Par Morgan Couturier

Jadis numéro 10 de l’Equipe de France, le meneur de jeu s’est construit un solide palmarès, caractérisé par trois titres de champion de France acquis sous le maillot lyonnais. Une belle revanche pour ce joueur de poche, à qui l’on a longtemps fermé les portes du haut niveau.

« Il n’y a pas de joie sans vin », entend-on parfois, au gré des dégustations de passionnés. À 45 ans, Eric Carrière a rejoint cette caste, lui qui depuis son bureau dijonnais, surplombe quelque 3 000 références viticoles et divers spiritueux. « C’est venu un peu par hasard », soutient celui qui, neuf ans après l’arrêt de sa carrière, a déniché un nouveau domaine où briller et distiller les bouteilles, comme on distribue les ballons un soir de match. L’outil diffère, mais la finalité demeure la même : procurer du plaisir. A soi-même et aux autres. Comme sur le terrain. « Ma société, Caves Carrière, je l’ai plus créée comme un particulier qui se fait plaisir, avec des vins qui sont compliqués à avoir », dépeint-il. Preuve que dans la complexité, jaillissent certains plaisirs. Un maître mot pour le meneur de jeu, longtemps opposé dans sa jeunesse, à ce mur infranchissable du haut niveau. Le comble pour ce joueur d’1,73m, fasciné depuis l’enfance par ce sport qu’il décryptait déjà en bordure de terrain, lorsque son père arpentait les pelouses de district. Mais voilà, à trop jouer avec ses nerfs, le football français a failli occulter le talent de cet habile milieu de terrain, auréolé du mythique numéro 10, un mois de juin 2001, lors d’une Coupe des Confédérations remportée par les Bleus.

« Quand tu as des handicaps par rapport aux autres, ça t’oblige à bosser plus »

Refusé en sport-études, le natif de Foix s’essaye ainsi au tennis à 14 ans, avant de laisser poindre un avenir dans l’éducation, et le rude métier de professeur. « Comme tous les jeunes, au collège, tu remplis tes vœux, se souvient-il. Je mettais footballeur professionnel ou professeur de français à l’époque parce que j’étais bon en dictée. Cependant, j’étais meilleur en maths alors j’ai voulu faire professeur de mathématiques ». Un choix conforté par de nouveaux refus, à l’heure de toquer à la porte des sport-études toulousains. Ses amis sélectionnés, Eric Carrière ronge lui, son frein à la fac, ainsi qu’à Muret, commune du Haute-Garonne, où le jeune sportif vient assouvir ses pulsions footballistiques. « L’équipe une était en troisième division et la réserve en DH. Des places se sont libérées et j’ai joué en National. C’est comme ça que l’idée d’être professionnel est revenue », évoque-t-il, non sans oublier quelques anicroches, à l’image de ce premier match où, sur son premier ballon, le futur Lyonnais occasionne un penalty contre son équipe. « Le journaliste avait écrit : Carrière ne fera pas une longue carrière en National », se remémore-t-il. Mais des faiblesses, naissent souvent des forces insoupçonnées, lesquelles, ajoutées à un talent certain, conduisent au but voulu. À Nantes (1996-2001) d’abord, puis à Lyon (2001-2004), où le Dijonnais s’installe dans l’ancienne propriété de Didier Anav.

Des parcelles de Condrieu acquises avec Stéphane Ogier

Jusqu’à ce départ pour Lens, à l’été 2004, avant de raccrocher les crampons en Bourgogne, terre de son nouvel empire. « On a trouvé la ville sympa », rétorque-t-il, malgré ses attaches lyonnaises, dont Stéphane Ogier, avec qui il partage des parcelles de vignes. « A Noël 2002, Didier Anav m’a emmené chez Stéphane et on a sympathisé. Trois ans après, il m’a proposé d’acheter une parcelle de Condrieu et il a ajouté une parcelle de Côte Rôtie. On a créé notre structure ». Impliqué dans la restauration, et comme consultant pour Canal +, Eric Carrière a donc mis le pied à l’étrier. Jusqu’à l’achat d’une nouvelle boutique en août 2016. Avec cet immuable avis tranché sur les affaires. Comme sur le plateau du CFC ou de J+1, voire en prime time, au moment de commenter les matchs du dimanche soir. La passion ne s’estompe jamais. Le plaisir du vin non plus, car après tout, « le bon vin réjouit le cœur de l’homme ».