Texte : Françoise Petit – Clap de fin à Saint-Tropez. Les vacanciers ont remballé leurs lunettes de soleil, les yachts ont largué les amarres et la foule des curieux, qui guettait devant les palaces flottants une célébrité ou un improbable jet-setteur, s’est dispersée. L’été tropézien est passé. Mais il reste les rencontres. Celles qui, loin du strass et de la course à l’image, ont quelque chose de profondément humain. Nicoletta est de celles-là.
À Saint-Tropez, l’interprète de « il est mort le soleil » a pris ses quartiers d’été depuis près de soixante ans. Un privilège de l’âge, sans doute : celui d’avoir connu un village où les vedettes semblaient tout droit sorties des pages de Salut les copains, bien avant que Saint-Tropez ne devienne la vitrine estivale de la jet-set.
Cette fidélité au village n’est pas un hasard. Chez Nicoletta, l’attachement aux lieux compte autant que la carrière. Saint-Tropez, Lyon, Genève, Thonon : autant de points d’ancrage dans une existence qui n’a jamais cessé de chercher l’ailleurs tout en restant profondément enracinée.
Lyon, justement. Une ville qui compte dans son histoire, même si sa « ville lumière » à elle sera Genève, où elle vivra huit ans. À 16 ans, Nicole Grisoni, née à Thonon et élevée par sa grand-mère, arrive à Lyon dans des circonstances qui en disent long sur l’époque.
Le mal de mer ?
Grâce à une assistante sociale, elle entre à l’école textile Gougerot pour devenir dessinatrice en soierie. Elle est alors hébergée dans un foyer à la Mulatière : « À l’époque, si vous n’aviez pas 21 ans, âge de la majorité, impossible de louer une chambre en ville ».
Une enfance difficile dont elle fera une force. À ses élans rebelles, elle oppose le sport. La natation devient son terrain de jeu et de conquête. Membre du Club des nageurs de Gerland, elle participe aux compétitions régionales en relais et en brasse coulée et collectionne les podiums face à Genève, Annecy ou Grenoble.
Une championne qui, paradoxalement, n’a jamais vraiment apprivoisé la mer. À Saint-Tropez, pas question pour elle de se jeter dans les flots : « J’ai une espèce de phobie. Je préfère l’eau douce du lac Léman. » La Méditerranée ? Très peu pour elle. Le Léman, la Haute-Savoie et les montagnes ont toujours sa préférence.Et c’est précisément vers cette terre d’origine que Nicoletta aime s’échapper depuis Paris avec son mari, Jean-Christophe Molinier, qu’elle a épousé en 2011.
Deux maisons familiales à Thonon, héritées puis réunies, sont devenues leur refuge. Ils y retournent trois ou quatre fois par an. Le programme est immuable : respirer, profiter, et surtout bien manger. À Margencel, au Jolla, ou à Publier, au Zig Zag, les filets de perche ont leurs inconditionnels. « On est comme sur un bateau, pieds dans l’eau, au coucher du soleil. C’est merveilleux ».
Lyon, passage obligé au Broc Bar
Sur la route du Léman, Lyon demeure une étape incontournable. « À chaque fois qu’on se rend à Genève, la ville que j’adore, on s’arrête à Lyon pour deux jours ». Et il y a surtout Stéphane Pelletier du Broc Bar, figure familière de leur itinéraire lyonnais et tropézien. La rencontre remonte à une dizaine d’années, à Paris, après un spectacle de Chantal Ladesou. Depuis, l’amitié s’est installée.
Nicoletta ne tarit pas d’éloges sur celui qu’elle considère comme « l’ami Stéph », devenu l’un des visages familiers de Saint-Tropez. Son album de souvenirs est à l’image du personnage : joyeux, chaleureux, généreux. Du Caprice des Deux aux Halles, de la place des Lices à la Pétanque Turquoise, Stéphane Pelletier semble avoir été partout cet été.
C’est dans la fraîcheur bienvenue d’un restaurant de plage, que nous avons retrouvé Nicoletta. Canicule oblige, même les souvenirs avaient besoin de climatisation !
Encadré
Gospel ? The Queen : Nicoletta
La carrière de Nicoletta ne se résume évidemment pas à ses tubes. Depuis trente ans, elle défend avec passion une musique qui lui est particulièrement chère : le gospel. Elle revendique même un rôle de pionnière : « J’ai promu le gospel en France, ça n’existait pas avant. » Au fil des années, son travail avec les chorales a contribué à installer cette musique sacrée dans le paysage musical français.
Son actualité en témoigne avec sa tournée « Les Acoustiques Gospel », notamment en Rhône-Alpes :
- Le 12 novembre à l’église Sainte-Bernadette d’Annecy
- Le 13 novembre à la basilique Saint-François-de-Sales de Thonon-les-Bains
Sur scène, Nicoletta continue de transmettre cette passion avec une énergie intacte. Et lorsqu’elle parle de gospel, le ton change : plus question de nostalgie, mais de transmission.
À Saint-Tropez comme à Lyon, Nicoletta reste ainsi fidèle à ce qui lui ressemble : les lieux qui ont compté, les amitiés qui durent et la musique qui, depuis plus de soixante ans, continue d’éclairer son chemin.

















0 commentaires