Par Justin Calixte

Ainsi donc, comme disait une de mes vieilles grand-tantes carpentrassiennes, Michel Mercier n’était pas vraiment angélique ni même « marquis des anges ».

L’ex-futur membre du Conseil constitutionnel (incroyable !), l’ex-ministre de la justice de Sarko (excusez du peu), l’ex-trésorier du Modem de Bayrou (un parti dont les comptes ont fait la une récemment), l’ex-président du Conseil Général du Rhône et que sais-je encore, n’était qu’un Fillon de bas étage, profitant des générosités de notre drôle de république.

Je l’ai connu il y a longtemps ; je crois bien que c’était à l’occasion des élections sénatoriales de 86 pour lesquelles on m’avait confié la campagne. Il était l’un des petits nouveaux (Muguette Dini et Michel Mercier) qui espéraient se faire élire en compagnie des sénateurs en place, Francisque Collomb, René Gérin, Serge Mathieu et Pierre Vallon. A l’époque déjà, je ne me faisais plus beaucoup d’illusions sur l’intégrité et l’intelligence de la gente politique mais, je ne sais pourquoi, je faisais une exception pour les sénateurs : leur sagesse auto-proclamée ? Leur âge canonique ? Leur ruralité de bon aloi ? Que sais-je ?

Les réunions régulières qui se terminaient systématiquement par un arrêt buffet à la buvette de la Préfecture me firent tomber de haut : nos vieux barbons faisaient preuve d’une médiocrité de pensée incroyable pendant les moments de travail et d’un cynisme inimaginable après un ou deux verres. L’obsession de l’un était de voyager le plus souvent possible aux frais de la princesse, un autre ne pensait qu’à rejoindre une dulcinée parisienne chaque mardi, les deux autres ne pensaient qu’à leurs petites affaires et n’avaient pas grand souci de l’intérêt public.

Pour ce qui est de nos deux « petits jeunes », Muguette Dini, fine, intelligente et bosseuse, semblait perdue au sein de cette faune machiste et peu reluisante ; Michel Mercier, bien insignifiant, bien terne avait lui, pour seul objectif de ne pas faire de faute de peur d’être rejeté par les vieux notables auxquels il voulait tellement ressembler. Les deux nouveaux impétrants ne furent pas élus cette fois-ci. Avec le temps et la disparition de leurs aînés, ils rejoignirent pourtant la sinécure que constitue le Sénat.

Michel Mercier, malgré un QI des plus modestes et un talent oratoire laborieux, fit son bonhomme de chemin grâce à sa roublardise (le bougre est rusé et matois) et surtout au système CDS de sinistre mémoire où sévissaient les Chaboud, Millot, Fenech (il fallait l’entendre raconter, hilare, comment il fallait faire pour bourrer les urnes), Moulinier, Fulchiron, Rigaud, Dugougeon… et aussi, sans doute, à son éminence gris foncé, Pierre Jamet.

Michel Mercier rêva un jour de devenir Maire de Lyon. En 2001, pour se faire bien voir des Lyonnais et surtout se faire connaître, il lança l’idée du ruineux chantier du Musée des Confluences. Belle aubaine pour Gérard Collomb qui profita de la campagne suicidaire de son concurrent pour tirer les marrons du feu. On aurait pu croire que l’homme ne s’en relèverait pas. C’était mal connaître le système où les vrais puissants aiment s’entourer de médiocres qui connaissent les usages.

On se disait bien que Michel Mercier, compte tenu de la réputation de beaucoup de ses amis politiques ne devait pas être blanc bleu. Mais qui aurait pu croire que notre maire-sénateur-président-ministre profitait à ce point du système ?  Et découvrir aujourd’hui qu’il avait embauché sa femme Joëlle (photo ci-dessus), ses filles, son fils (de quoi donner des complexes à François Fillon !).

Espérons que la justice ne poussera pas trop les investigations. Les surprises pourraient être de taille tant les rumeurs concernant le Conseil Départemental sont nombreuses. La Cour des Comptes si je me souviens bien, avait lancé par le passé quelques avertissements évidemment sans suite. Triste fin pour celui qui n’aurait sans doute jamais dû avoir d’autres ambitions que la mairie de Thizy.

Tout est bien qui finit bien pourtant puisque voilà notre Mercier enfin remercié ! Encore que si j’ai bien suivi, il émarge toujours au Sénat.

Sans la moindre vergogne.