ccile-philippe Par Alain Vollerin

 

Elle demeurera à jamais présente sur l'écran bleu de nos rêves d'adolescents, lorsque nous avions choisi pour réaliser nos idéaux, l'aventure théâtrale. C'était au début des années soixante-dix.

 

Le crâne volontairement rasé ou presque, Cécile Philippe avait décidé d'assumer sa totale liberté cathodique. Comme présentatrice du journal télévisé de FR3, son irruption dans les foyers rhônalpins avait provoqué un électrochoc visuel (avant l'inoubliable Jacques Paté ) qui imprime encore le fond de la rétine de tous ceux qui la virent un jour éternellement souriante défendre la culture sous toutes ses formes. Présente sur l'image de la télévision régionale pendant de longues années – qui nous apparaissent désormais si courtes -, Cécile Philippe n'a jamais recherché le scandale. Elle était comme cela libre, indépendante et humble. Très à l'écoute des jeunes talents, elle leur offrait une tribune à la hauteur de leurs espérances. Elle s'était engagée, bien entendu aux côtés de Roger Planchon et de Marcel Maréchal. Cécile Philippe était devenue un véritable écrivain publié chez de grands éditeurs : « Nouvelles histoires horizontales » au Pré aux Clercs, « C'est trop tard pour la Terre » chez Jean-Claude Lattès, « Salut Lulu » et « Vingt millions sous les morts » aux Editions des Traboules, « Je ne suis là pour personne » et « Don Juan père et fils » au Mercure de France, etc. Les titres de ses bouquins résonnent comme ceux d'Elsa Triolet. Je la revois m'accueillant à son bureau à FR3*. J'étais intimidé. J'entends encore sa voix au timbre à la fois clair et grave, révélateur de sa détermination. Elle savait ce qu'elle faisait, ce qu'elle disait, ce pourquoi elle était là. Un jour, elle en a eu assez. Je crois. Elle avait choisi l'écriture, mais pas pour rien, pour témoigner, pour dénoncer, pour être fidèle à son identité de femme libre capable de s'interroger sur la place des femmes dans la société sans jouer la suffragette. Il y a dans la vie des gens avec lesquels on est immédiatement en phase. Je la revois un soir à la libraire La Proue, où Françoise et Georges Péju jouèrent un rôle d'éveilleurs de consciences, grimpant avec allégresse les escaliers qui menaient à l'espace de dédicaces. C'était hier. Comme le temps passe trop vite…