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/ LES GENS

20 janvier 2003

 

Le coup de gueule d’Alain Vollerin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le critique d'Art Alain Vollerin, dont on connaît la virulence de ton, n'a pas apprécié du tout la "petite" cérémonie organisée pour la "petite" inauguration de la "petite" place René Deroudille, son père spirituel en matière de critique artistique.


Même si nous nous gardons de prendre parti dans cette affaire qui nous dépasse, nous lui avons volontiers donné asile sur notre site. Si son style vous plaît, vous pourrez le retrouver dans sa revue bimestrielle, "Mémoire des Arts", où il taille des costumes au monde de la culture officielle.
 

CHACUN A SA PLACE

 

Serge Gainsbourg chanta la passion d'une jambe de bois pour un boulet de canon. Nous connaissons, à Lyon, les amours d'une limace pour une béquille antédiluvienne. Il faut dire que dans la cité des sectes et des sociétés secrètes, les sentiments paranormaux rencontrent un intérêt certain. Le courage, les convictions ne sont pas héréditaires. Je pardonne à ceux qui organisèrent sans moi, l'ami, le compagnon de la dernière grande aventure vécue par René Deroudille, la constitution des éditions Mémoire des Arts, cette triste pantalonnade où Bernard Gouttenoire, auquel René Deroudille vouait une haine incoercible, ânonna, en serrant de ses mains moites un minable papier froissé, une liste de noms (ceux dont le plumitif B.G. peut avoir besoin un jour).

 

La place Juliette Récamier changea son nom pour celui de René Deroudille qui, pendant plus de cinquante ans, homme de cœur et de convictions, incarna à Lyon, l'espoir des artistes. Il mettait parfois la main à son porte-monnaie pour offrir au Musée des Beaux-Arts, les œuvres auxquelles il assurait un avenir dans l'Histoire de l'Art.

 

Si je me réjouis de cette reconnaissance officielle, je n'assistais pas à ce spectacle écœurant. Ce fut un effroyable vaudeville. En effet, René Deroudille surnommait Bernard Gouttenoire, la limace, parce très malade, il avait vu B.G. courir au journal "Le Tout Lyon" pour tenter de lui ravir sa chronique. Voici l'être troublé par la volonté de parvenir qu'une famille mal conseillée a choisi pour rendre hommage à mon fidèle et noble camarade de combat. Car, pour René Deroudille, la pédagogie en matière d'arts plastiques ressemblait à une lutte. Il avait vécu les années noires pour les arts plastiques à Lyon où le musée était l'image archétypale du désert. Il avait continué seul son engagement après la tragique année 1958 qui vit la disparition d'Henri Béraud, de Marius Mermillon et de Marcel Michaud. Aujourd'hui où nous nous enfonçons chaque jour un peu plus dans l'obscurantisme, nous devons être plus vigilants encore et déterminés. René Deroudille assumait les positions les plus radicales, face aux pouvoirs en place. Jean-Jacques Lerrant cueillait par derrière les hommages et les médailles.

 

Combien de fois, solitaire à Lyon après la disparition de son épouse dévouée, ne l'ai-je entendu déplorer l'ingratitude de Jean-Jacques Lerrant ? Celui-ci joua sans faiblir son rôle de béquille pour les pouvoirs municipaux successifs. Il soutint même l'action de l'épouvantable Jacques Oudot.

 

Mourir. Il n'avait pas aimé cela, l'ami René. Au contraire de ceux pour qui la mort est une bénédiction. Il était parti avec courage, mais dans le regret de ces moments de rires et de joies autour d'un bon plat et d'un bon verre. Avec Félix Benoit, il avait contribué à relancer, après la dernière guerre, la tradition du bouchon lyonnais. Car il aimait boire et manger, mais autour de préoccupations artistiques qui ne quittaient jamais son esprit. Il avait beaucoup d'ennemis. C'est le lot de ceux qui prennent parti contre les chapelles fermées autour d'une mode. Il s'emportait souvent contre le fric des Fracs et les fric-fracs des politicards véreux. Il dénonçait aussi l'aveuglement des Drac. Il restera à jamais pour moi un exemple. Il ne fut jamais question pour moi d'admirer Jean-Jacques Lerrant, ce roi des promesses jamais tenues, haï dans les ateliers et les galeries, et qui porte à jamais le titre indigne de critique d'art le plus décoré au monde

 

La famille pressée oublia de prévenir un ami fidèle, Camille Niogret, auquel chaque 14 juillet, le baron, puisque nous appelions René Deroudille ainsi, téléphonait pour lui souhaiter un bon anniversaire. On a oublié pourquoi Deroudille, Niogret, Burlet luttèrent ensemble, et leurs ennemis, les pires salonnards, triomphèrent dans cette mascarade. C'est à nous ici de dire que l'action culturelle ne fut jamais un long fleuve tranquille, à Lyon comme ailleurs. Voir Gouttenoire, le pourfendeur de l'art contemporain, glorifier l'action de René Deroudille en compagnie de Jean-Jacques Lerrant, est une gabegie. J'avais prévu cette grande rencontre amoureuse entre la béquille et la limace, car son charme d'hermaphrodite convient à cette époque où il faut partager toutes les mœurs. La béquille a de l'expérience. Nous leur souhaitons beaucoup de plaisir. Mais par pitié, épargnez-nous les enfants. Au paradis, où son ami Jean-Albert Carlotti l'a rejoint il y a quelques mois, René Deroudille put se réjouir au spectacle de cette duplicité. A Lyon, on avait élu Louis Pradel dans des conditions mystérieuses ; récemment, la droite donna la Mairie à Gérard Collomb qui fait aussi bien que Raymond Barre, et bientôt mieux.
 

La tradition se maintient entre "magouille et barbouille".
 


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A suivre, Jeff : le nez dans les étoiles, les pieds sur terre !
 

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