Par Marco Polisson

C’est sans aucun doute l’un des plus mauvais moments que Gérard Collomb a passé ce lundi 18 novembre 2019 dans l’hémicycle en tant que maire de Lyon depuis 2001.

Désormais affaibli par la création d’un nouveau groupe au conseil municipal, l’ancien ministre de l’Intérieur n’a pu que subir les frappes chirurgicales de son opposition après la publication du rapport de la chambre régionale des comptes qui a pointé de nombreuses irrégularités notamment dans l’emploi par la Ville de Lyon de Meriem Nouri, son ex-compagne, soupçonnée d’emploi fictif.

Les femmes en première ligne

Comme d’habitude, ce sont les femmes qui ont été les plus combatives. La palme est revenue à Nathalie Perrin-Gibert qui a été la seule à oser le parallèle avec l’affaire Pénélope Fillon qui a couté son siège de président de la République au candidat de la droite en 2017. Chez les Républicains, Laurence Balas a également porté le fer avec ténacité mais sans toutefois franchir le Rubicon des emplois familiaux…

A noter que les « traitres » comme les nomme Roland Bernard ne se sont pas exprimés sur cette question délicate. Le député Thomas Rudigoz – traité de minable par RB – et David Kimelfeld n’ont pas pris la parole, « de peur de prendre un effet boomerang en pleine figure. Car Kim non plus n’est pas totalement tranquille sur ce sujet des emplois familiaux… » résume un observateur averti. D’autre part, son nouvel ami Georges Képénékian était maire de Lyon quand l’affaire a été révélée…

Les hommes ont fait profil bas

L’intervention d’Etienne Tête pour les Verts a été très terne. Visiblement l’élu écologiste n’a pas souhaité mettre de l’huile sur le feu de l’affaire Meriem (dans le but de protéger Kim) et a botté en touche en évoquant le cout des voitures de fonction des agents de la ville et en s’en prenant à l’OL, son toc favori !

Quant à Denis Broliquier, sans doute gêné aux entournures par le récent accord de partenariat entre l’UDI et Gérard Collomb, il a été beaucoup moins flamboyant que d’habitude dans son exercice préféré : casser du Gégé.

Les adjoints restés fidèles au maire de Lyon – Sandrine Frih, Gérard Claisse, Richard Brumm, Nicole Gay – ont été envoyés au feu pour le déminage préliminaire, tout comme Jérôme Maleski pour le groupe majoritaire, mais l’opposition, pugnace, ne s’en est pas laissée compter. A l’issue de ce débat, c’est un Gérard Collomb visiblement soulagé d’en avoir terminé qui a décrété une « pause technique ». Et de tirer la langue avec un ouf de soulagement.

VERBATIMS

Nathalie Perrin-Gibert
« C’est plutôt des excuses que vous devriez présenter aux Lyonnaises et aux Lyonnais, car vous leur avez fait ce qu’on appelle désormais une Pénélope ! »
« Votre ex-compagne a bénéficié d’un emploi à la Ville de Lyon, emploi que la Chambre régionale des Comptes a bien du mal à comprendre, à identifier et à suivre »
« Les heures supplémentaires dont elle a bénéficié s’apparentent à un supplément familial bien plus qu’à de la suractivité »
« Allez-vous appeler SOS Macron pour que le parquet enterre cette affaire ? »
« Vous avez préféré vous entourer de courtisanes et de courtisans dont beaucoup sont sur ces rangs ! »

Arthur Remy
« Nous avons à faire à une pièce de théâtre faite de liens opaques »
« Votre gouvernance est opaque, une gouvernance à laquelle il est temps de mettre fin »

Denis Broliquier
« La révélation du rapport de la CRC avant ce conseil municipal est un manque de respect et une erreur de gouvernance, si ce n’est une faute juridique »
« Ce rapport confirme tout ce que nous dénonçons depuis des années sur l’état de la gouvernance, et sur la gestion de notre ville »
« Les arrondissements sont les premières victimes de votre jacobinisme forcené »
« La Ville de Lyon n’est pas capable de justifier le travail effectué par ses agents »
« La confiance, même envers ses proches, n’empêche pas le contrôle »

Laurence Balas
« Vous avez fait fi du respect de la loi, ce qui, pour un ancien ministre de l’Intérieur est regrettable »
« Le rapport souligne votre manque de courage et l’opacité du fonctionnement de votre cabinet »
« La Ville de Lyon est dans l’impossibilité de contrôler le travail de chacun. »
« Un agent tombé dans un trou noir administratif, nous dit le rapport »
« Vous nous dites qu’entre 2010 et 2015, 4 personnes ont vu travailler cet agent. 4 témoins en 5 ans, c’est assez comique »
« Cette affaire illustre l’opacité du système de votre système des ressources humaines »

Etienne Tête
« La chambre régionale des comptes était confrontée à une situation particulière »
« On peut s’étonner des sommes extrêmement importantes en faveur de l’OL »
« Je ne vais pas m’étendre sur le cas particulier de l’agent MN »
« Il y a des choses à rajouter et à faire sur la question des ressources humaines »

Jérôme Maleski
« Je remercie le maire de Lyon et les adjoints qui se sont succédé pour leur totale transparence et la précision de leurs réponses »
« Le rapport fait état de nombreux points positifs »
« Nous parvenons à maintenir un niveau de dette bien deçà de nos objectifs »
« La CRC note la bonne gestion budgétaire dont la Ville de Lyon a fait preuve »

Gérard Collomb
« Je suis extrêmement fier de ce que nous avons fait entre 2001 et aujourd’hui. »
« Sur les ressources humaines, je n’ai jamais fui mes responsabilités notamment durant les grandes grèves »
« Concernant le cas particulier de l’agent. Si j’avais voulu cacher cet agent, je ne l’aurais pas mise dans le pavillon des rives de Saône ou à la Mission Serin (Pont Schumann) où de nombreuses personnes passaient régulièrement. »

Vidéo à revoir sur https://www.youtube.com/watch?v=0iV_urTKcq8&feature=youtu.be.html