Par Morgan Couturier

Formé à Lyon, où il a participé à la conquête de quatre titres de champion de France, l’ancien défenseur a connu une fin de carrière douloureuse, partagée entre manque de temps de jeu et chômage forcé. Une expérience néanmoins constructive que l’intéressé tente de mettre à profit dans son nouveau costume d’entraîneur.

Le temps a fait son œuvre, et semble effacer peu à peu les déclarations passées. L’envie de tout arrêter, évoquée en 2015, s’est finalement partiellement estompée. Parce qu’en débutant, dès le plus jeune âge, son histoire d’amour avec le ballon rond, Jérémy Berthod ne pouvait tirer un trait sur cet univers qui l’avait élevé au sommet du foot français quatre ans durant, de 2003 à 2007. Et s’il reste encore quelques traces de cette éphémère séparation sur la toile, l’homme a bien retrouvé le chemin de son terrain de jeu favori, lui qui, à tout juste 35 printemps, aurait encore l’âge d’arpenter les prés verts de l’Hexagone. Oui mais voilà, sa motivation ne correspond plus aux standards du haut niveau. L’esprit est tourné ailleurs et le cap fixé vers une tout autre tunique, celle de manager. « C’est quelque chose qui me titillait et qui me donnait envie. Vers la fin de ma carrière, j’avais de plus en plus envie de passer mes diplômes », expose-t-il.

Dans les pas de Paul Le Guen, l’homme qui l’avait lancé un soir de septembre 2003 contre l’équipe de l’AJ Auxerre, Jérémy Berthod se plaît à valoriser ses acquis footballistiques et ses expériences passées pour les partager avec les talents de demain. À Dommartin d’abord, où l’ancien latéral a parfait ses gammes pendant deux ans, au sein des équipes de jeunes. « Après cela, je suis rentré à OLTV en tant que consultant, ce qui m’a permis de parler tactique et technique. Et la saison dernière, j’ai échangé avec Jean-François Vulliez, le directeur du centre de formation. Il m’a proposé de rejoindre l’académie et d’occuper le poste d’entraîneur adjoint des U17 de l’OL », raconte le natif de Tassin-la-Demi-Lune. Un cocon propice pour reprendre goût au quotidien du foot, avant d’ambitionner de faire carrière sur le banc d’une équipe professionnelle.

« Après l’OL, inconsciemment, je me suis relâché, j’ai pensé que j’avais ma place sans faire d’effort »

« J’apprends le métier étape par étape, mais tous mes entraîneurs m’ont inspiré, en bien comme en mal. Les entraîneurs que j’ai détestés en tant que joueur, je m’en suis servi pour faire l’inverse avec mes joueurs ». Comme quoi, le passé a foncièrement du bon, et un saut par celui-ci peut souvent être salutaire, à l’heure de se projeter. « Le champion tire les leçons du passé, concrétise le présent, pense le futur », conseille d’ailleurs Luis Fernandez, autre consultant de renommée. Jérémy Berthod en sait quelque chose, lui qui s’accommode encore aujourd’hui des impairs d’hier. L’ex-Monégasque a notamment appris « à se vendre », après avoir trop longtemps laissé le destin dessiner les contours de sa carrière, quitte à se perdre dans les méandres du chômage, dans le sillage d’une relégation contractée avec… l’AJ Auxerre.

« Je partais du principe que si je méritais les choses, on allait venir me voir et malheureusement ça n’a pas été le cas », regrette-t-il. Alors après une dernière expérience en Norvège, couronnée d’un titre de meilleur latéral gauche, Jérémy Berthod a rangé les crampons. « L’idée était de faire une année ou deux et de me relancer. Et on ne m’a jamais rappelé, confie-t-il. Ça m’a usé mentalement qu’on ne m’ait pas redonné ma chance et j’ai préféré arrêter là-dessus. À partir de là, j’avais envie de me poser, de profiter de ma famille et de la vie ». Une retraite méritée après des années d’efforts et de sacrifice, mais ô combien anticipée pour être pleinement consumée. Le cœur a ses raisons que la raison ignore. Avec un tel amour du foot, il était écrit que ce Chazéen retrouverait les terrains. Un choix stratégique, sinon tactique. Digne d’un entraîneur.