la_vie_dune_autre.jpg Par Aymeric Engelhard Comment réagiriez-vous si en vous réveillant un matin, quinze ans de votre vie se sont écoulés pendant votre sommeil ? C’est la très bonne idée de départ de ce film dont on se délecte déjà des éventuelles situations gênantes. Mais très vite l’œuvre tombe à l’eau, coincée entre un cruel manque de naturel et un jeu d’acteur étonnamment à l’ouest. Pour son premier long-métrage, l’actrice et romancière Sylvie Testud a choisi d’adapter l’œuvre de Frédérique Deghelt plutôt que la sienne. « Je ne veux pas adapter mes livres car je les considère comme des produits finis », se justifie-t-elle. Si tout le monde pensait aussi bien qu’elle, on parlerait enfin d’originalité au cinéma (à Hollywood notamment)… L’actrice accepte donc l’idée de porter le roman de Deghelt sur grand écran. Elle change quelques petites choses, créée une dimension comique absente de l’œuvre originale et l’héroïne devra être Juliette Binoche ou personne. Son film raconte donc la rencontre entre Marie et Paul alors qu’ils n’ont que 25 ans. Après une nuit d’amour intense, Marie se réveille seule dans un luxueux lit. Tout a changé. Quinze ans se sont écoulés pendant son sommeil. Son immense appartement donne sur la tour Eiffel, elle a un fils, une domestique, une gigantesque entreprise à gérer et se retrouve mariée à Paul. Sauf qu’ils ne se parlent plus. Après une longue période où elle devra faire face à sa nouvelle vie et tous les déboires que cela amène (les choses changent beaucoup en quinze ans), reconquérir l’homme de sa vie sera sa plus grande épreuve. Ce concept contient d’innombrables possibilités, celle que met en avant Sylvie Testud est bien l’introspection : « Que dirait notre « moi » jeune en nous voyant aujourd’hui ? ». C’est une expérience que chacun aimerait vivre afin de se regarder. Testud choisit de donner deux phases à l’œuvre : une comique et une autre plus dramatique. Dans la première, Marie découvre la vie en 2011 avec son regard d’avant et dans la seconde elle craque face au déni de Paul. C’est tout à l’honneur de la réalisatrice qui a parfaitement conscience de la rythmique du film. Elle a d’ailleurs « supervisé toute la production, même le montage ». Pour autant son film n’est pas bon. Quand elle dit : « Juliette Binoche est une actrice pleine de paradoxes. Pas besoin de la diriger, l’émotion est devant » ou « Mathieu Kassovitz est un acteur merveilleux, il était très motivé », on voudrait la croire… Mais pour d’autres films. Ici il est étonnant de constater à quel point les deux excellents interprètes sont à la ramasse. Ce film n’a absolument rien de naturel, les dialogues sonnent constamment faux et chaque émotion surfaite. Heureusement en ce qui concerne Juliette Binoche, c’est dans la phase dramatique qu’elle se reprend quelque peu. « Le couple formé par les deux interprètes est rempli de contraires mais au final il existe une vraie alchimie », dixit la réalisatrice. Malheureusement ce sont surtout les contraires qui apparaissent à l’écran. Quand à Sylvie Testud metteur en scène, c’est très simple mais relevé par quelques idées bien placées. Dommage alors qu’une impression d’inachevé l’emporte à la fin. Malgré le fait que la scène de dialogue final soit certainement la meilleure du film, l’achèvement de l’œuvre n’en reste pas moins haché et l’arrivée du générique provoque même l’étonnement. Pas terrible donc.