blaise-adilon1.jpg Par Alain Vollerin

 

Blaise Adilon était photographe, désormais en plus, il est vidéaste. Comme le font beaucoup d’autres contemporains, il ne peut faire de l’Art avec rien, car c’est un homme cultivé. Empêtré dans sa culture, même. Tout chez lui est référent. Comme son invité sur l’écran, Marc Desgranchamps.

 

On assiste à des mises en perspectives constantes entre le discours du peintre et celui du photographe. Le peintre dit qu’il peint, avec de nombreuses citations, le photomane qu’il photographie avec toutes sortes de stratagèmes, de techniques. Il y a aussi la mise en jeu du nu contemporain face au référentiel (Manet, etc.). Nous sommes transformés en voyeurs, souvent voleurs rarement comblés. Desgranchamps tel qu’en lui-même, pontifiant, jouant l’humilité. Il le fallait peut-être, cela donne un climat, une couleur, puisque nous sommes dans la peinture. Desgranchamps ? Peut-être, le bavard adéquat qui sombre parfois dans la philosophie de comptoir. Il le dit, aussi. Que ne dit-il pas ? Au long de sa carrière, Blaise a rencontré beaucoup d’artistes célèbres ou pas, comme René Roche ou Samuel Fuller. Il utilise ici, toutes les vertus de la machine mécanique ou électronique; et des sons, de la musique pour rompre (par une violence recherchée…) le monotone soliloque de Marco des grands chants. "C’est un grand mot de dire  je pense" nous assène Desgranchamps. Je veux mon neveu.Je me souviens de Desgranchamps,  insistant : " tu devrais fréquenter plus les gens de l’Institut d’Art Contemporain, ce serait bon pour ta carrière." C’était bien le langage d’un embryon de vampire. Il n’aime pas Braque. Au secours Sigmund. Desgranchamps ferait-il du Braque contemporain ? Qu’est ce qu’il lui met !… Pauvre Georges… Il s’embourbait, selon Marco. Il en parle si bien. Comme il est bien documenté… C’est étrange. N’y aurait-il pas anguille ? Deschampgrands a fait un faux Braque. Il l’avoue. C’était gentil, pour un copain, un anniversaire. Tiens, Desgranchamps, un sous-Braque. Mais oui ! Mais, c’est bien sûr. Aurait dit l’inspecteur Bourrel  (le maître du suspense policier à la télé, dans les années soixante. Le spectacle préféré de Desgranchamps. ). Alors, cette vidéo n’est donc pas inutile.Le modèle de Blaise a le sein gauche tombant. En regardant plus sérieusement, ils chutent tous les deux. C’est cela, être un regardeur d’art compétent : bien regarder pour comprendre et savoir, et parler, parler… "Le réel, c’est ce qui résiste", commente Desgranchamps chauve et sérieux qui joue au petit Einstein.  Il affirme : " je ne vois pas la fin de ce que je fais". Hélas, nous non plus. Lorsque le chat paraît, il finit par disparaître, disait Orwell. Non. C’est un matou qui vient de traverser l’écran. C’est aussi cela, la création depuis la nuit des temps "l’accident révélateur". Tiens, il faut que je donne à manger à ma vieille chatte. Elle a vingt-trois ans. Comédie, tragédie passent très bien sur le visage du modèle, Laura Lazano. Comment oublier qu’on est le fils de Georges Adilon ? (un peintre abstrait renommé dans les années quatre-vingt.) Puisque, on a tutoyé le questionnement intime depuis son enfance. Cela rend modeste. Ce n’est pas le cas de Desgranchamps qui continue à pérorer. Docteur Desgranchamps s’enferre dans son ordonnance. Je vous disais que Blaise était cultivé. Il a même lu les notes sur le cinématographe de Robert Bresson. Quand même, Blaise, il pense beaucoup au cul. Méfiez-vous des timides ! Selon la formule populaire : " c’est pas celui qui en parle le plus…). Desgranchamps apprécie le Déjeuner sur l’herbe du bel Edouard. Comme moi !… Dommage qu’on ne se voit plus !… Devant la vidéo de Blaise, vous serez comme chez le psy. Sur le long terme, c’est plus rentable pécuniairement. Sauf que vous êtes le psy, alors, envoyez votre facture à Desgranchamps. Il a les moyens de vous payer. Ce serait plus honnête. Au bout du bout de cette vidéo très connotée, vous serez plus cultivés que Marco et Blaise réunis. Je sais. C’est pas possible. Essayez quand même…

Jusqu’au 4 Janvier 2009

Vidéos de Blaise Adilon

Le peintre, le modèle , le photographe

Mac de Lyon