Par Philippe Dibilio

 

En annulant sa participation aux « entretiens Jacques Cartier » qui se déroulent cette semaine à Montreal, Gérard Collomb fera certes de la peine à Alain Bideau, organisateur de cet événement mais il montre qu'il a entendu la petite musique qui enflait dans la ville et lui reprochait le temps perdu dans les arcanes de la préparation du Congrès socialiste.

 

Surtout que beaucoup s'interrogent sur le bilan de ces heures passées à triturer des textes et nouer et dénouer des alliances. En effet, qu'en est-il devenu de la « ligne claire » cette contribution qui a changé de nom en devenant motion ? Au départ le texte prônait d'une part l'exigence que le premier secrétaire ne soit pas un présidentiable et d'autre part que la direction du PS sorte des griffes des apparatchiks de la rue de Solférino. Par ailleurs, Gérard Collomb n'étant pas candidat au poste de premier secrétaire, des alliances devenaient nécessaires. Ce fût tout d'abord avec Moscovici, candidat au poste, puis avec Ségolène Royal qui affirmait dès lors refuser devenir la numéro un du PS. Un rapprochement qui a fait fuir Moscovici chez Delanoë et laissé le tandem Royal (qui est de facto devenue l'emblème de cette motion dont Collomb est le premier signataire) Collomb sans candidat à ce poste. Aussitôt l'opportuniste Julien Dray a levé le doigt et reste toujours en lice au cas où. Mais comme il paraît acquis qu'aucune des quatre motions n'aura de majorité, il y aura encore d'autres alliances lors du congrès. Et feu la « ligne claire » sera noyée dans une motion de synthèse qui amènera, dans le cas où la motion Royal-Collomb arrive en tête, Julien Dray, apparatchik notoire au poste de premier secrétaire et dans le cas où Delanoë l'emporte, un présidentiable à la tête du PS. Soit un virage à 360 degrés pour les initiateurs de la « ligne claire ». Alors au risque de se répéter, on peut s'interroger : tout ça pour ça ? Ou pour quelques lignes, pas toujours flatteuses dans la presse nationale ; D'autant que, comme le chante Charles Aznavour : « jamais plus le temps passé ne nous fait face » et la mise en place de ce second mandat a souffert de l'éloignement du maire-président. Il était temps qu'il revienne travailler sur les plans de mandat de la ville et du Grand Lyon. D'autant que la situation n'est pas facile avec la crise financière et économique qui va réduire les capacités des collectivités alors que des projets lourds comme le Grand stade, le TOP ou la prise de compétences sur le Sytral s'annoncent coûteux pour le Grand Lyon. Autant de dossiers qui supposent des choix pour lesquels il faudra réunir des majorités, ce qui ne se fait pas tout seul. Quant à la ville de Lyon, la situation financière y apparaît comme de plus en plus alarmante ce qui explique peut-être l'étourdissant silence de l'adjoint aux finances. Bref il était temps que Gérard Collomb redescende dans la dure réalité quotidienne faite d'embûches particulièrement coriaces.