Par Alain Vollerin

Le témoignage d’un des quatre généraux du putsch d’Alger. Il s’agit d’un journal tenu, avec plus ou moins de régularité, par le général André Zeller (1898-1979) pendant ses années d’emprisonnement décidées par le général De Gaulle, auquel, il vouera une haine inexpugnable, allant jusqu’à trouver du talent à son adversaire, en 1965, Mitterrand le porteur de francisque, l’ami de René Bousquet et de François Métenier, l’homme de la Cagoule. Comme quoi, la haine rend aveugle, même les meilleurs.

Pourtant, il était nécessaire d’éditer ce témoignage indispensable à la compréhension d’une époque largement et volontairement déstructurée de sa substance. En effet, que n’a-t-on raconté d’injuste, à propos du putsch de la nuit du 21 au 22 avril 1961 ? Que n’a-t-on inventé, pour leur nuire, sur l’état d’esprit de Salan, Challe, Jouhaud et Zeller ? Que n’a-t-on imaginé, pour justifier les pitoyables ratages du général De Gaulle, avec les acteurs du problème algérien, alors, qu’il ne souhaitait qu’une chose : se débarrasser de l’Algérie, des harkis et des pieds noirs ? Honteusement, De Gaulle et ses sbires cherchèrent à salir les hommes du coup d’Etat d’Alger, en les assimilant « aux Vichystes », en insinuant que leur action n’était qu’une suite de la collaboration, etc… Le général André Zeller écrivait, en avril 1966 : “Cinq ans se sont écoulés depuis notre tentative de maintien de l’Algérie dans la France. Depuis, l’Algérie, à travers bien des drames, des lâchetés et des abandons, a été, par la volonté gaullienne, coupée de la France. Elle n’en est pas plus heureuse et “l’indépendance” acquise par ses habitants n’est ni un gage de bonheur pour eux, ni une source de paix dans le monde.”

Ce texte du général Zeller est encore chaque jour vérifié dans la politique algérienne actuelle, avec son simulacre de démocratie, incarné par un vieil homme cloué à son fauteuil roulant. Notre nation vit encore les tourments sociaux, attachés aux irresponsables décisions du général De Gaulle. Non ! Le Général André Zeller n’était pas de l’Action Française ! Non ! Le général André Zeller n’était pas fasciste ! Par contre, le général André Zeller avait une très haute idée de la France. Le Général André Zeller qui fut chef d’Etat-major des Forces Françaises, avait une noble opinion de ce que devait être un chef d’Etat. Cette définition ne pouvait coller à la mythomaniaque personnalité du général De Gaulle. Comme, il rigolerait devant la marionnette entartandouillée qui dirige la Nation, en 2014. Pendant qu’il était derrière les barreaux des prisons de Fresnes et de Tulle, le général André Zeller a beaucoup lu. Il évoque ses très nombreuses lectures : Adolphe Thiers, Alfred Camus, Henri Troyat et son Tolstoï, Proudhon, les Responsabilités des dynasties bourgeoises par de Beau de Loménie, Histoire de la bourgeoisie en France par Régine Pernoud, Kant, le philosophe Alain, Jacques Laurent, Mémoires et correspondances de Louis Rossel, etc…

Il deviendra un véritable spécialiste de l’Histoire de la Commune de Paris. A propos d’Evian, le général André Zeller reprit une formule de Pierre Brisson du Figaro : « une main tendue dans le vide devient dérisoire… » On découvre un homme plein de dignité, entouré par sa famille et ses amis fidèles. Un homme qui n’est que rarement dupe. Pour dire l’élévation de l’esprit du général André Zeller, relevons cette phrase : « une feuille de chou hebdomadaire appelée Minute… » Quelle indépendance ! C’est merveilleux ! Le général André Zeller portait une énorme amitié au commandant Hélie Denoix de Saint-Marc. Il admirait son caractère généreux et loyal qui lui permit de traverser ses épreuves, sans la moindre défaillance. Vous trouverez le récit des procès des nombreux « révoltés » qui n’étaient pas quatre, mais des dizaines de subalternes engagés, courageux, affrontant l’adversité gaulliste dans l’honneur et la solidarité. Le général André Zeller était très prudent par rapport à la presse qui a encore plus mal évolué depuis. Il offre des définitions du Monde, du Figaro, de l’Aurore, du Parisien Libéré qui retiendront votre attention. Vous devez absolument détenir cet ouvrage dans votre bibliothèque. Il vous permettra de reconstituer l’histoire du conflit algérien dans sa vérité, trop longtemps tronquée et cachée. Nos remerciements et nos compliments à son fils, Bernard Zeller, membre d’une famille admirable, qui supervisa cette édition.

Général André Zeller « Journal d’un prisonnier »
Broché. 616 p. aux Editions Tallandier