thierry-raspail Thierry Raspail a pu s'appuyer in extremis sur Hou Hansu, un pilier de l'art contemporain, pour organiser sa biennale – Photo © Saby Maviel

 

 

Par Agnès Guillaume

 

Thierry Raspail est l'heureux directeur artistique du Musée d'Art Contemporain, et de la Biennale du même nom qui ouvre ses portes ce mois pour la dixième édition. Pour elle, il parcourt le monde. Pour nous, il a accepté d'ouvrir sa valise. Une valise scénographiée à la manière de Philippe de Champaigne si vous me permettez l'image.

 

Après un temps de réflexion, Thierry Raspail se lance, à la fois gêné de la transposition et satisfait du choix. « Si Philippe de Champaigne devait faire sa valise, je crois qu'il la ferait comme moi, une valise standard composée de petits détails importants. Regardez sa peinture, ses « Christ » parlent à tous, mais derrière l'anodin fourmille un vrai parti pris ». Etiqueté à raison dans l'univers de l'art contemporain, le double directeur artistique du MAC et de la Biennale nous plonge avec facétie dans les classiques. Restons encore un peu dans la peinture baroque et arrêtons-nous un instant sur le peintre. Philippe de Champaigne est un peintre français du XVIIème siècle. Membre fondateur de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture en 1648, il tombe sous l'influence du Jansénisme après que sa fille paralysée ait été miraculeusement soignée au couvent de Port-Royal. Son oeuvre est vaste, il a laissé de nombreux tableaux religieux et portraits. Influencé par Rubens au début de sa carrière, son style deviendra de plus en plus austère. Retour sur Thierry Raspail et rappel des faits. Ce quinqua est né un vendredi 13 au mois d'avril à Grenoble. Après une scolarité à tiroirs, il intègre la faculté d'histoire de l'art. C'est un de ses professeurs aujourd'hui décédé Maurice Besset et également directeur du Musée de Grenoble qui lui fera découvrir l'art contemporain et lui transmettra certainement le virus. Il cite Le Corbusier, Léger… Après la fac, les débouchés ne sont pas pléthore. « À cette époque, il n'y avait peu ou pas de galeries et les centres d'art étaient à leur début. Pour intégrer un musée, il fallait être sur la liste qui elle-même regroupait de nombreux conservateurs de musées en poste. Finalement, j'ai eu mon nom tout comme Christine Breton aujourd'hui en poste à Marseille ». Et un jour, après la liste, le coup de fil en 1984. « Il y a un poste à Lyon, c'est pour toi. Si tu y vas, on te soutiendra ». Thierry Raspail accepte, persuadé qu'il restera deux ans. Il chemine aujourd'hui sur le quart de siècle. « Avec exagération et humour, on m'avait décrit une situation proche du néant. J'ai découvert sur place un triumvirat porteur en les personnes de René Déroudille, André Mure et Jean-Jacques Lerrant ». Auxquelles on peut désormais ajouter Alain Vollerin.

 

Les grands voyages ont débuté avec la création de la Biennale. Une Biennale qui a trouvé sa place grâce à la réussite d'une très belle exposition au MAC intitulée « La couleur seule ». « La Ville de Lyon a su monter dans le train. Le Grand Lyon et la Région ont suivi, la clef en partie de notre longévité ». La première destination sera New York. « Je voulais rencontrer les artistes américains dits conceptuels. Ils ont été le terreau pour constituer les bases de la collection du Musée. Je peux vous citer Lawrence Weiner, Joseph Kosuth, John Baldessari ». A l'entendre, on comprend bien que Musée et Biennale roulent de pair. Si les Etats-Unis demeurent THE destination, Thierry Raspail parcours le monde. « L'Afrique et l'Inde font un peu exception. Je vole beaucoup vers l'Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient, le Japon, l'Amérique Latine, l'Australie et l'Europe évidemment. Même pour de grands trajets, je pars rarement plus de quatre jours. J'ai l'impression ainsi d'éviter le jet lag ! ». Les raisons à ces multiples déplacements  sont les Biennales, on l'a dit, les foires et les ateliers d'artistes. « J'ai le sentiment de ne pas assez exploiter le territoire local, artistes et ville confondus. Je me sens bien à Lyon, mais je la connais peu en fait. Quant aux artistes, on peut se poser la question ? Est-ce que le marché est assez fort ? Est-ce que le musée est assez fort ? Il faut aussi comparer avec la production d'une ville à la minute. Entre Lyon et Berlin ou Paris pour ne prendre que ces deux exemples, l'échelle passe de un à dix ». On le questionne sur des anecdotes ? Rien. Silence. Puis plus loin dans la rencontre, sans vraiment y prêter attention, il nous raconte comment à Kyoto, après la visite d'un temple, il est tombé sur le stand d'un vendeur de brochettes de chauve-souris laquées, entières, rougeâtres… Après le premier réflexe d'européen centriste type « Ils sont fous », Thierry se motive avec l'image qu'on mange bien des saucisses de sang et achète deux brochettes. « J'ai commencé par la tête… et… l'idée a pris le dessus sur le goût ». Exit l'aventure. Pour les rencontres émouvantes, il citera l'artiste sud-Coréen Nam June Paik décédé aux USA en 2006 et le compositeur américain La Monte Young, pionnier de la musique minimaliste. « Il vit dans un univers violet, avec des mois lunaires et des jours de 22 heures ». Pas toujours simple pour caler un rendez-vous. On revient à la valise flambant neuve. « Je viens juste de l'acheter. Vivement qu'elle se patine ». À l'entendre, l'exercice est cérébral. « Je commence par les détails type embout, chargeur… Cela étant, je m'impose le costume le plus neutre possible, jamais de couleurs claires car toutes mes chaussures sont noires. L'explosion vient avec les cravates. J'en emporte toujours trop. L'accord avec la chemise est une autre histoire. Disons que je n'ai pas d'à priori ». Le coup d'œil sur la trousse de toilette révèle une pépite. Thierry Raspail a son secret bonne mine. Nickel. En revanche l'œil pétille quand il nous montre la couverture de l'hebdomadaire dédié au rugby « Midi Olympique ». « J'aime plus lire que regarder à défaut de pratiquer. J'ai été troisième ligne pendant dix ans. Aujourd'hui, poser les crampons sur un terrain n'est plus envisageable. Les gaillards mesurent 1m95… ». Cela pétille encore lorsqu'il évoque les musiques dites intello, post John Cage ou l'œuvre de Franz Schubert. « J'aime cette disharmonie au sein d'une harmonie. Cette musique est aussi surprenante et équilibrée qu'un monochrome de Malevitch ».

 

Xe Biennale d'Art Contemporain de Lyon

Du 16.09.2009 au 3.01.2010

www.biennale-de-lyon.org