Propos recueillis par Morgan Couturier

A la différence d’Ecully ou des belles communes des Monts d’Or, Caluire n’a jamais été une chasse gardée des grandes familles lyonnaises d’hier et des people d’aujourd’hui. Mais ça pourrait bien changer selon Marc Engelhard, directeur de la rédaction de Lyon People qui a enquêté pendant deux ans.

LP : Peu de people à Caluire, c’est le paradoxe de cette commune qui regorge de merveilles architecturales comme nous l’avons constaté dans le numéro spécial patrimoine !
ME : D’où la complexité de notre enquête qui aura duré deux années. Car mettre un visage connu ou un patronyme reconnu en face d’un château ou d’une demeure bourgeoise n’a pas été évident. Bien entendu, certaines familles sortent du lot, comme les Coste Chardiny au château des Brosses. Mais ce sont des exceptions car les grandes figures aristocratiques ou industrielles qui ont fait rayonner le village au XVIIIème et au XIXème siècle ont depuis longtemps quitté Caluire. Leurs demeures ont souvent été rasées (Montchoisy pour les Brosset-Heckel) et quand, par chance, elles sont toujours debout, elles sont le plus souvent saucissonnées.

Quelles sont les raisons de cette désaffection ?
Comme l’explique notre contributeur Eric Planat, de nombreuses familles n’ont pas fait souche, et sont retombées dans l’anonymat dès la seconde génération. C’est le cas des familles Doux et Dubois (Château de Bellerive), impossibles à chroniquer. Cependant, en consultant l’annuaire du Tout Lyon, on découvre quelques patronymes connus, comme Camille Frachon et son épouse Marguerite Dupasquier (7, place d’Helvétie) qui ont leur villégiature 14, rue de la Tarentaise et la seconde au château de Clavière, à Saint Agrève (Ardèche). Ou encore l’industriel Jean Coignet à La Grange et René Gaillard de Collogny, et son épouse née Charveriat, dans une grande bâtisse du 45, grande rue.

Qui sont les personnages qui sont restés dans la postérité ?
Parmi les célébrités d’hier, citons le peintre Eugène Villon, ou encore au rayon natures mortes, Joseph Moyne créateur de la quenelle vers 1903-1904, dont la boutique était installée rue Jean de Tournes (aujourd’hui rdc du magasin Printemps). Joseph Beras [1860-1938], ami et client de l’architecte Vilboeuf, réside de 1921 à 1931, à Vassieux. On peut citer encore René Tavernier, père du cinéaste Bertrand Tavernier, venant en voisin visiter Edmond Locard, inventeur de la police scientifique à la Cigaline.

Et ces dernières années ?
Enfant, le futur notaire Dominique Bremens et ses frères et sœurs déménageaient dans une grande maison de Vassieux dès les beaux jours (son associé Marc Van Gorp réside lui aussi vers le Vernay). Dominique Groues, le petit neveu de l’abbé Pierre a résidé pendant 17 ans au Vernay dans la maison récemment rachetée par la famille Drevon-Balas. Sur le terrain politique, Francique Collomb, maire de Lyon de 1976 à 1989 était un habitué de la commune, avec son rond de serviette chez Eric Gruaz au Château du Vernay, en face de la maison de son fils Gilles ou chez Bernard Bataille au Val Vert. C’était la grande époque des publicitaires comme François Requien et de son associé Jean-Noël Gerphagnon, à deux encablures de son homonyme, le joaillier Georges Gerphagnon.

Qui sont les VIP d’aujourd’hui ?
En 1997-98, on les croisait au 20, route de Strasbourg. Alors que Gilles Moretton (GMO) et le futur maire du 6ème Pascal Blache s’apprêtent à fusionner leurs sociétés dans Occade Sport, les deux hommes installent leurs équipes dans un petit hôtel particulier revendu ensuite à Michel Garcia (Everial). C’est là qu’ont été échafaudées les belles aventures du GPTL, du Master Vittel d’Athlétisme… en binôme avec Marie Roussille qui réside toujours dans le quartier de Saint Clair. Non loin de là, Tanguy de Beublain, petit-fils de Charles Mérieux et dont l’arrière-grand-père Marcel a installé un laboratoire sérothérapique à Caluire entre 1907 et 1917 habite Vassieux, à deux pas de la charmante villa du producteur Victor Bosch. Quant à la famille Lavorel, connue à Caluire depuis le milieu du XIXème siècle, elle est encore représentée par Stanislas, le fils ainé de Jean-Claude Lavorel.

Victor Bosch est-elle la personnalité la plus connue de Caluire ?
Certainement, car il a une envergure nationale depuis le succès de sa comédie musicale « Notre Dame de Paris ». Au volant de son gros Hummer, le patron du Radiant détonne dans ce quartier occupé en majorité par des figures top discrètes de la chirurgie et de la médecine lyonnaise. Toujours au rayon show-biz, on peut croiser Thierry Teodori et le producteur Thierry Suc sur le quai Clémenceau, le cinéaste Christian Carion à Montessuy. Dans le domaine culturel, Florence Verney Carron, vice-présidente de la Région a longtemps résidé à Cuire le Haut.

D’autres noms bien connus des lyonnais ?
Oui, par exemple la figure emblématique de la Fondation Berliet, Monique Chapelle habite Caluire depuis 1964. Elle était donc fort bien placée pour nous parler de l’ancien préventorium créé par Marius Berliet, rue de Margnolles. L’ancien champion de trail Charles Coutard a rangé son casque et ses motos du côté de Cuire Le Bas. La maman de Bernard Pivot a longtemps résidé dans la résidence Chantoiseau (19, chemin des Petites Brosses), non loin du Beauvoir, fief de la famille Charmettant, et de leurs voisins le colonel Roger Gillmann, et son épouse Helyett, les grands-parents de notre ami Jean-Philippe Niewenglowski.

Le Domaine de Hauterive est-il toujours un repaire de fortunés ?
Sur les hauteurs de Cuire, ce fleuron immobilier de la famille Giorgi, a accueilli Gilles Moretton, créateur du GPTL ; le soyeux jet-setteur André-Claude Canova ; le concessionnaire automobile Olivier Delorme ou encore Marie Dugardin. Cette résidence de grand standing construite dans la propriété de l’industriel Jean Courbier, a été commercialisée au moment de la première guerre du Golfe. « Alors que les premiers appartements étaient partis comme des petits pains, on a mis 5 ans pour commercialiser les 60% qui restaient ! » raconte Gilbert Giorgi. « Ça a beaucoup impacté notre marge ! » Rassurez-vous, il a eu l’occasion de se refaire depuis.

Quels sont leurs quartiers préférés ?
En passant sous la Voie verte, vous pouviez admirer jusqu’en 2008 les deux grandes maisons bourgeoises du journaliste Florent Dessus et de Jean-Paul Fangeat. Elles ont été démolies pour permettre la construction du complexe Via Verde. Dans les belles résidences qui dominent la Cité internationale, vous pouvez croiser Lionel Flasseur, DG d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, avec pour voisins Jean-Pierre et Sylvie Capony, l’antiquaire Alain Locatelli, l’agent immobilier Gilles Vaudois ou le pharmacien François Rivier. Entre autres ! La suite dans notre magazine spécial Caluire !

Caluire peut-elle devenir le nouvel eldorado des people lyonnais ?
Oui, pour deux raisons. Les difficultés de circulation qui ne vont pas aller en s’améliorant grâce à la politique anti voiture de David Kimelfeld et la raréfaction du foncier dans l’ouest lyonnais incitent de plus en plus les VIP à se rapprocher de Lyon. Dans ce contexte, Caluire est idéalement placée pour monter en gamme.



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