon de Jean-Michel Aulas rayonne sur le territoire entier de la métropole. Mais chacun, effectivement, dans sa mission et surtout dans son périmètre.

On vous a vu au premier meeting de Jean-Michel Aulas. Comment étendre la dynamique de sa campagne à la Métropole ?
On voit bien qu’il y a une véritable adhésion de la part de la population. Parce qu’il aime Lyon tout simplement. Je ne crois pas que ce soit le cas de Monsieur Doucet. Cette dynamique est renforcée par la dynamique en périphérie de Lyon avec les maires. Là où il est nécessaire de la conforter, nous la conforterons. Et ce, dans le même esprit de réaliser cette union entre les familles et les composantes politiques qui partagent une même ambition, un même projet. Nous savons que Véronique Sarselli comme Jean-Michel Aulas, partagent cette approche. Il est grand temps que les choses changent.

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Marco Polisson

Rédacteur en chef
Co-fondateur du magazine.
En charge de la rédaction et responsable des partenariats.
Délégué à la protection des données RGPD

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