l1030592 Par Saint Pothin

 

Il est d'usage, lorsque l'on est un touriste distingué et curieux, de visiter une foultitude de lieux où l'on vous affirme doctement qu'ici, il y a plusieurs siècles, s'est déroulé tel ou tel événement. Croix de bois, croix de fer, si je mens… Du coup, un qui pourrait bien aller en enfer, c'est notre bon maire, Gérard Collomb. Comme complice de Saint Pothin.

 

Une partie du site de l'Antiquaille, dans l'ancien couvent des Visitandines, où les martyrs chrétiens de Lyon furent persécutés au 1er siècle, a été cédé par la SACVL pour un euro symbolique à l'association Espace Culturel du Christianisme à Lyon (Eccly). C'est à cet endroit que la tradition situe le cachot de Saint Pothin, premier évêque de Lyon et de Gaule. Aménagé en oratoire, puis transformé en chapelle, il recevait les pèlerins depuis seulement trois petits siècles.

Eccly est une association loi 1901 présidée par l'ancien sénateur et adjoint de Francisque Collomb puis de Raymond Barre, Jacques Moulinier. Ce démocrate chrétien, façon CDS (pour les plus jeunes, l'un des composantes de l'ancienne UDF) s'est mis en tête de créer un musée autour du supposé cachot de Saint Pothin.

Je m'imagine déjà les touristes en mal de sensation, bénitier à gauche et rosaire dans la main droite, faire une halte en pensant in petto à la fois au saint, au gâteau de Tourtiller et, pour les plus curieux, à votre très humble serviteur et à son illustre maître, Toussaint Pothin. De quoi entamer génuflexions et pater devant un tel concentré de talents (je ne parle pas ici des 30 acceptés par Judas !).

Le seul hic, c'est que de ces quatre Pothins, seul un est véridique : celui à la meringue crémée. En effet, les deux scribes de Lyon People ne sont qu'artifice et noms de scène (d'oiseaux diront les plus acides) et ce cachot, s'il a existé, n'est en cette destination qu'illusion ou subtile croyance.

"Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages" écrivait Audiard. Pour des pigeons non plus ! Le tout avec l'argent public. Le montant de l'investissement est de 2,4 millions d'euros. Dont 480 000 euros de la ville de Lyon (20%), 600 000 euros du Département (30%) présidé par l'ex-CDS Michel Mercier et 240 000 euros de la Région.

Jolis cadeaux. De quoi acheter quelques indulgences. Même le très radical laïcard Thierry Braillard n'a pas piffé mot. Lui d'habitude si prompt à dénoncer la collusion des genres entre politique et religion. A moins que cette illusion touristique façon Disneyland ne l'ait amusé. Et qu'en pense Jean-Michel Daclin, membre peu assidu d'une des loges les plus anticléricales du Grand Orient ? Aucun mot. Il faut dire que si ça booste le tourisme, tout est bon dans le Pothin ! Au fait, le budget prévisionnel cible 20 000 touristes la troisième année. De quoi révolutionner l'office du tourisme de Lyon.