Chaque mois, un illustre représentant du monde sportif s’allonge sur le divan de l’infirmier Barth, ancien interné des hôpitaux de Lyon qui délaisse caméras et micros pour enfiler blouse blanche et stéthoscope. La capitaine de l’équipe pro féminine de l’OL, se prête au jeu ce mois-ci au Kopster.

Barth : Sans l’Olympique Lyonnais, le football féminin européen serait-il différent ?
WR : Déjà, en France, il n’y a pas photo. Grâce à Lyon, c’est devenu un sport populaire et suivi. En ce qui concerne l’Europe, évidemment. Il y a encore assez peu de temps, les clubs allemands marchaient sur le foot féminin. C’est maintenant différent. L’OL a ouvert la porte à beaucoup de choses.

Tu mesures 1m87. Il paraît que plus jeune c’était un cauchemar pour toi. Est-ce vrai ?
Oh oui ! À l’époque je le vivais vraiment très mal. Le fait d’être longue et fine m’a attiré beaucoup de moqueries. Un jour, un préparateur physique m’a même dit : « la seule chose qui est grosse chez toi, ce sont tes genoux » ! Ça m’a profondément marqué dans le mauvais sens. Je ne comprends même pas comment on peut faire des réflexions aussi débiles. Longtemps, j’ai perçu ma taille comme un défaut. Aujourd’hui, j’en ris et ça va beaucoup mieux mais ça n’a pas toujours été le cas.

Bientôt, un livre sur ton parcours va sortir (fin décembre). Mais pourquoi ?
En réalité, j’ai beaucoup hésité. J’ai pris cette décision un peu avant la Coupe du Monde. Je suis jeune, c’est vrai, mais mon parcours est un peu atypique. Je veux le partager, c’est important pour moi de donner envie aux jeunes de réussir quel que soit leur milieu social.

Avec Corinne Diacre (sélectionneuse de l’équipe de France), le ressort est-il cassé ?
Pour moi, oui. Mais j’aime mon pays. J’aime honorer ce maillot et je le défendrai tant que je le pourrai.

Tu as déclaré dans Le Parisien que petite tu te voyais comme un garçon manqué, c’est à dire ?
En Martinique, je traînais tout le temps avec des garçons ! Mais cela ne m’a jamais desservi. C’est aussi simple que ça.

Comment sera le foot féminin dans 10 ans ?
La vérité c’est que je suis presque inquiète. Bien sûr, de nombreux pays se structurent, comme en Italie ou en Angleterre. En France, ça ne bouge que très peu par manque de moyens. Ta question est vraiment difficile, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que l’on progresse plus que doucement.

Et toi ?
J’adorerais aider de jeunes joueurs et joueuses en Martinique. Beaucoup de choses m’intéressent dans le foot, j’aimerais beaucoup entraîner par exemple. J’ai commencé à préparer mes diplômes. L’arbitrage aussi m’intéresse. De toute façon, j’ai plein de projets.

Que fais-tu quand tu ne fais rien ?
Eh bien, je ne fais rien ! (Elle éclate de rire) Je reste tranquille à la maison, je me repose. Je suis hyper casanière.

As-tu le sentiment d’avoir réussi ta life ?
Oui et même bien. J’ai totalement conscience d’être une privilégiée. Regarde par exemple tous ces étudiants qui bûchent pendant des années et qui au bout font quelque chose qui n’a rien à voir. Personnellement, je suis allée au bout de mes rêves et ça n’a pas de prix.

Quel est le truc le moins pro que tu aies fait avant un match ?
(Elle réfléchit très longuement) Franchement, je n’ai jamais vraiment merdé.

Tu poses tes valises à Lyon en 2006, fraîchement arrivée de Martinique. Aujourd’hui, tu es nommée pour le Ballon d’Or féminin. C’est ouf, non ?
La petite Antillaise a fait du chemin ! (Elle rigole) Le travail, chercher tout le temps l’équilibre, les rêves, la détermination… J’ai vraiment tout fait pour réussir.

Qu’est-ce que tu ne supportes pas chez toi ?
Je ne suis jamais satisfaite, c’est insupportable. Si tu rajoutes à ça mon entêtement irrationnel, ça fait beaucoup !

Que vont dire tes proches en lisant le Barthologue ?
J’espère qu’ils diront que c’est bien moi. Je parle toujours avec mon cœur, et je sais que ça peut faire du mal, mais c’est comme ça. Je suis sincère, qu’importe la situation.

Maintenant on change, c’est toi qui me poses une question.
Est-ce que tu prends toujours autant de plaisir à faire ce que tu fais ?

 

La question Kopster
Johanna Aymard, coordinatrice d’évènements.

 En cette saison, tu es plutôt raclette ou sport de raquette ?
La vérité c’est qu’au départ je ne suis pas raclette, le fromage, ce n’est pas mon truc. Mais avec le temps, je commence à apprécier. Mais bon, pas toutes les semaines quand même ! (Elle rigole)