Par Baudouin Wisselmann

« Prendre le temps et se libérer de l’immédiateté ». C’est sur ce thème qu’ont planché les participants de la 16ème édition des Entretiens de Valpré à Ecully.


Pour en débattre, des invités de marque comme le Général Pierre de Villiers, le cardinal Philippe Barbarin et Jean-Paul Bailly, ancien président de la RATP et de La Poste, Laurent Fiard, président du MEDEF Lyon-Rhône ou Juliette Jarry, vice-présidente de la Région en charge du numérique. Dès 8h du matin, conférences et tables rondes rassemblant des entrepreneurs, des cadres et des étudiants se sont enchaînées dans l’enceinte de Valpré, propriété rachetée par les Assomptionnistes à la famille de Dominique Perben. Mais celui que le public attend avec impatience, est l’ancien chef d’Etat-Major des Armées. C’est d’ailleurs la première fois qu’il parle publiquement depuis sa démission, hors promotion de son livre, « Servir ».


Aux alentours de 20h30, la salle est déjà comble, prête à écouter Pierre de Villiers, entouré de François-Daniel Migeon, fondateur du Thomas More Leadership Institute et de Christian Streiff, ancien président de PSA. Le sujet du débat : « Et l’homme pendant ce temps-là ? » Les trois intervenants ont passionné l’auditoire. Le général Pierre de Villiers ouvre les hostilités. À contrepied de tous les discours précédents sur le numérique, le Général lance : « La digitalisation devait faire gagner du temps mais en fait perdre énormément car nous sommes engloutis sous les messages et les informations ».


Puis les déclarations s’enchainent, sous les applaudissements d’un public conquis. Florilège :

« Le temps ne doit pas nous conduire, il faut le conduire. »

 « L’agenda, c’est la guerre ».

 « On confond les urgences et les priorités. On ne traite pas le temps long. On est dans la tactique, et pas dans la stratégie.

 « Les décisions ne doivent pas être prises à l’aune de l’immédiateté et de l’effet produit en terme d’image et de communication. »

 « Aujourd’hui, je ne vois que des gens pressés, on ne se parle plus, on ne se regarde plus. On est numérisé. C’est grâce à la cohésion, à la fraternité qu’on décuple l’efficacité. On ne parle que de gain de productivité, de rationalisation. Mais la plus grande rationalisation, la plus grande efficacité, c’est l’intérêt qu’on porte à ses subordonnés. »

 « Il faut maîtriser ses subordonnés. C’est comme ça que ça marche. La courtisanerie mène à l’échec. »

Christian Streiff témoigne ensuite. En 2008, alors président du groupe PSA (réunissant les marques Peugeot et Citroën), il travaille plus de 12 heures par jour et finit par être victime d’un accident vasculaire cérébral :

« Je suis allé trop loin dans ce mode de fonctionnement, j’ai oublié ma famille, j’ai même oublié ma tête, puisqu’elle y est restée un moment donné. »

 « J’ai eu un AVC qui m’a obligé à me reconstruire, je parle et je lis à peu près correctement aujourd’hui mais ça n’a pas toujours été le cas. J’ai mis trois à quatre ans pour me reconstruire. »

Pour François-Daniel Migeon, se réserver un temps d’intériorité est comparable à une « assistance respiratoire » dans un monde qui tourne trop vite.

« Je suis catholique, donc pour moi c’est la prière, quand je me mets en présence de mon Dieu. C’est ce temps d’intériorité qui nous permet de repartir de l’essentiel, de l’unité de notre personne. »

 Le Général de Villiers nous a accordé une interview à l’issue de la conférence, à retrouver ici.

 Vendredi 17 novembre 2017