Débaptisation des rues Lyonnaises. Avant la rue Bugeaud, la place Jules Ferry ?

25 juin, 2026 | Actualités Lyon | 9 commentaires

La tribune libre de Bernard B. dit Le Gazetier On nous parle avec insistance de l’insistance des écologistes pour débaptiser la rue Bugeaud. Ne serait-il pas temps d’apprendre à ces « moralisateurs » l’histoire de notre pays, et que la censure peut être à double tranchant.

Parlons de Jules Ferry et de son discours du 28 juillet 1885 à l’Assemblée Nationale (reproduit ci-dessous). Jules Ferry, membre de la Gauche Républicaine, puis de l’Union des Gauches, chantre de la colonisation, nous instruit sur la hiérarchisation des races :

« Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures »

« Les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures » ou encore « Ce sont aux nations européennes de s’acquitter avec grandeur de ces devoirs supérieurs de civilisation ».

Si, au XXIème siècle, nous reprouvons bien évidement ces déclarations de la fin du XIXème siècle, elles font néanmoins parties de notre histoire, tout comme l’action du général Bugeaud, gouverneur général à Alger au début du XIXème siècle.

Est-il opportun d’ajouter que Jules Ferry est maitre de sa pensée et de ses dires, à l’inverse de Bugeaud qui est un militaire devant appliquer la politique et les ordres de ses supérieurs : le Roi Louis-Philippe et son gouvernement ?

Alors quelle plaque de rue doit-on dévisser ? Thomas Bugeaud ou Jules Ferry ?

Le passé est notre socle commun, nous vivons dans notre beau pays grâce aux hommes qui nous ont précédés. C’est la somme de ces actions qui a construit notre nation. Il s’agit de notre héritage commun.

Qui êtes-vous, Messieurs les censeurs d’aujourd’hui, pour juger ceux qui nous ont précédés ? De quel droit osez-vous interpréter l’histoire de notre pays avec vos idées peu matures qui demain seront démodées voire ridicules ?

Si vous voulez travailler pour la cité, alors regardez devant vous, c’est l’avenir qui doit vous guider. Le passé est clos ; on peut le louer ou le critiquer, on ne le changera pas. A force de retourner le passé à sa guise, ce dicton russe pourrait bien être réalité : « On ne sait pas de quoi hier sera fait ».

> Pour signer la pétition contre la débaptisation de la rue Bugeaud, cliquez ici : https://www.onparticipe.fr/p/TsK2vMqu

Élection présidentielle de 1887 : vote de l’Assemblée nationale au château de Versailles, avec Jules Ferry au premier plan (gravure d’Albert Bellenger – Source Wikipedia).

LE DISCOURS DE JULES FERRY
Assemblée Nationale – 28 juillet 1885

La séance parlementaire du 28 juillet 1885 est consacrée à la discussion d’un projet de crédits extraordinaires pour financer une expédition à Madagascar où la France tente d’imposer son protectorat. Elle intervient dans un contexte de colonisation poussée par les gouvernements de gauche et d’extrême gauche. La Tunisie, en 1881, l’Annam en 1883 et le Tonkin en 1885 deviennent des protectorats français.

« Vous nous citez toujours comme exemple, comme type de la politique coloniale que vous aimez et que vous rêvez, l’expédition de M. de Brazza.* C’est très bien, messieurs, je sais parfaitement que M. de Brazza a pu jusqu’à présent accomplir son oeuvre civilisatrice sans recourir à la force ; c’est un apôtre ; il paie de sa personne, il marche vers un but placé très haut et très loin ; il a conquis sur ces populations de l’ Afrique équatoriale une influence personnelle à nulle autre pareille ; mais qui peut dire qu’un jour, dans les établissements qu’il a formés, qui viennent d’être consacrés par l’aréopage européen et qui sont désormais le domaine de la France, qui peut dire qu’à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu’à un moment donné les populations n’attaqueront pas nos établissements ? Que ferez-vous alors ? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela ; vous résisterez par la force et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures …

Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… La vraie question, messieurs, la question qu’il faut poser, et poser dans des termes clairs, c’est celle-ci : est-ce que le recueillement qui s’impose aux nations éprouvées par de grands malheurs doit se résoudre en abdication ? Est-ce que, absorbés par la contemplation de cette blessure qui saignera toujours, ils laisseront tout faire autour d’eux ; est-ce qu’ils laisseront aller les choses ; est-ce qu’ils laisseront d’autres que nous s’établir en Tunisie, d’autres que nous faire la police à l’embouchure du fleuve Rouge et accomplir les clauses du traité de 1874, que nous nous sommes engagés à faire respecter dans l’intérêt des nations européennes ? Est-ce qu’ils laisseront d’autres se disputer les régions de l’Afrique équatoriale ? Laisseront-ils aussi régler par d’autres les affaires égyptiennes qui, par tant de côtés, sont des affaires vraiment françaises ?

Je dis que la politique coloniale de la France, que la politique d’expansion coloniale, celle qui nous a fait aller, sous l’Empire, à Saïgon, en Cochinchine, celle qui nous a conduits en Tunisie, celle qui nous a amenés à Madagascar, je dis que cette politique d’expansion coloniale s’est inspirée d’une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu’une marine comme la nôtre ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement. L’ignorez-vous, messieurs ? Regardez la carte du monde… et dites-moi si ces étapes de l’Indochine, de Madagascar, de la Tunisie ne sont pas des étapes nécessaires pour la sécurité de notre navigation ?

Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l’écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l’Afrique ou vers l’Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c’est abdiquer, et dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire ; c’est descendre du premier rang au troisième et au quatrième. »

  • Pierre Savorgnan de Brazza, né le 26 janvier 1852 à Rome et mort le 14 septembre 1905 à Dakar, est une figure majeure de l’exploration et de la colonisation dans le respect des principes humanitaires. Il a donné son nom à Brazaville, la capitale du Congo.

 

9 Commentaires

  1. Anonyme

    je souhaite que les verts sautent aux prochaines élections

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  2. BRAY

    Vivement la fin de cette gestion, votons contre ces soit-disants Verts.

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  3. Titi

    marre de ce passé remis au présent le credo dit pour savoir où on va faut savoir d où l on vient et lyon a d autres priorités sécurité propreté et rouvrir la rue genette pas exemple….!!!

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  4. Le Conservateur des Plaques Qui Réfléchit

    Quel bel exercice d’histoire sélective : on commence par dénoncer la « censure », puis l’on convoque Jules Ferry, Gambetta et Clemenceau comme on agite une boîte à archives pour faire peur aux passants.
    Le sujet aurait pourtant mérité mieux qu’un raisonnement en domino. La question n’est pas de savoir s’il faut effacer le passé, ni de prétendre que l’histoire de France devrait devenir un album de personnages irréprochables. La vraie question est beaucoup plus simple : à qui une ville choisit-elle encore de rendre hommage dans l’espace public, en 2026, et avec quel niveau d’explication pour les habitants ?
    Car débaptiser une rue, ce n’est pas supprimer un chapitre d’histoire. C’est éventuellement cesser de transformer un nom en hommage quotidien. L’histoire reste dans les livres, dans les archives, dans les musées, dans les débats, dans les plaques explicatives, dans les cours, dans les conférences. Elle ne disparaît pas parce qu’une plaque de rue change. À moins, bien sûr, de considérer que la mémoire nationale repose intégralement sur les panneaux de stationnement.
    On entend aussi l’argument des coûts pour certains riverains, commerçants ou professionnels : changement d’adresse, documents administratifs, supports commerciaux, signalétique, démarches diverses. Cet argument n’est pas absurde. Il mérite d’être pris en compte, accompagné, éventuellement compensé ou simplifié quand c’est possible. Mais il ne peut pas devenir à lui seul un droit de veto contre toute décision collective. Dans de nombreux domaines, une collectivité arbitre entre des intérêts privés réels et un intérêt général jugé supérieur : modification d’un plan de circulation, réaménagement urbain, création d’une infrastructure, changement d’usage d’un espace public. Sans comparer ces situations dans leur gravité, le principe est le même : le fait qu’un changement produise des contraintes particulières ne suffit pas à démontrer qu’il serait illégitime.
    Ici, l’intérêt collectif n’est pas de « gommer » le passé, mais de décider qui mérite encore un hommage quotidien sur une plaque de rue. Une ville peut très bien considérer qu’un nom doit rester étudié, expliqué, contextualisé, sans pour autant continuer à l’honorer dans l’espace public. Remplacer un hommage contesté par une figure plus rassembleuse, plus signifiante ou plus conforme aux valeurs que la collectivité veut transmettre n’a rien d’une destruction de la mémoire. C’est au contraire une manière de dire que la mémoire n’est pas seulement conservation : elle est aussi choix, hiérarchie et responsabilité.
    Le passage le plus savoureux reste l’argument selon lequel Bugeaud aurait été un militaire appliquant les ordres de ses supérieurs, contrairement à Jules Ferry, « maître de sa pensée ». Voilà donc une nouvelle doctrine historique : plus on exécute une politique violente, moins on serait responsable de l’hommage qu’on reçoit ensuite. Audacieux. On attend avec impatience le colloque universitaire sur « l’irresponsabilité mémorielle par obéissance hiérarchique ».
    Quant à l’argument Ferry, il est intéressant, mais il ne produit pas exactement l’effet recherché. Oui, Jules Ferry a tenu des propos coloniaux aujourd’hui indéfendables. Oui, cela mérite d’être rappelé, contextualisé, discuté. Mais justement : si l’on veut vraiment faire de l’histoire, on examine les cas, les fonctions, les actes, les héritages, les raisons de l’hommage et les usages actuels du nom. On ne se contente pas de dire : « Regardez, il y en a d’autres ! » comme si l’existence de plusieurs problèmes dispensait d’en traiter un seul.
    Même chose pour le mot « censure », toujours très commode quand on veut éviter le fond. Interroger un hommage public n’est pas censurer l’histoire. C’est faire de la politique mémorielle, c’est-à-dire choisir ce qu’une collectivité veut honorer, expliquer ou recontextualiser. On peut être pour, contre, préférer une plaque pédagogique, ou demander un accompagnement concret des personnes concernées par le changement d’adresse. Mais réduire le débat à une lubie de « moralisateurs » évite surtout d’aborder la seule question sérieuse : comment transmettre l’histoire sans continuer mécaniquement à célébrer tout ce qu’elle contient ?
    Bref, derrière le vernis historique, on trouve surtout une belle démonstration de panique mémorielle : prendre une décision locale, la gonfler jusqu’à l’apocalypse patrimoniale, puis conclure que penser l’histoire reviendrait à la détruire. C’est spectaculaire, certes. Mais comme méthode historique, cela ressemble moins à une réflexion qu’à une alarme incendie déclenchée dans une bibliothèque.

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    • Zygomar

      machin qui lit… machin qui réfléchit….

      machin qui se gargarise de son baratin interminable …

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    • Alain Verse

      machin qui lit… machin qui réfléchit….

      machin qui se gargarise de son baratin interminable …

      Réponse
  5. Barrière

    Notre « Conservateur des plaques » nous présente une analyse réfléchie, et opportune, sur la question générale du choix des odonymes.
    En revanche, ce débat ouvert au moins depuis 2024 à Lyon n’aborde que rarement et/ou superficiellement la personnalité même de Bugeaud. Notre « Conservateur » ne déroge pas à la règle car, tout en dénonçant le vernis historique de ses contradicteurs, il se contente de mentionner sans autre précision « une politique violente ». À dire vrai, quand Bugeaud est appelé en 1836, soit six ans après la prise de la Régence d’Alger, c’est bien le chef de guerre que Louis-Philippe sollicite, non pas le député du Périgord ou l’initiateur des Comices Agricoles. Bugeaud avait en effet plus d’une casquette…
    Ne revendiquant aucune expertise, un travail de documentation m’a cependant permis de découvrir certaines vérités, entre autres : qu’en matière de cruauté Bugeaud n’arrivait pas à la cheville d’Abd El Kader, ces deux personnages se respectant par ailleurs mutuellement.
    Bugeaud n’est certainement pas inattaquable, faudrait-il encore étayer sérieusement sa critique. Par exemple, notre Conservateur sait-il qu’à la différence de Tocqueville, Victor Hugo ou Lamartine, Bugeaud ne voyait guère l’intérêt d’une colonisation française en Afrique du Nord en 1836 ?

    Réponse
    • Le Conservateur des Plaques Qui Réfléchit

      @barrière

      Merci pour cette réponse, qui a au moins le mérite de ramener le débat sur Bugeaud lui-même.
      Je suis d’accord sur un point : il faut éviter les procès historiques paresseux. Bugeaud ne se résume pas à une caricature, et il a effectivement eu plusieurs vies : militaire, député, homme du monde rural, acteur politique. Mais la question posée par une plaque de rue n’est pas de savoir si un personnage historique a eu une biographie complexe. Tous ou presque en ont une. La question est plus précise : quel aspect de sa vie justifie encore un hommage public quotidien dans une ville comme Lyon ?
      Or, dans le cas de Bugeaud, le nom reste d’abord associé à la conquête de l’Algérie, à la guerre coloniale, aux razzias, aux destructions de villages, de récoltes et de moyens de subsistance, et à des méthodes de répression visant aussi les populations civiles. Dire cela n’est pas faire du “présentisme”, c’est constater ce que les travaux historiques documentent largement.
      Votre Bugeaud de 1836 est donc bien pratique : dommage qu’une plaque de rue n’honore pas une hésitation initiale, mais surtout le gouverneur général de 1841 qui a méthodiquement organisé la conquête, les razzias et la terre brûlée.
      Même remarque sur Lamartine. L’invoquer pour relativiser Bugeaud est pour le moins audacieux, puisqu’il dénonçait précisément les razzias et la “colonisation du maréchal Bugeaud”. Mauvais témoin à décharge.
      Quant à l’argument selon lequel Bugeaud aurait été moins cruel qu’Abd el-Kader, il me paraît assez faible. D’abord parce qu’il demanderait lui-même à être étayé sérieusement. Ensuite parce qu’il déplace le sujet. Il ne s’agit pas de distribuer des certificats comparatifs de cruauté entre adversaires du XIXe siècle. Il s’agit de savoir si une collectivité française doit continuer à honorer Bugeaud dans l’espace public.
      Donc oui : contextualisons, expliquons, documentons. Mais contextualiser ne signifie pas forcément maintenir l’hommage. On peut très bien enseigner Bugeaud, exposer Bugeaud, débattre de Bugeaud, sans continuer à faire de son nom un marqueur honorifique dans la ville.

      Réponse
  6. BRAY

    Ras le bol de ces soit-disant gauchos écolos.
    Laissez le nom des rues actuelles !!

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