Photos © Fabrice Schiff

Propos recueillis par Marc Polisson et Benjamin Solly – Interview intégrale

C’est dans son cocon du 9e arrondissement que l’ancien maire du 6e Nicole Chevassus a reçu l’équipe de Lyon People pour un déjeuner autour de la spécialité-maison : les Gnocchetis à la Sarde. Son mari Pierre Masia a épicé la sauce, Nicole ses propos. A table !

Élue depuis 1977, comme Gérard Collomb, vous avez décidé de ne pas rempiler en mars prochain… Par lassitude ?
Pas du tout. Si je m’écoutais, je repartirais. Mais j’ai tellement dit pendant des années qu’il fallait renvoyer les anciens à la maison en laissant la place aux jeunes que je me l’applique. Il y a des jeunes qui sont brillants, il faut leur donner leur chance.

Gérard Collomb a, contrairement à vous, décidé de poursuivre sa carrière politique (1), envisageant même de rempiler en 2020…
Pour moi, le troisième mandat est celui de trop. Gérard Collomb est devenu un peu mégalo. Il n’écoute plus les gens autour de lui. Le temps faisant son œuvre, la vision d’un homme politique devient mois affûtée, moins pertinente. Et vous me dites qu’il pourrait rempiler en 2020 ? Il aurait donc 79 ans à la fin d’un hypothétique 4e mandat… Je n’ose le croire.

« C’est dur quand le téléphone ne sonne plus ! » Ne craignez-vous pas de subir un sérieux « politique blues » au lendemain du second tour en mars ?
Pas du tout ! Rappelez-vous quand j’ai été mis dans la fosse aux ours par Charles Millon en 2002 pour le remplacer en tant que député, il ne me manquait que 150 voix pour me maintenir au 2nd tour. Tout le monde est venu me voir en m’expliquant à quel point cela devait être dur et frustrant. Mais ce n’était pas ma destinée. J’étais appelée à faire autre chose. A partir du moment où la page est tournée, je n’ai aucune nostalgie. Quand j’ai vendu mon entreprise, c’était la même chose.

Gérard Collomb continue sa route en laissant sur dans le fossé ses fidèles de la 1ere heure (Evelyne Haguenauer, Nadine Gélas, Jean-Michel Daclin). Qu’en pensez-vous ?
A partir du moment où lui pense qu’il a l’âge de continuer, il pourrait continuer à s’appuyer sur ses fidèles lieutenants. Collomb a certes un staff important de jeunes loups qui grouillent autour de lui. Mais il devrait être plus élégant avec les gens de terrain qui l’accompagnent depuis le début. On ne lâche pas les gens comme ça. Mais c’est le côté mégalo que j’évoquais tout à l’heure.

De nombreuses conseillères municipales d’opposition (Inès de Lavernée, Laurence Balas, Nora Berra…) ont reproché à Collomb son manque d’élégance, voire une certaine forme de misogynie. A titre personnel, avez-vous eu à subir ce genre de vexations de la part du maire sortant ?
Je l’ai ressenti tout au début. Quand j’ai été élue pour la première fois au Conseil municipal, avant l’élection du maire. Nous sommes alors placés par ordre alphabétique dans la salle des délibérations. Je me suis retrouvée à côté de Collomb qui a passé la totalité de la séance à me tourner ostensiblement le dos. Pour un peu, j’étais pire que le Front National. Petit à petit, nos relations se sont arrangées. Le fait que je sois la femme de Pierre Masia a arrangé les choses.

Vous raccrochez votre tablier mais votre époux Pierre conserve le sien. A quoi allez-vous consacrer vos journées ?
Je suis un produit de la vie associative. Je suis arrivée en politique par ce biais. Je m’occupe des associations Handi’chiens et du Blé de l’espérance. Je m’occupe également de « Courir pour Elles » avec Sophie Moreau. Ma trajectoire politique m’aide beaucoup dans ce domaine car quand vous montez une association, vous vous adressez à toutes les collectivités pour recevoir des subventions. Mais cela peut être à double tranchant, notamment lorsque vous n’êtes pas du même bord politique que les élus qui tiennent ces collectivités locales. Je me souviens très bien des difficultés que j’ai eues au début avec Thierry Braillard, l’adjoint aux Sports de la Ville de Lyon. Il trouvait que le nom de l’association faisait, comment dire, limite saphique. Il a changé depuis son fusil d’épaule. Mais ce genre d’écueil peut parfois mettre à mal les projets quand il y a des divergences politiques.

Les tensions peuvent même créer sur ce genre de détails qui nous paraissent, à nous, anecdotiques ?

Tout à fait. Et quand Sophie Moreau est allé voir le Conseil général, alors présidé par Michel Mercier, et qu’on l’a vue dans les médias s’afficher aux côtés de Nora Berra à l’occasion de la course de charité mise en place par « Courir pour Elles », Gérard Collomb ne voulait plus la recevoir. Il a fallu quand j’insiste en lui disant : « tu es le maire de Lyon, tu as le devoir de la recevoir. » Une association qui représente 7 000 coureuses et qui donne 60 000 euros  chaque année pour la lutte contre le cancer du sein, on doit la recevoir. Les politiques sont parfois terribles.

08 « Milloniste dans l’âme et ça ne se soigne pas ! » vous définissez-vous. Etes-vous toujours en contact avec l’ancien ministre de la Défense ?
Ça ne se soigne toujours pas ! Avec Charles Millon, nous nous appelons souvent. Etant la plus ancienne du groupe Lyon Divers Droite, j’ai voix au chapitre. Quand je dis par exemple à Denis Broliquier d’être plus un leader, Charles m’appuie et repasse derrière moi. Millon, c’est un politique dans l’âme. Il n’en guérira jamais. Et dans une carrière politique, qui ne fait pas d’erreur ? Il ne faut pas oublier qu’à la tête de la Région, il a totalement désenclavé Oyonnax et l’ensemble de ce secteur industriel. Il a pris sa petite valise pour que les industries s’installent.

Quand l’année dernière, d’anciens millonistes montent l’association « Passionnément Rhône-Alpes », c’est pour préparer le retour de Millon à la Région ?
Charles Millon ne reviendra pas. C’est tout à la fois une certitude et une conviction personnelle. Sa famille a été malmenée après l’épisode de la Région et sa femme a contracté par la suite une grave maladie. Il a retrouvé sa voie quand Raffarin, alors Premier ministre, l’a nommé représentant permanent à Rome auprès de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de 2003 à 2007. Mais il ne reviendra pas à Lyon.

Le 2 février 2002, il y a 11 ans déjà, vous passiez la bague au doigt de Pierre Masia. Avez-vous su apaiser ses colères légendaires ?
Pierre n’a jamais été en colère après moi. Mais il les a encore. (« Je suis Sarde », hurle Pierre en se marrant depuis le fond de la cuisine). Il ne faut pas lui faire une queue de poisson en voiture, il déteste ça. Et jamais il ne s’excusera ! Il sait qu’il a tort, mais il ne s’excusera pas. Et ça m’agace (rires) …  Mais il a tellement d’autres qualités qu’il faut lui laisser ses petits défauts.
(Pierre prend la parole). Ce que Nicole ne veut pas comprendre, c’est que je suis fils d’immigré. J’ai vécu une partie de ma vie à m faire insulter de « sale macaroni ». Cela a duré de l’âge de 10 ans jusqu’à l’âge de 16 ans. Après, plus personne n’osait car je rendais la monnaie. Je me suis d’ailleurs fait virer de deux écoles à cause de ça. A l’époque, j’étais un « sale Macar’. » C’était du racisme complet. Mon père s’est engagé en 1940 dans l’armée française après avoir émigré en 1924. Il disait : « Je défends la France car la France me nourrit. »

Les amis de Pierre sont les adjoints de Gérard Collomb comme Jean-Michel Daclin et Jean-Louis Touraine. C’est toujours aussi chaud quand vous discutez politique tous les deux ?
(Rires) Ah ça oui ! Mais il arrive de temps en temps à être chevassusiste (sic). Je déteste en particulier quand il dit « de mon temps. » Quand on dit ça, c’est qu’on a déjà vieilli !

Quelles personnalités politiques ont-elles eu le privilège de déguster les gnocchetis à la sarde, spécialités de Pierre, que nous avons le plaisir de partager avec vous aujourd’hui ?
Elles sont nombreuses ! Gérard Collomb, Jean-Louis Touraine, Yvon Deschamps, Hubert Julien-Laferrière, Martine Roure, Jean-Michel Daclin, Evelyne Haguenauer, Denis Broliquier, Charles Millon….
( Pierre s’arroge la parole ) C’est vrai que je suis très copain avec Millon. La première fois que je l’ai rencontré, il voulait me convertir et m’emmener à la messe ( rires ). Je lui ai dit : « Ecoute, mon pote, ça va être dur » ( rires ). Je ne suis pas d’accord avec ses idées, je ne sui spas d’accord avec certains de ses choix politiques mais je respecte l’homme car il est sincère.

Homme aux trois CAP (soudeur, traceur, chaudronnier), Pierre a eu un parcours professionnel hors du commun. Grâce à son tablier de franc-maçon ou par son propre mérite ?
Pierre : Je n’ai jamais parlé de mon appartenance à la franc-maçonnerie. Cela fait quelques années que cela se sait, mais pendant quarante ans, personne ne savait que j’étais franc-maçon. Et le Parti socialiste m’a plus servi dans les affaires que la Franc-maçonnerie ( rires ). Quand j’avais mon entreprise de nettoyage, par exemple.

Adjointe aux Sports de la mairie du 6ème sous Francisque Collomb, responsable de l’Office municipal du Sport… vous avez été un maire très apprécié par la suite. Quelle est la marque de fabrique de Nicole Chevassus ?
Nicole : C’est simple. J’aime les gens. J’ai envie de partager, de les aider. J’ai l’audace d’aller frapper aux portes. Gérard Collomb et Jean-Louis Touraine pourraient vous le confirmer. Pour être tout à fait franche, je viens d’une famille très modeste. J’ai élevé mes deux frères et sœurs. J’ai passé dix ans à l’assistance publique et dans une école religieuse. Qu’on le veuille ou non, ça laisse des traces. Chaque individu, s’il est élu ou s’il milite dans une association, c’est qu’il a besoin de reconnaissance. L’honnêteté, c’est de reconnaître qu’en son for intérieur, on a besoin de cette reconnaissance.

36 ans d’engagement politique au service des Lyonnais ou de votre portefeuille? Avez-vous fait fortune grâce à la politique ?
J’ai beaucoup mis la main à la poche ( rires ). Quand j’étais adjointe, avant la loi PLM, nos postes, nos mandats n’étaient pas indemnisés. Et quand vous êtes impliqués sur les questions de la vie associative, vous étiez parfois obligé de mettre la main à la poche, ne serait-ce que pour payer une nounou lorsque vous allez participer à une assemblée générale ou un évènement. Le mandat de maire d’arrondissement a apporté de l’eau au moulin. Mais pas de quoi acheter un château en Espagne.

06Quel est le plus beau moment de votre vie politique, celui qui reste gravé à tout jamais dans votre mémoire ?
C’est le jour de la passation de maire d’arrondissement. Par rapport à ma famille et mes enfants, j’étais très fière. Mon premier mari est parti aux Etats-Unis, sans prendre de billet retour. J’ai donc élevé mes enfants toute seule. Pour l’anecdote, lors de la campagne électorale, je me souviens que mon petit-fils allait faire des bisous sur mes affiches de campagne. Il avait trois ans à l’époque et disait à qui voulait l’entendre : « C’est ma granny. »
(Pierre prend la parole) Quand j’ai connu Nicole en 2000, elle m’a dit qu’elle se présentait à la mairie du 6e. Je l’ai encouragée à aller jusqu’au bout car cette élection était sa chance. C’est avec ce mandat qu’elle s’est épanouie totalement. (Nicole reprend le crachoir) Si Pierre m’avait dit non, je n’y serais pas allée, car j’aurais privilégié ma vie familiale.

La victoire de 2001 dans le 2ème en fait-elle aussi partie ?
Bien sûr. A l’époque, c’était un miracle. Quand Denis Broliquier a gagné, c’était du délire. Je vous rappelle la campagne de dénigrement dont nous avons été victimes. Nous savions que nous allions perdre mais pensions que c’était impossible qu’il en soit ainsi. Finalement, nous avons conservé le 2e.

10 Durant votre mandat de maire du 6ème de 2001 à 2008, les relations ont parfois été houleuses avec vos adjoints, notamment avec Erick Roux de Bézieux. Comment expliquez-vous ces difficultés ?
Erick était persuadé qu’il serait maire d’arrondissement. Il ne voyait pas en moi une personne capable d’assumer ce mandat. Mais il a fait contre mauvaise fortune bon cœur. Et je peux vous assurer que l’arrondissement n’a pas souffert de ces petites anicroches. Erick Roux de Bézieux est un bosseur, il a une capacité de travail énorme. C’est un garçon qui sait rebondir. Petit à petit, j’ai pris mes marques et de l’assurance. Erick a continué à écrire mes discours, mais ma collaboratrice Sonia Dayan les remaniait derrière pour apporter une touche plus sensible. Mais Erick Roux de Bézieux s’épanouit dans la discorde. Aujourd’hui, il refait la même chose avec Michel Havard.

Qu’est-ce qui vous penser ça ?
Michel devrait être un peu plus naturel. Aujourd’hui, on sent la main mise des équipes menée par Erick, en particulier sur le 6e arrondissement. C’est exactement ce que nous ne voulions pas sur notre arrondissement.

En 2008, vous avez laissé votre fauteuil de maire du 6ème à Jean-Jacques David… Vous n’aviez pas envie de rempiler ?
Je voulais me retirer tout doucement pour m’occuper de ma famille et être plus avec Pierre. Ma décision a été motivée à 50% par ces raisons. Pour le reste, je ne m’entendais pas du tout avec Perben. En tant que maire d’arrondissement, me placer 5e sur la liste en 2008 en exigeant que nous ne gardions pas la mairie d’arrondissement était abusif. Laurence Balas qui me dit publiquement : « Plus je te connais, plus je te trouve lamentable », pour me décrédibiliser au niveau des électeurs… C’en était trop. Je n’avais plus le courage de remonter au créneau.

Dominique Perben voulait faire de Laurence Balas la maire d’arrondissement ?
Clairement. Et il le laissait croire aux électeurs, mais les gens n’en voulaient pas ! C’est pour cette raison que j’ai écrit un courrier aux habitants pendant l’entre-deux-tours des municipales de 2008 en leur disant qu’on leur mentait. Cela m’a valu les foudres de Perben, qui avait pourtant promis à notre groupe la conservation de la mairie. C’est d’ailleurs Michel Havard qui nous a sauvé la mise sur le 6e arrondissement. Lors de la réunion de désignation des maires d’arrondissement, Perben sollicite Laurence Balas pour le 6e arrondissement. Michel Havard est monté au créneau pour dire que le maire d’arrondissement devait être Nicole ou quelqu’un de son groupe. C’est à ce moment que j’ai proposé le nom de celui qui était mon 1er adjoint, Jean-Jacques David.

Que pensez-vous du mandat de votre successeur dans le 6ème  et que restera-t-il de son passage ?
Il  a géré l’arrondissement en bon père de famille. Qu’y a-t-il de nouveau dans le 6e arrondissement ? Rien. Il y aura bien la bibliothèque qui va se faire dans la mairie, mais j’en avais beaucoup discuté avec Gilles Buna, auquel j’avais déjà confié le dossier. L’idée de base était même beaucoup plus ambitieuse. Je voulais réaliser conjointement dans la cour de la mairie un parking à l’attention exclusive des commerçants du quartier pour qu’ils puissent venir s’y garer et laisser le stationnement alentour aux potentiels clients. Mais Collomb n’est pas allé jusqu’au bout du projet.

Les élections municipales de 2014 seront votre dernière campagne en tant qu’élue. Pensez-vous que les choses se présentent bien pour votre camp ?
Non. Lyon Divers Droite est en train de mourir de sa belle mort. C’est pour cela que nous sommes entrés à l’UDI. Pourtant, je ne suis pas un grand fan de Michel Mercier. Il me donne des boutons. Mais si ne nous sommes pas associés à un parti national, nous ne pouvons rien faire. La meilleure chance de Denis, pour continuer la croissance de Lyon Divers Droite, était les législatives de 2012. Il aurait du sa présenter sur la 4e circonscription pour récupérer le fauteuil de Perben en lieu et place de Nachury. Aujourd’hui, Lyon Divers Droite ne veut plus rien dire.

Vous étiez pourtant favorable à des listes Lyon Divers Droite au 1er tour des municipales ?
Il fallait deux listes au 1er tour. Nous sommes beaucoup plus connus dans nos arrondissements en tant que Lyon Divers Droite que derrière l’étiquette UDI. Beaucoup de gens associent l’UDI à Mercier. Et je n’oublierai jamais ce qu’il a fait. C’est Mercier qui a fait passer la gauche à Lyon en 2001. L’union de 1er tour est finalement un moindre mal car l’UDI est noyée dans l’UMP. L’UDI seule n’a d’ailleurs pas eu l’audace de se présenter. De notre côté, nous aurions du en avoir plus en présentant des listes Lyon Divers Droite au 1er tour.

L’échec de Lyon Divers Droite, c’est celui de Denis Broliquier ?
Denis n’est pas un patron. Il est responsable de ce qui se passe à Lyon Divers Droite. Il n’est pas un chef. C’est un bon second, c’est un mec qui connaît très bien ses dossiers, mais qui n’est pas un professionnel de la politique. Pour être un professionnel de la politique, il ne faut pas avoir de charges familiales. Denis n’est pas dans cette configuration. L’objectif de Denis, c’est sa vie professionnelle et ses enfants. C’est ce que me disait Denis de Bénazé, le patron de l’Idrac, qui me disait que Denis ne monterait jamais dans sa hiérarchie professionnelle, car il est assis entre deux chaises. Il faut qu’il choisisse.

Vous semblez toujours très remontée contre Michel Mercier ?
Mais Michel Mercier fait tout ce qu’il faut pour que Gérard Collomb repasse. C’est un manipulateur. Il a monté l’UDI dans son département essentiellement pour soutenir Gérard Collomb et son projet de métropole, pour avoir les coudées franches sur le reste du Département.

Face à une gauche divisée, l’union de la droite n’est-elle pas impérative pour envisager la victoire ?
On peut le penser, mais quand on voit de quelle façon les Divers Droite ont été traités. Aujourd’hui, le ressenti que nous avons, c’est que nous n’avons plus le droit d’être de droite. La conséquence, c’est que la plupart de nos membres n’ont pas la motivation pour se donner à fond dans la campagne.

On sait pourtant que les jeunes loups de Lyon Divers Droite étaient prêts à monter leur propre liste, pourquoi ne pas les avoir accompagnés dans ce projet ?
Mais Denis ne s’en est pas occupé. Chez nous, il y a un chef, c’est à lui de prendre certaines responsabilités. J’aurais pu prendre la main. J’ai eu envie de la prendre. Nous avions plein de jeunes qui sont venus nous dire leur motivation. Denis avait délégué Thierry Mouillac pour animer ces jeunes. Il ne s’en est jamais occupé. Il n’a pas fait son boulot et il veut revenir sur les listes du 6e ? Je ne suis pas d’accord. Quand on veut un poste, il faut faire campagne. Et s’il voulait des listes indépendantes au 1er tour, il fallait s’occuper de ces jeunes.

Denis Broliquier, assuré de conserver la mairie du 2ème, aurait laissé JJD sur le bord de la route lors des négociations avec Michel Havard. Cette attitude vous a-t-elle choqué ?
Je ne peux pas le croire. Je n’ai jamais abordé la question auprès de Denis car je n’y crois pas. Au départ, Denis m’a dit qu’il ne voulait pas rencontrer ni Michel Havard ni Christophe Geourjon car nous avions tous voté au départ pour la mise en place de listes indépendantes. Mais il faut être objectif, nous n’aurions pas pu monter des listes dans tous les arrondissements, dont les 7e, 8e, 9e. Denis a fini par accepter une rencontre que j’ai organisée avec Michel.

C’est Pascal Blache qui devrait en toute logique succéder à Jean-Jacques David. Est-ce le bon profil pour être maire de votre arrondissement ?
J’ai toujours défendu Laurence Croisier pour succéder à Jean-Jacques David. Mais Michel Havard m’a toujours dit que ce 6e arrondissement n’était pas négociable. Si la prétention de l’UMP, c’est de conquérir le 6e, c’est franchement faiblard. Au début, j’étais complètement opposée à Pascal Blache car c’est un homme d’un certain statut. Si on  ajoute Dominique Nachury, Laurence Balas, qui sont également des personnes très friquées, comment peut-on renvoyer l’image que l’on saisit les enjeux de ce 6e arrondissement ? Quand on est maire d’arrondissement, les gens qui viennent nous voir ont des besoins spécifiques. On ne vient pas nous voir pour un permis de construire, mais pour un logement, pour une crèche, pour des questions de scolarité. Dans le 6e, 30% des résidents ne paient pas l’impôt sur le revenu. Les nantis du 6e, c’est une fausse image, même si les 70% restants paient plus d’impôts que la moyenne. Mais Pascal Blache cherche à comprendre ces mécanismes, il s’est d’ailleurs rapproché de nous pour cela.

09Les Lyonnais connaissent l’affection que vous portez à Gérard Collomb. Avez-vous été tentée de rejoindre son camp comme s’apprête à le faire votre ami milloniste Christian Barthélémy ?
Jamais. Gérard Collomb me l’a proposé en 2008 via un émissaire qu’il a dépêché. La contrepartie, c’était une vice-présidence à la communauté urbaine.

On se souvient de la violence des propos de Gérard Collomb à l’encontre des « millonistes fascistes » en 2001. Que pensez-vous de ces ralliements souvent jugés comme « contre-nature » ?
Je peux comprendre un ralliement de Christian Barthélémy à Gérard Collomb. C’est quelqu’un qui a beaucoup œuvré sur ces questions autour de la métropole. Gérard Collomb est le seul qui lui a laissé la chance de s’exprimer sur le sujet. Il connaît très bien ce dossier qu’il avait déjà travaillé à la Région avec Millon. Au niveau des convictions, il faut se souvenir qu’en 2008, à l’heure de faire l’union, Christian Barthélémy a reculé sur les listes du 5e arrondissement pour se retrouver seulement conseiller d’arrondissement. Je trouve que Christian Barthélémy a raison de rejoindre  Gérard Collomb. Il ne prendra jamais sa carte au PS. Ce qui l’intéresse, c’est le bonhomme et le sujet de la métropole. (Pierre intervient) . Il ne faut pas oublier que Christian Barthélémy a toujours été un gaulliste progressiste. Ce n’est pas le godillot de base. C’est un type honnête et brillant.

A l’instar de Robert Batailly (2), allez-vous voter Gérard Collomb le 23 mars prochain ?
Jamais. Quoiqu’il arrive, je voterai pour la liste UMP-UDI.

Quel est votre pronostic pour les municipales ? Michel Havard a-t-il plus de chances de l’emporter que Dominique Perben en 2008 ?
Il n’a pas plus de chance car on refait les mêmes erreurs stratégiques. Si on veut gagner une élection, il faut travailler un an avant. Le cafouillage national à l’UMP entre Fillon et Copé a desservi les ambitions municipales de la droite. A titre personnel, je ne suis pas non plus favorable au retour de Sarkozy. Il a perdu, c’est donc un perdant.

Et vous Pierre, qui aura votre bulletin de vote le mois prochain ?
(Il hurle depuis la cuisine) Collomb !

 

(1) Interview à Lyon People – janvier 2014
(2) Interview à Lyon People – décembre 2013

Pierre MasiaLes Gnocchetis à la Sarde selon Pierre Masia

Âpre et authentique. Sarde d’origine, Pierre Masia a réservé une belle surprise à notre équipe pour ce déjeuner « Table d’hôte. » Il a concocté ses fameux Gnocchetis à la Sarde, dégustés par le tout Lyon (voir interview), selon une recette familiale dont il conserve précieusement le secret. « La recette vient de ma mère, qui était une bonne cuisinière, et ne comptez pas sur moi pour vous la donner », s’esclaffe-t-il. A peine concède-t-il que sa sauce si particulière est composée en partie « de chair à saucisse et de bœuf, de thym, de laurier, de l’huile d’olive et d’ail. » Plus qu’un délice, ce plat témoigne des origines sardes des Masia, auquel Pierre est solidement attaché. « Mon père est un sarde, originaire du village de Sassa, qui est arrivé en France en 1924. Il était membre des Brigades Populaires et a fui l’Italie fasciste de Mussolini. Il s’est marié avec une Sarde qu’il a rencontrée en France. Je suis né en 1934 et j’aurai 80 ans le 7 mars prochain. »