Par Marc Polisson

Le week-end dernier, le nouveau ministre de l’intérieur a choisi Lyon, et c’est bien naturel, pour son premier déplacement officiel depuis sa nomination place Bauveau.

Si Gérard est le numéro 2 du gouvernement, Gégé n’en reste pas moins maire de Lyon. Veillant jalousement à son pré-carré et marquant ses vassaux à la culotte. Alors certes ses déplacements sont plus compliqués à organiser qu’avant. Il fallait voir samedi l’impressionnant cortège de véhicules qui l’accompagnaient, « état d’urgence oblige ». Mais, avec ou sans escorte, le ministre de l’Intérieur a tenu à se faire plaisir en commençant sa journée par un bon déjeuner aux Halles de Lyon avant de rejoindre la colline qui prie où Thomas Rudigoz inaugurait son local de campagne. Plus de 200 militants (300 pour les organisateurs), des visages connus (Yann Cucherat, Hubert Jullien-Laferrière, David Kimelfeld) et des ressuscités (Jacques Haffner, Christian Barthelemy) ont applaudi à tout rompre le maire ministre qui a ensuite gagné le stade de Décines pour une rencontre médiatique avec les stadiers avant d’assister à la rencontre OL – Nice.

Arrivé dans la Président box une heure avant le coup d’envoi, Gégé 1er a longuement savouré ses retrouvailles avec les VIP lyonnais, chacun y allant de son mot de félicitations plus ou moins intéressé. L’OL assuré de garder sa 4ème place du championnat, synonyme de qualification en ligue Europa, les discussions se sont concentrées sur le départ d’Alexandre Lacazette à qui le stade a offert une standing ovation pour magnifiques services rendus. Notre attaquant devrait rejoindre le soleil de l’Athletico de Madrid contre un chèque rondelet de 40 millions d’euros. Dans ces conditions, entre deux petits fours, la politique a vite repris ses droits. L’absence de Thierry Braillard, surnommé « le ministre déchu de son investiture présidentielle » par un VIP taquin a été commentée à la lyonnaise, c’est-à-dire de façon pragmatique : « Il paie une certaine forme d’arrogance et surtout un manque certain de savoir-vivre » résume un élu de la Métropole. Un sentiment off semble-t-il très partagé par la président Box…

Entouré de tous ceux qui se voient calife à la place du calife, Gérard Collomb brille de mille feux.

Posant pour notre photographe alternativement avec Georges Képénékian (qui lorgne sur son bureau de l’Hôtel de Ville) puis avec David Kimelfeld sous le regard amusé de François-Noel Buffet, apparemment remis de la déroute de son champion François Fillon. Demi-pression en main, le sénateur-maire d’Oullins – plus Raymond Barre que jamais – nous précise qu’il est urgent d’attendre. Ouf, ouf, ouf… Un selfie par ci, une accolade par là, Gégé rayonne.  Un dernier cliché avec son épouse Caroline, sa fille Clémence et Richard Brumm, un brun gêné aux entournures : « C’est une invention de journaliste ! Je n’ai jamais prétendu succéder à Gérard à la mairie de Lyon, s’offusque l’avocat. C’est la Métropole qui m’intéresse » souligne-t-il en vidant d’un trait son whisky glace. Une hypothèse qui fait doucement rigoler le pince-sans-rire Jean-Yves sécheresse : « Richard Brumm, président de la Métropole ? Mais qui est-ce ? » fait mine de s’interroger l’adjoint à la sécurité, sanglé dans son imper comme dans ses (in)certitudes : « Dans l’esprit de l’élection présidentielle, il serait logique que le futur président de la Métro soit issu du centre droit. » Le maire du 6ème, Pascal Blache, alors ? « Pas possible ! Il a fait l’erreur de s’inscrire au groupe les Républicains. » Et toc ! Un maire du groupe Synergies ? « Pourquoi pas ! » Quant au premier adjoint Georges Képénekian, pas question de lui faire prendre des vessies pour des lanternes. Et l’urologue de répéter avec délectation sa devise préférée : « Ne jamais demander. Ne rien refuser. Un accident est si vite arrivé ! »

Cette valse de prétendants amuse beaucoup le ministre qui nous précise, au cas où ne l’aurions pas encore compris, que son successeur, c’est lui qui le choisira et personne d’autre : « Soyez patient ! Vous savez que je suis un homme de décision ! » En effet, on l’a vu avec Thierry Braillard, dégagé sans ménagement de l’arène politique : « Ne soyez pas triste pour lui, il aura un lot de consolation ! » Dernier acte lundi après-midi au siège du Grand Lyon, rue du Lac, avec les 165 conseillers métropolitains qui lui ont réservé une standing ovation. Très ému, Gérard Collomb s’est fendu d’un discours dans la même veine du « je ne vous quitterai pas ! » de François Mitterrand : « Je veux que nos habitants sachent que la Métropole de Lyon sera toujours présente à mon esprit parce que, tout simplement, je la porte au sein de mon cœur. »

De retour à Paris lundi en fin de journée, l’attentat de Manchester a fait rentrer le nouveau ministre dans le grand bain du terrorisme international, bien loin de son pré-carré lyonnais.