Par Morgan Couturier

Contrainte et forcée de changer d’établissement scolaire, la petite Camille a vécu cet épisode traumatisant du harcèlement scolaire. Un cas complexe à gérer pour sa famille, alors que le sujet demeure encore sensible auprès des établissements et de la justice.

« Mais ce ne sont que des enfants après tout », entonnait en 2012, le chanteur Keen’V sur cette thématique délicate du harcèlement scolaire. La réplique est souvent entendue, comme pour minimiser la portée de cette agression, devenue commune dans l’enceinte des écoles. La famille Roux de Bézieux en a fait l’amère découverte, lorsque leur fille Camille est sortie de son silence, poussée à bout par son agresseur. « Il y a un an, lorsqu’elle m’a raconté ce qui se passait, le monde s’est effondré, raconte sa mère, Élodie, la gorge encore serrée. Ce furent 3 ans et demi de harcèlement ».

De plus en plus récurrent, le harcèlement scolaire, physique ou verbal, demeure pourtant trop souvent impuni. « Il y a une omerta pour protéger la réputation des établissements. Nous, on est un élément perturbateur, car on a osé parler », poursuit la conseillère municipale. Le jeune âge des accusés ne pardonne pas tout, encore moins l’implacable verdict du jugement, qui contraint souvent la victime à rendre les armes et changer d’établissement.

Une pétition pour soutenir une proposition de loi

Comme ce fut le cas pour Camille, partie se reconstruire dans les couloirs d’une autre école. « Depuis, c’est une enfant qui a le sourire, qui est passée des dernières places aux premières. Elle est entourée de beaucoup d’amis », décrit sa mère. Il n’empêche, les stigmates sont encore présents, comme de nombreux enfants dans pareils cas, alors Élodie Roux de Bézieux s’est engagée au côté de l’association « H.U.G.O », avant de lancer une pétition, signée par quelque 3 000 personnes, laquelle doit soutenir une proposition de loi censée améliorer le quotidien des enfants.

Le but ? Rajouter une situation de harcèlement à l’article 40, attrait à la dénonciation d’un crime ou d’un délit au procureur de la République. « Il faut qu’il y ait une obligation d’alerter la justice tout en ayant une action de sensibilisation plus importante », dépeint l’élue. Une avancée soutenue en haute sphère qui pourrait être rapidement évoquée par le ministre de l’Éducation Nationale. L’association a d’ailleurs été reçue au Ministère de l’Éducation Nationale et va travailler main dans la main avec la cellule Harcèlement scolaire sur le projet de loi École de la Confiance.

Le soutien n’en serait que plus total, après les nombreux témoignages formulés par des parents de ladite école. Preuve que si le silence est le meilleur des mépris, la cause ne peut qu’avancer qu’au prix de sérieux avertissements.

La Région évoque diverses propositions régionales pour endiguer le harcèlement

Le ministre Jean-Michel Blanquer est d’ores et déjà allé dans ce sens, rappelant la nécessité d’alerter tout fait répressif, afin de sanctionner les harceleurs. Invité sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin le jeudi 8 novembre 2018, ce dernier a réitéré sa volonté de développer les « sanctions de responsabilisation », quitte à s’attaquer aux aides financières des parents, en cas de récidives. Une mesure choc, évoquée en plein cœur de la journée nationale contre le harcèlement scolaire, où la région Auvergne-Rhône-Alpes, s’est également signalée.

Mandatée par Laurent Wauquiez, Anne Lorne (ci-dessus) a ainsi planché sur diverses propositions pour faire de l’Auvergne-Rhône-Alpes « une région moteur » de ce combat, suite à « un gros travail de maillage », où la conseillère régionale a auditionné une trentaine d’acteurs, des témoins aux victimes en passant par les harceleurs. « C’est un travail très complexe que cette lutte, a témoigné pour sa part le directeur académique, Guy Charlot. On doit permettre à des jeunes d’exprimer leur souffrance. Il faut faire réfléchir. Ce ne sont pas que des chamailleries d’enfants ». Pour preuve, le sujet est pris au sérieux du côté de l’hôtel de Région, où l’on souhaite ramener le taux de harcèlement à 0.

Pour ce faire, Anne Lorne a introduit l’idée d’une boite à outil numérique, censée fournir des guides ainsi qu’un forum d’échanges alliant professeurs, parents d’élèves et élèves. Autres propositions, le lancement en janvier prochain d’un appel à projet à destination des communes, lesquelles seront encouragées à valoriser toutes initiatives locales liées aux harcèlements scolaires ou encore un plan de formation à destination des agents de cantine, d’entretien ou de sécurité qui souhaiteraient mieux détecter lesdites situations de harcèlement.

Enfin, la Région veut étendre cette sensibilisation sur l’ensemble de l’année, avec l’ouverture dès le mois d’avril 2019, d’assises régionales sur cette thématique. Preuve que cette lutte, est de la responsabilité de tout à chacun.

Pour signer la pétition : https://www.change.org/p/pour-un-rassemblement-national-contre-le-harc%C3%A8lement-scolaire-le-8-novembre-2018-hugo?fbclid=IwAR3kdmx6GzTPqpRvRoWNXgR7GN-TWn8rShg_6S0LG7b1lb2XJTQVLyeHqBc