lanneluc-adieu ERB et JFL à la représentation de « Ma vie avec Mozart » le 15 mars 2010 à la salle 3000. Désormais, ce sera « Ma vie sans Gégé » – Photo © Fabrice Schiff

 

Par Saint Pothin

 

La scène se passe vendredi dernier dans l'aile droite de l'Hôtel de Ville de Lyon. Celle des élus, celle du pouvoir avec un grand P. Gérard Collomb annonce à son directeur de cabinet et directeur de la communication de la ville et du Grand Lyon, Jean-François Lanneluc, qu'il peut faire ses valises. Après plus de 8 années de bons et loyaux services, comme on dit dans ces cas là…

 

L'épilogue d'une crise larvée qui voyait régulièrement s'opposer le sénateur-maire de Lyon, aux ambitions nationales de plus en plus affirmées, et son principal collaborateur. L'objet du désaccord ? Ces ambitions justement. De celles qui faisaient dire à Voltaire qu'une "République n'est point fondée sur la vertu ; elle l'est sur l'ambition de chaque citoyen, qui contient l'ambition des autres."

 

Or voici que Gérard Collomb, cédant aux sirènes, se voit un destin depuis quelques mois. Dans un entretien au Nouvel Economiste, en date du 2 mars, il annonce : "Un maire, s'il n'est pas trop mauvais, s'il se préoccupe assez de sa ville, s'il l'aime, est toujours aimé en retour. (…) Cela montre que mes électeurs ne sont pas seulement des gens de gauche, que d'autres électeurs se sont joints à eux, qui ont confiance en moi, qui ont presque de l'affection pour moi." Plus loin, il sort du bois au sujet de la prochaine présidentielle : "Je crois, moi, à une certaine forme de société, qui combine la justice sociale et l'efficacité économique, et je veux porter le débat au niveau national. Je ne me contenterai pas de rester maire dans mon coin. C'est mon ambition pour les prochaines années. S'il faut, pour cela, être candidat aux primaires au sein du Parti, je le serai."

 

On y est. Après avoir été un fidèle de Strauss-Kahn, l'avoir laissé en rase campagne pour Royal, puis avoir déserté le combat pour retourner vers DSK, Collomb estime qu'il peut porter une parole face à Aubry. Il faut dire que ses derniers passages médiatiques ont très favorablement surpris. Même les Naulleau et Zemmour l'ont épargné, façon "on ne va pas éparpiller le petit chose aux quatre coins de Paris façon puzzle." Alors Gérard s'est mis à y croire. Comme bien d'autres avant lui. Et plus il rêvait, plus Jean-François Lanneluc tentait de lui remettre les pieds sur terre. Il faut dire qu'il avait connu de très près l'ascension de Catherine Trauttman, lorsqu'elle était maire de Strasbourg, puis sa chute. Brutale et… forcément injuste. Exit donc celui qui, dans l'entourage de Collomb, tentait de le calmer et de canaliser ses légendaires fureurs. Exit celui que l'on surnommait "le florentin", à la fois pour sa discrétion et pour son goût du travail bien fait, à l'abri des tentures, à la lyonnaise…

 

Il sera remplacé au pied levé, cela a été annoncé hier matin au cabinet, par Sylvain Auvray, l'actuel chef de cabinet. Peu connu du grand public, il est l'un des spécialistes de la géographie interne du PS et des coups électoraux. On verra si son expertise lui permet de faire de Gérard un Môssieur à Paris. Michel Noir, lui aussi, avait fait un rêve. Il lui en a coûté. Collomb risque lui aussi d'être l'arroseur arrosé car si les Lyonnais aiment faire les beaux à Paname, c'est généralement en toute discrétion. Et sans forfanterie. Bref, tout le contraire de notre Gégé qui, avec cette éviction, signe le retour de la politique politicienne à l'Hôtel de Ville. Au grand dam de nombre de ses "fidèles" élus ! En attendant, on lui souhaite bien du bonheur en méditant Montesquieu : « Un homme n'est pas malheureux parce qu'il a de l'ambition, mais parce qu'il en est dévoré ! »