Démolition du 25, rue Charles Richard, le 23 septembre 2013 – A qui le tour ? Photos Fabrice Schiff

Par Benjamin Solly

(MàJ avec les droits de réponse de Thierry Philip et Pierre Bérat) Sollicité pour sa qualité de vie et son esprit « village », Montchat voit pourtant tomber les petites maisons qui font son identité patrimoniale. Un bien triste inventaire.

L’urbanisme à Montchat, c’est «  l’exemple assez typique d’un faux débat complètement artificiel et qui ne correspond en rien à la réalité . » A l’évocation du « village », le maire du 3e arrondissement Thierry Philip goûte peu les critiques bétonnières portées par son opposition et certains résidents. « Les programmes immobiliers se multiplient à un rythme effréné au cœur de Montchat, ce qui ne manque pas de susciter des interrogations sur l’avenir du paysage local » , témoignait déjà Alain Barrelle en novembre 2011 dans sa gazette Signé Montchat. Réélue conseillère générale du canton quelques mois plus tôt, l’actuelle ministre des Droits des Femmes Najat Vallaud-Belkacem se voulait alors optimiste. « Je rassure les inquiets, le plan local d’urbanisme garantira la protection des petites villas », écrivait-elle sur son site internet de campagne. Qu’en est-il réellement ? Pour Thierry Philip, « seules 10 maisons ont bougé depuis 2008.  » Dans son Lyon, des origines à nos jours : la formation de la cité, Arthur Kleinclausz dresse un inventaire des villas du quartier. 73 en 1856, 855 en 1896. « On compte aujourd’hui 950 maisons à Montchat . » Toujours selon le maire d’arrondissement, cet habitat résidentiel individuel ne représente que « 19% de l’habitat montchatois, 81% des gens vivent en appartements. » Entre 2001 et 2013, 54 permis de démolir ont été signés et 104 permis de construire ont abouti. « La conséquence, c’est une densification de  l’urbanisme et une modification de la morphologie de la ville, dénonce le conseil d’arrondissement d’opposition Pierre Bérat. Cela contribue à la disparition de l’identité de Montchat et à la banalisation du quartier. » L’homme a été maire-adjoint du 3e arrondissement jusqu’en 2008, en charge notamment des relations avec les habitants de Montchat. « Nous avons été aux affaires, sans doute que nous aurions pu protéger mieux, mea culpa pour nous », reconnaît-il.

Le mépris de l’habitat populaire

Dans le cadre de la modification annuelle du PLU, le réajustement de la liste des éléments bâtis à préserver est pourtant envisageable. Pour l’ensemble du 3e arrondissement, le document comporte 29 adresses, souvent bien éloignées du périmètre d’intérêt patrimonial de Montchat. Une arme restrictive sur les droits à construire, notamment pour faire de l’habitat collectif. «  Les propriétaires n’ont pas envie que par des décisions coercitives nous venions attaquer la valeur patrimoniale de leur bien. Surtout si un promoteur met 200 000 euros de plus sur la table. Que la mairie soit de droite et de gauche, il ne peut pas empêcher M. X, propriétaire de sa maison, de la vendre à qu’il veut. S’il faut interdire une construction dans une rue, je le ferai en concertation avec la majorité des gens qui habitent la rue. Nous travaillerons avec eux et pas avec des idées préconçues » , rappelle Thierry Philip. Une manœuvre dilatoire qui ne convainc pas Pierre Bérat. « Ce qui est gênant, c’est qu’il emploie le futur. Quand j’ai proposé ce vœu en conseil d’arrondissement en janvier 2012, il y a eu une véritable levée de boucliers, réplique-t-il. Depuis, des petites maisons avec leur bout de jardin ou des ateliers ont disparu. »  La renégociation du PLU est ouverte à la concertation jusqu’à fin 2014. «  Montchat n’est pas une réserve d’indien. Je suis pour répondre à la demande de tout ceux qui veulent venir habiter à Montchat, toutes classes sociales confondue » , glisse Philip. Le nouveau document d’urbanisme sera effectif au 1er janvier 2016. Un horizon lointain qui l’actuel maire du 3e arrondissement. En attendant, les godets des pelleteuses qui défigurent le quartier s’en donnent à cœur joie.

 

98.1La démolition de la belle villa montchatoise du 98, cours du docteur Long durant l’été 2013 a provoqué une levée de boucliers chez les habitants de Montchat. Le maire du 3ème se targue d’avoir conservé les arbres et la clôture en fer forgé…

04Pour le Carambole, angle rue Bonnand et rue Ferdinand Buisson, la fête est finie…

05Pierre Berat devant la porte du 105, cours du docteur Long. La villa et son pavillon sont condamnés.

06Déjà murée, cette petite maison du 51, cours du docteur Long, n’attend plus que le vent du boulet

07Au 89, cours Richard Vitton, cette villa va elle aussi tomber, victime de la tactique de l’encerclement.

08Qui viendra sauver cette petite maison de ville, rue Jeanne d’Arc, du bûcher des bétonneurs ?

 

INVENTAIRE DES DEMOLITIONS DEPUIS 2001

17, rue Antoinette

19, rue Antoinette

27, rue Antoinette

34-36, rue Antoinette

28, rue Camille

14, rue Charles Richard

25, rue Charles Richard

30 bis, rue Charles Richard

35, rue Charles Richard

23, rue Charles Richard

7-7 bis, avenue du Château

31, avenue du Château

42-44, avenue du Château

7, rue Constant

10, rue Constant

16, rue Constant

18, rue Constant

8-10, cours du Docteur Long

52-54-56, cours du Docteur Long

58-60-62 cours du Docteur Long

61, cours Docteur Long

71, cours Docteur Long

89-93 cours du Docteur Long

98-98 bis, cours du Docteur Long

105, cours du Docteur Long

123-125, cours du Docteur Long

152-154, cours du Docteur Long

162, cours du Docteur Long

14, cours Eugénie

21, cours Eugénie

22, cours Eugénie

17-19, rue Ferdinand Buisson

21, rue Ferdinand Buisson

35, rue Ferdinand Buisson

53, rue Ferdinand Buisson

67, rue Ferdinand Buisson

146-154, route de Genas

160-162, routes de Genas

170, route de Genas

3-5, rue Jean-Marc Bernard

11-13, rue Jean-Marc Bernard

13-15, rue Jean-Marc Bernard

3, rue Jean Quitout

18, rue Julie

19, rue Julien

36, rue Julien

40, rue Julien

181, bis avenue Lacassagne

203, rue Lacassagne

8-10, impasse Lindbergh

12, rue Louis

33, rue Louis

2-4 rue Louise

6, rue Louise

16, rue Louise

2-2 bis, boulevard Pinel

1, rue Professeur Florence

3, place de la Reconnaissance

20, cours Richard Vitton

32, cours Richard Vitton

53 bis, cours Richard Vitton

57, cours Richard Vitton

65, cours Richard Vitton

70-72-72 bis, cours Richard Vitton

80-82, cours Richard Vitton

117, cours Richard Vitton

12, rue Viala

13, rue Viala

16, rue Viala

26-28, rue Viala

Michel Havard : « Montchat doit être préservé ! »

Interrogé en marge de sa conférence de presse consacrée à la culture et au patrimoine, Michel Havard a tenu à se différencier dans son approche patrimoniale et urbanistique de ce quartier typique.

« Montchat fait partie des quartiers à forte identité de notre ville de Lyon, avec son ambiance « village ». Il connait néanmoins depuis quelques années une mutation urbaine rapide, avec des démolitions de maisons et une certaine densification, qui pourrait menacer cette spécificité à laquelle tiennent les Montchatois et qui est recherchée par de nouveaux habitants. Montchat est ainsi le type même de quartier qui bénéficiera de notre projet « Cœur de Quartier » consistant à conforter les quartiers à vivre. Les Etats généraux d’arrondissement que nous réunirons dès le début du mandat permettront, quartier par quartier, de définir un plan d’actions pour renforcer la qualité de vie. A Montchat, sans doute cela permettra-t-il de se donner des priorités en termes de valorisation du patrimoine, d’évolution du Plan local d’urbanisme, pour préserver les secteurs pavillonnaires. Nous veillerons aussi à conforter les dynamiques commerciales et à soutenir les animations assurant la convivialité des quartiers. »

 

Le droit de réponse de Thierry Philip

Réaction du Maire du 3ème arrondissement à l’article « Montchat Village Martyr » paru dans les pages 26-27 du Lyon People n°139 de mars 2014.

« Monsieur le rédacteur en chef,

L’article que vous avez écrit avec Pierre BERAT comporte un titre dont je vous laisse la responsabilité (ma belle famille est originaire du limousin et, à Oradour-sur-Glane, nous savons ce que c’est qu’un village martyr).

Sur le fond, l’inventaire des démolitions depuis 2001 par Pierre BERAT comprend 70 adresses.

Or parmi ces adresses, seules 48 comprennent effectivement des démolitions et 25 ont été autorisées avant 2008, lorsqu’il était adjoint au cours de son 2ème mandat (il se présente pour la 4ème fois).

Les autres adresses citées portent sur des réhabilitations, des extensions de maisons ou des transformations d’usage ; ou sont des projets inexistants.

Parmi les 23 démolitions autorisées depuis 2008, conformément au PLU et aux règles du code de l’urbanisme :

–  9 concernent des démolitions d’entrepôts, de garages ou d’anciens locaux d’activité,

– 5 des démolitions partielles (verrières, hangars, etc.)

– et 9 de bâtiments d’habitation : 5 bâtiments R+1 et 4 maisons, essentiellement cours du Docteur Long, et notamment les deux maisons du 98 qui ont suscité beaucoup d’émoi.

Cependant, nous avons contraint le promoteur de cet immeuble de 38 logements construit à la place de ces deux maisons et du bâtiment d’activité, d’une part à garder l’entrée et le joli mur d’enceinte ainsi que les arbres, et d’autre part à définir une architecture qui par ses volumes et son esthétisme respecte le caractère résidentiel de Montchat. Et aujourd’hui, celui-ci s’intègre parfaitement sur ce cours qui garde toute sa centralité et son dynamisme.

Vos lecteurs comprendront que 4 maisons, cela n’a rien à voir avec les 70 annoncées. »

Thierry Philip, le 13 mars 2014

 

La réponse de la rédaction
Nous maintenons le chiffre de 50 démolitions* depuis 2001 (soit deux de plus que les 48 annoncé par Thierry Philip que nous avons rencontré – tout comme Pierre Bérat – dans le cadre de ce dossier). Les deux élus partagent la responsabilité de cette urbanisation non respectueuse du site, mais le premier est dans le déni, tandis que le second reconnait sa négligence. Nous ne pratiquons pas – comme monsieur le maire du 3ème (qui habite à Bron…) – de discrimination concernant les bâtiments rasés.  Toutes ces destructions, qu’elles concernent des villas, des bâtiments d’activités, des bars-restaurants, des ateliers… altèrent le cadre de vie et participent à la banalisation du quartier, à sa déshumanisation. Elles sont contraires à l’esprit village de Montchat.

* Données établies avec les services du Grand Lyon

Le droit de réponse de Pierre Bérat

A la lecture du droit de réponse de M. Philip, je souhaite que vous publiez sur votre site, à la suite de ce droit de réponse, les éléments suivants.

« Je regrette le manque de respect dont fait preuve M. Philip à l’égard de la presse dans son droit de réponse. Le dossier de Lyon People n’a pas été écrit avec moi comme le prétend M. Philip. Dans le cadre de leurs investigations, les journalistes m’ont interviewé, comme ils ont interviewé M. Philip.Ils ont tiré de ces entretiens leurs conclusions. M. Philip doit apprendre à supporter la critique.

Pour ce qui est de la réponse de Lyon People indiquant que les deux élus (M. Philip et Bérat) partagent la responsabilité, il me semble que ce « partage » est pour le moins excessif. Effectivement, quand nous étions en charge des affaires de l’arrondissement, nous aurions pu anticiper ces évolutions urbanistiques. Mais c’était il y a 10 ans, et le phénomène des démolitions s’est largement accéléré ces dernières années. Par ailleurs, ces dernières années justement, c’est bien moi qui ai proposé à la Mairie du 3e d’agir, en soumettant un vœu lors de la modification du PLU. Et c’est bien M. Philip qui, en balayant ce vœu, a fait preuve de son absence de volonté d’agir. Chacun peut le constater en lisant le compte-rendu du Conseil d’arrondissement. »

Pierre Bérat, le 18 mars 2014