Le courant va-t-il encore passer par les caténaires des Brotteaux ? Y aura-t-il encore quelques badauds dans la salle pour faire coucou au chef de gare à l'heure où la vapeur s'éloigne ?

 

Maître Jean-Claude Anaf ne sera plus la machine automotrice de l'ancienne gare des Brotteaux. L'endroit est magnifique et les locaux motivent, c'est un parisien qui reprend l'étude… Une page de la vie du rail qui se tourne !

L'inquiétude pour l'avenir de Maître Anaf doit cependant être raisonnée. En effet, il garde la partie judiciaire de son activité. En d'autres termes, il se "débarrasse" des clients qui venaient de leur plein gré et garde ceux qui n'ont pas le choix, un peu comme un commis d'office.

Le personnage va manquer… Il a su se faire connaître par une publicité digne d'une campagne électorale présidentielle pendant 25 ans. Ne pas connaître Anaf eut été, pour un lyonnais, comme ignorer la quenelle ou le jésus. Le personnage, truculent, a atteint un degré de mégalomanie (non dangereuse) que l'on ne connaît guère dans notre région, sauf chez Thierry Ehrmann ou Philippe Brunet-Lecomte.

Jean-Claude Anaf a également contribué au façonnage de l'image du commissaire-priseur esthète, donc on devinait les raffinements, dont on connaissait les idées et qui laissait à chaque lyonnais l'impression de faire partie de la famille en voyant à l'œuvre le porteur de nœud papillon.

Réparons un tort en accordant un record qui n'a pas été relevé par les gazettiers : la gare des Brotteaux fut la seule gare où les trains étaient à l'heure, les guichetiers rapides, les billets vite consignés et les porteurs efficaces, sous le regard acéré et la moustache fameuse du second maître.

On se souviendra encore longtemps à Lyon de cette lignée, dont l'adage reste "Anaf, le réputé fourreur", alors que la plupart des gens n'allaient pas aux Brotteaux pour cela, mais simplement pour voir de belles choses et savourer l'instant du coup de marteau qui vous vide les bourses.