bayrou1 Par Marc Polisson

 

Un arrière-goût des présidentielles flottait mercredi après-midi sur la place de la Bourse. A l'occasion de la venue à Lyon du président démonétisé du MoDem, le ban et l'arrière-ban de la presse régionale et nationale avait fait le déplacement. Débarqué de son jet privé, François Bayrou a arpenté la rue de la Ré au pas de course avant de s'attabler devant les journalistes. Qui sont restés sur leur faim.

 

bayrou2 On l'attendait pour 15h30, il débarque à bord d'un Renault espace immatriculé 63 avec trois quarts d'heure de retard. Il a une bonne excuse : il vient de faire le tour de France en 24h. A chaque étape, le pompier pyromane qu'est Bayrou s'est attaché à éteindre le feu de ses tergiversations et à rassurer son dernier carré de fidèles. Au milieu d'eux, les journalistes se régalent. Certains plus que d'autres comme Robert Marmoz, surnommé « Radio MoDem » et Gérard Angel, toujours avide de potins mais aussi Sophie Landrin (un Monde à elle toute seule) et Paul Satis, gentiment remis à sa place : « Vous faites l'âne pour avoir du son ! » Le rédac chef de France 3 ne se laisse pas démonter pour autant. Il faut bien avouer qu'entre les candidatures avortées, les pressions exercées, les abandons des uns, les trahisons des autres et enfin l'escapade d'Eric Lafond, le MoDem nous a offert depuis plusieurs mois tous les épisodes d'une série B tournée à petit budget. Dernier en date, le retoquage de la liste MoDem du 8ème pour cause de double candidature d'un colistier. « Il y a folie ou manœuvre ! » assure le Béarnais : « Soit le colistier en question n'est pas clair, soit il s'agit d'une manœuvre télécommandée ! » A la hauteur du restaurant L'Entrecôte, Bayrou croise sans le voir Gilles Buna en train de tracter et serre la poigne de quelques badauds puis bifurque rue Pizay, au fond de laquelle se trouve le QG orange. Son fils et de nombreux sympathisants font la claque pour l'accueillir. Parmi eux, un petit rat noir particulièrement attentif. Preuve qu'ils n'ont pas tous quitté le navire MoDem !

 

bayrou3 Une fois installé dans la permanence, François Bayrou a fort à faire pour garder le contrôle et résister aux piques incessantes de mes confrères. Qui avaient, pour une fois, oublié le tube de pommade dans l'armoire à pharmacie (mention spéciale à Sophie Landrin et à Fabrice Arfi). Le président du MoDem qui avait obtenu 22,09 % à la présidentielle à Lyon, a assuré qu'il "aurait aimé que les choses fussent plus simples" face aux difficultés rencontrées lors de la nomination d'une tête de liste démocrate aux municipales à Lyon. La liste MoDem, conduite par Eric Lafond, investi par le parti centriste début février, n'est créditée que de 8% des voix au premier tour des municipales, selon un sondage Ipsos-Dell pour SFR paru mardi dans 20 minutes. "Ce fut tout sauf facile à Lyon : humainement et politiquement, ce ne fut pas mon moment préféré", a ainsi ironisé François Bayrou aux côtés de ses têtes de liste. "Si pour obtenir des élus, nous devons en passer par des moments pas faciles comme ici à Lyon, je les assume", a-t-il ajouté. Le ralliement de Christophe Geourjon, délégué départemental du mouvement à l'UMP, suivi de la démission du président de la fédération MoDem du Rhône, Michel Mercier, tandis que le vice-président MoDem de la communauté urbaine du Grand Lyon, Gilles Vesco, appelait lui à voter pour Gérard Collomb (PS), avaient ajouté à la confusion parmi les militants, déjà déstabilisés par les retraits d'Anne-Marie Comparini et Azouz Begag à l'automne. Faisant allusion à ces défections, M. Bayrou a déclaré qu'il "n'approuvait pas ces démarches", et qu'une réorganisation du MoDem dans le Rhône aurait lieu "après les municipales". Quant à l'attitude de Michel Mercier, M. Bayrou n'a pas souhaiter "renier (son) amitié", parlant de "pressions diverses et variées" exercées pour "qu'il n'y ait pas de liste démocrate à Lyon". A la question de savoir quelle serait sa décision si Michel Mercier, "qui est toujours membre du Modem", entrait au gouvernement, François Bayrou a répondu qu'il "attendait de voir". Ce qui signifie que c'est tout vu. (Avec AFP)