Par Christophe Magnette

Rillieux-la-Pape, les pentes de la Croix-Rousse, les clubs à la mode (le Factory notamment dirigé par Camel Boutarfa), Rachid Taha (disparu dans la nuit du 11 au 12 septembre 2018 à son domicile parisien des Lilas), figure de proue de la scène rock française des années 1980, artiste à l’éclectisme rare (raï, chaâbi, techno, punk etc.), interprète iconique du célébrissime Ya Rayah (issu de l’album Diwân en 1998), était aussi un enfant de Lyon où il devait donner un concert à l’opéra le 22 septembre prochain.

Pas étonnant donc que Julien Smati, premier adjoint de la cité rilliarde ait été parmi les premiers à saluer un artiste applaudi pour sa gentillesse et son talent artistique : “Arrivé des Vosges avec ses parents, il s’est installé en 1977 à Rillieux-la-Pape, sur la place Renoir. Il cherche alors un emploi mais sans expérience les portes se ferment les unes après les autres. Il s’oriente vers l’AFPA afin de suivre une formation pour adulte en section peinture et enchaîne les emplois : Lesieur, puis Thermix, Vidéo-Color, Majorette et Renault Véhicules Industriels (RVI)”, rappelle l’élu rilliard.

Rachid accueilli par Camel Boutarfa, le fondateur du Factory

À la même période (en 1981), il rencontre les frères Amini (Mohammed et Moktar) avec qui il forme le groupe Carte de Séjour. Un an plus tard, il ouvre un établissement de nuit, Au Refoulé (comme un pied de nez…), dans le quartier de la Croix-Rousse. Une époque mâtinée d’insouciance que la journaliste Nadine Fageol a bien connue : “Je traînais [sic] avec eux dans le local de la rue des Tables Claudiennes où un mégot a eu raison du canapé, tout fondu… Ils m’ont fait connaître la bière au caramel, les soirées foldingues dans les bars des Pentes. C’était un musicien instinctif foutraque.”

Un écorché qui deviendra un symbole de la France black, blanc, beur avec la reprise du titre de Charles Trenet, Douce France (en 1986) avant de conquérir le monde avec la sortie de son premier album solo, Barbès, en 1991. Sa prestation majuscule en novembre 1998 lors du concert 1,2,3 Soleils en compagnie de Khaled et Faudel demeure un modèle du genre mais c’est la reprise de Rock the Casbah de The Clash (2004) qui lui confère une aura internationale.

“Il était décalé, anticonformiste, d’un franc-parler incandescent et ne laissait personne indifférent, surtout lorsqu’il mettait ses santiags en fourrure rose (rires), se souvient ému, Camel Boutarfa. Nous nous rendions très souvent au restaurant Le Mouton Danse dans le septième arrondissement : il mettait le feu, incroyable ! Artistiquement Rachid s’est émancipé à Lyon”. Et de rayonner dans le monde entier.