Photo © Fabrice Schiff & Jean-Luc Mège

Par Benjamin Solly

Primaire à Lyon, guéguerre de cour d’école avec l’UDI, parachutage envisagé sur un territoire pourtant doté localement… A moins d’un an des municipales, l’UMP du Rhône perd la boussole.

« Consensus », « prime au mérite »… Les déclarations d’intention étaient pourtant claires dans la bouche du président de l’UMP Jean-François Copé et du président départemental Philippe Cochet. L’ancien parti de la majorité présidentiel, éjecté du Château, minoritaire au Parlement, devait reconstruire pas à pas la reconquête, en partant des territoires.

Après l’exercice catastrophique du duel Fillon/Copé pour la présidence du parti, le salut devait venir de ceux qui œuvrent au quotidien pour faire vivre localement les idées. «  Reconquérir la France ville après ville », exigeait même Copé lors de son passage à Caluire en octobre 2012, se permettant alors de passer un savon aux délégués de circonscription qui auraient perdu la flamme.

Hamelin Havard

L’ubuesque méthode lyonnaise

Du vœu pieu à la mise en place stratégique, où en est l’UMP du Rhône ? Nul part à vrai dire. Le cas lyonnais est symptomatique du capharnaüm qui règne rue Vauban.  Cinq candidats dont le député d’un territoire voisin, une militante révélée sur le tard, une eurodéputée – qui disait pourtant ne pas être intéressée par le fauteuil, le chef de l’opposition municipale et son voisin au Conseil privé de la parole pour cause de dissidence. Georges Fenech, Myriam Pleynard, Nora Berra, Michel Havard et Emmanuel Hamelin ne portent pas pour autant la responsabilité de ce plateau surprenant. Ils en subissent plutôt les conséquences.

Notamment celles induites par cette primaire ouverte qui les départagera. Une méthode appelée de ses vœux depuis neuf mois par Havard. Ce dernier a finalement obtenu gain de cause. Sauf que le leader de l’opposition municipale souhaitait la mettre en place en février dernier. L’exercice devrait se dérouler les 2 et 9 juin prochains à Lyon… et viendra plomber les comptes de campagne de celui qui emportera la tête de liste ! L’idée d’un vote électronique, facturé aux alentours de 45 000 euros par les prestataires, a fait long feu, renforçant l’impression de navigation à vue. Le vote pourrait ainsi se dérouler dans les cafés lyonnais. Ajoutez à cela les grandes vacances, le candidat de l’opposition ne pourra véritablement faire campagne à Lyon qu’à partir de septembre.

Quid de l’union avec l’UDI ?

Il faudra également imaginer l’union avec les partenaires de l’UDI. Pour l’instant, c’est plutôt la guerre froide. La sortie de Philippe Cochet la semaine dernière sur le thème « l’UDI, c’est qui ? » n’a pas œuvré au réchauffement des relations entre les deux partis. Conséquence de cette glaciation des relations ? Les centristes insistent sur leur légitimité à présenter une liste UDI autonome au 1e tour des élections municipales lyonnaises. Après son 1er adjoint Bruno de Carbonnières, le maire du 2e arrondissement Denis Broliquier a mis une piqure de rappel lors d’une conférence de presse la semaine dernière, s’estimant le mieux placer pour porter le fer entre Saône et Rhône.

Un état de fait incompréhensible au regard des positions des ténors de la droite et du centre à Lyon. En effet, Michel Mercier, coordinateur de l’UDI dans le Rhône, a toujours fait savoir qu’il ne souhaitait pas d’une liste estampillée UDI au 1er tour des municipales. Comment alors expliquer l’exercice de démolition du président de l’UMP du Rhône ? Il se murmure que Cochet ferait payer à la majorité centriste du Département l’augmentation de la fiscalité, qui a mise en porte-à-faux un certain nombre de conseillers généraux UMP.

smati

Le retour des parachutages ?

Mais il n’y a pas qu’à Lyon que l’UMP se prend les pieds dans le tapis. Le cas de Rillieux-la-Pape est assez symptomatique d’une méthode conjuguant louvoiement et défiance. D’autant que la droite rillarde doit reconstruire l’aire post-Debiol. Militant depuis 2007 et fondateur de l’association des « Rénovateurs Républicains pour Rillieux », Julien Smati vise la reconquête de la municipalité. A priori, pas de guerres fratricides sur ce territoire, chasse-gardée du PS depuis 1995. Le pré-quadra multiplie les réunions thématiques, enregistre le soutien de parlementaires comme François-Noël Buffet, Michel Terrot, Philippe Meunier Christophe Guilloteau ou Georges Fenech. Les trois premiers cités sont membres de la commission nationale d’investiture. La voie royale vers l’investiture.

A priori calibré pour Rillieux-la-Pape, Smati devra pourtant jouer des coudes pour se faire respecter. Aux dernières nouvelles, l’UMP du Rhône lui prépare un cadeau empoisonné. Il se murmure que la fédération prépare l’atterrissage du responsable des adhésions UMP à Paris. « Trentenaire, il présente toutefois l’inconvénient de ne pas être élu », écrivait à son encontre nos confrères de La Tribune à l’évocation de sa possible candidature aux législatives de juin dernier sur la 5e circonscription de l’Ain, dont il est délégué. L’enfer étant pavé de bonnes intentions, cette arrivée potentielle est présentée comme un coup de main donné à Smati… Le temps du  « consensus » et de « la prime au mérite » a fait long feu.