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Par Benjamin Solly

Incapable de fournir une cartographie actualisée du logement social à Lyon malgré les demandes répétées de l’opposition municipale, le cabinet du maire fait-il sciemment de la rétention d’informations ? « Scandaleux et inacceptable » pour Michel Havard.

Le vote des garanties d’emprunts concernant des programmes de logements sociaux a enflammé l’assemblée municipale, lundi 16 mars 2015. En cause ? Une correspondance électronique explicite entre l’adjoint aux finances Richard Brumm et le cabinet du maire de Lyon concernant une demande de l’opposition municipale sur la cartographie du logement social à Lyon, ilot par ilot. « Vu avec le cabinet, il n’est pas souhaitable de communiquer ce doc » , mentionne l’échange par courriel.

Problème ? « Dans le mail que nous avons reçu, nous avons eu droit à l’ensemble de l’échange entre le cabinet et M. Brumm », rapporte un Michel Havard saisissant la balle au bond. Le président du groupe Ensemble pour Lyon dénonce même une « falsification » des documents administratifs. « Il est envisagé que nos questions n’apparaissent pas au compte rendu des commissions. A Lyon, on ne renonce à aucune pratique. Vous avez osé cette falsification. Ce qui s’est passé est grave est inacceptable » , tempête-t-il.

Visiblement mal à l’aise, Gérard Collomb botte d’abord en touche, grinçant. « Vous permettez que je vérifie avant de donner des réponses. Franchement, ne pas dire où s’implantent des logements sociaux ? On le sait tous les jours, on le vote dans toutes nos délibérations. Il n’y a qu’à regarder, les documents sont tout à fait transparents et en ligne. »

Puis c’est Richard Brumm qui monte au créneau en interpellant Michel Havard. « Je suis habitué de votre part de plus de courtoisie et d’élégance, s’étonne l’adjoint. Je peux vous assurer comme je vous écrivais le 10 mars que vous aurez une réponse. J’ai l’impression qu’en ce moment dans votre groupe, vous chercher à faire le buzz. » Et Brumm de justifier cette rétention d’informations au regard de la caducité du document demandé, qui n’a pas été actualisé depuis 2007.

Havard, remonté comme une pendule, et Collomb, visage assombri par la colère, reprennent enfin l’échange en bugne à bugne, livré in extenso ci-après :

« GC : On vous dit qu’on ne veut pas diffuser une information qui n’est pas juste et qui n’est pas actualisée. Parce qu’ensuite, vous seriez venus nous dire qu’on ne vous avait pas donné les bonnes informations…

MH : Cela fait depuis 2009 que nous vous la demandons… Vous vous êtes refusé à la communiquer et il faut attendre un événement de ce type-là pour que nous l’ayons…

GC : Monsieur Havard…

MH : Donc vous vous engagez à nous communiquer ce document sans délai ? Demain, après-demain ? Je vous laisse 48h. Je veux la version d’aujourd’hui. Vous nous donnerez la version réactualisée après. Est-ce que vous êtes prêts à vous engager devant tous les élus qui sont prêts eux aussi à demander des informations, sur tous les bancs.

GC : Que vous ayez besoin de prendre n’importe quel sujet pour montrer que vous êtes le chef, ok…

MH : Ce n’est pas n’importe quel sujet… N’essayez pas de retourner le truc parce que c’est scandaleux !

GC : Vous allez à l’agence d’urbanisme. Vous pouvez aller à l’agence d’urbanisme ?

MH : Vous êtes le maire ou le président de l’agence ? Ne cherchez pas à masquer votre propre gouvernance… »

L’échange a provoqué une interruption de séance de 5 minutes.

Pour revoir l’échange musclé entre Havard et Collomb ( à partir de la 35e minute et à partir de 1h25’35 »)