stpothin03.12.2008 Par Saint Pothin

 

Pas facile d'être un maire d'arrondissement de droite aujourd'hui. Ils ne sont que deux rescapés de la bérézina perbenienne des dernières municipales. Et pour exister, ils se comptent. Pendant ce temps, la droite lyonnaise attend Zorro…

 

On ne sait pas qui sera Zorro (il faut dire que, par définition, le vengeur est masqué !), mais chacun cherche fébrilement dans ses cartes d'adhésion un héros héraut qui aurait été un discret premier de la classe quelque part dans le passé et qui tiendrait sa légitimité de la durée… Très naturellement, chacun va voir du côté des maires d'arrondissement. Relevons d'ailleurs une injustice qui mériterait l'intervention de Zorro : alors que l'on prête, c'est selon, le plus glorieux destin ou la bugne magistrale à Denis Broliquier, le maire du 2ème arrondissement, on oublie avec constance et dédain l'autre, le maire du 6ème.

 

Qui ? Allez, un petit effort. Vous savez qu'il est à droite, vous savez qu'il a piqué sa gâche à Nicole Chevassus, vous êtes à peu près sûr qu'il ne s'agit pas de Laurence Balas ou de Dominique Nachury, mais vous ne connaissez pas son nom. Je vous donne quelques indices : (les phrases entre guillemets ont été publiées dans la presse locale) :

  • il "n'est pas à la LCR". Imaginez seulement la tête des paroissiens de la Rédemption ! Le sang des Brac de La Perrière en aurait été figé d'horreur…
  • Il déclarait à Lyon Capitale : "Moi je savais avant l'élection que j'avais de bonnes chances d'être maire." Alors que pas un à droite ne se doutait qu'on allait sortir du cagibi le plus petit dénominateur commun, le seul sur qui personne n'avait ni d'avis, ni d'opinion.
  • Il s'appuie sur une solide culture politique faite de vision, de prospective et d'innovation : "j'ai des convictions qui rejoignent celles du commun des mortels."
  • Il reste très pragmatique. A la question : Vous allez supprimer des places de stationnement ? Il répond : "Je l'ai toujours fait. Mais je vais garder du stationnement !" On dirait un plan de mandat du Grand Lyon !
  • Myope, il revendique dans son parcours d'élu n'avoir jamais vu "de querelles partisanes". Pour ceux qui ont de la mémoire, il fut noiriste sous Noir, Chabertiste sous Chabert, Barriste sous Barre, Milloniste avec Millon… et sûrement radical sous Herriot ! Bref, que des moments de franche entente à droite !

Alors, qui ? Vous donnez votre langue au chat de Gégé ? C'est Jean-Jacques David.

 

Face aux ternes pennons opprimés Dominique Bolliet, dans le 4ème, ou Christian Coulon dans le 8ème, le très compréhensible Bernardo Giordano, dans le 9ème, ou le débonnaire Sergent Philip Garcia dans le 3ème, la droite a peut être trouvé son Zorro. Un Zorro qui choisit d'endormir son adversaire par des paroles rassurantes avant d'enfourcher Tornado, son cheval noir : "Moi, Collomb, je n'ai rien à lui reprocher. Honnête. Nickel." En attendant le masque, et comme Zorro est un gentleman, il enfile une dernière perle à l'indispensable collier du 6ème: il créée un club de réflexion. Lyon Prospective (sans s à prospective, c'est tout dire !). Un classique du genre lorsque l'on veut se créer un avenir. Même Villepin vient de s'y mettre. Le chef de cabinet du 6ème, dénoncé par certains adjoints de la mairie d'arrondissement comme "le petit maître à penser du maire", l'affirme : "Il sera ouvert à tout le monde même s'il s'affiche plutôt de droite ou de centre droit." Jean-Jacques David songe même à une déclinaison "dans les autres arrondissements." Tout en refusant, bien sûr, de songer à son propre avenir… Devenir Maire de Lyon ? Il répond illico "Non !" Collomb (Francisque, pas Gérard) fut lui aussi élu maire de Lyon sur sa condition de plus petit dénominateur commun. On a vu la suite…

 

A une encablure du 6ème, de l'autre côté du Rhône, un autre Zorro en devenir réunissait ses fidèles millonistes et autres affidés il y a quelques jours. Le lieu ne sonnait pas très Ainay : le club Pernod. Un volume d'opposition, trois volumes d'eau pour délayer ! Ils n'étaient pas 51 pour faire le perroquet à défaut de se prendre une tomate, pour entourer Denis Broliquier. A peine une quarantaine, le début de la gloire. « Ali Broliq et ses 40 voleurs » bientôt sur vos écrans ! Il avait réuni ses (maigres ?) troupes pour leur faire part de son ambition : devenir le prochain maire de Lyon. Et pas qu'en buvant un pastis, mais aussi en se rasant, en se lavant, en déjeunant, en dînant, en serrant des mains. Bref, toute la journée et toutes les nuits. Comme Zorro, Broliquier est infatigable, toujours en mouvement. Surtout lorsqu'il s'agit de parler de lui. Il faut dire que le maire du 2ème arrondissement a consulté tout l'été. Et ses interlocuteurs lui ont tous dit ce qu'il voulait bien entendre : tu es l'élu. De là à comprendre "tu es élu", il n'y a qu'un pas qu'il a franchi avec aisance. Le voilà tout auréolé de sa future gloire.

 

Sur sa colline du 5ème arrondissement, Michel Havard observe l'agitation de la plaine. Zorro c'est lui. Il en est persuadé. Il y travaille (à quand son club ?) et le chef Président des Zorros le soutient. Henri Salvador chantait "Zorro est arrivé, sans s'presser…" A droite, le combat des Zorros a démarré. Il risque fort de se terminer en combat de zozos !