Par Morgan Couturier

Quarante-quatre ans après sa dernière apparition sous le maillot rhodanien, Fleury Di Nallo, demeure, avec 222 buts, le meilleur buteur de l’histoire de l’Olympique Lyonnais. Un titre que les mœurs actuelles du ballon rond ne devraient pas lui contrarier.

« Pour ne pas vieillir, le seul moyen, c’est de s’occuper un peu de foot et d’assister aux matchs ». Effaçant les affres de l’âge comme il éliminait les gardiens adverses, Fleury Di Nallo tient une formule bien à lui pour expliquer sa vivacité, quatre décennies après avoir raccroché ses crampons. La meilleure façon de le croire est encore d’y assister. Alors happé inexorablement par ce cuir qu’il a tant poussé au fond des filets, le retraité procède à quelques jongles. Les années ont beau passer, la passion demeure inébranlable. Et même derrière ses traits ridés, on décèle sans mal cet amour du ballon, perceptible dès son 10ème anniversaire. Captivé par les projecteurs du stade Gerland, le Lyonnais s’en allait déjà seul, à la recherche d’une âme charitable voulant bien l’aider à passer l’écueil des contrôles à l’entrée.

Le « Petit Prince de Gerland », surnom que lui donnera le journaliste Jean-Philippe Rethacker, n’en démord pas : il sera footballeur. Rayé par son professeur, Di Nallo ne tarde pas à contredire les esprits les plus discordants. À 15 ans et demi, l’OL vient d’ailleurs frapper au domicile du jeune athlète. À la clé, un contrat de non sollicitation, proposé en l’échange de 200 000 anciens francs. « Ma mère m’a dit « Qu’est-ce que tu attends, signe ! », se rappelle-t-il. Une première étape dans sa riche carrière de buteur. Bien que doué, Fleury Di Nallo n’est pourtant qu’un footballeur lambda, tourneur à ses heures perdues. Jusqu’à cette année 1960 gravée à jamais dans sa mémoire. « On fait une opposition contre les pros. Camille Ninel me marquait et je l’avais tué. L’entraîneur Gaby Robert m’a dit : tu joueras samedi avec nous ».

En 1967, Saint-Étienne est proche de l’enrôler

Le 21 avril 1690, Di Nallo s’en va défier le grand Stade de Reims. L’OL s’incline 2-0 mais découvre un jeune prodige. L’attaquant inscrira finalement 222 buts en 495 matchs. « Sans tirer les penaltys », regrette le buteur le plus prolifique du club. « Je ne serai jamais battu. Les joueurs ne restent pas ». Une fierté pour cet amoureux de Gerland, dont les contrariétés de 1967 ont failli l’envoyer à… Saint-Étienne. « On avait gagné la Coupe de France, se souvient-il. J’avais demandé une petite augmentation (500F) et la direction m’avait envoyé promener. Un ami a appelé le président Roger Rocher. Il m’a dit : « Je te prends tout de suite, je te donne 3 fois ce que te donne l’OL. Les Verts ont fait une proposition de 50MF plus trois joueurs. L’OL a refusé et m’a donné ce que je souhaitais ».

Sept ans plus tard, Di Nallo finira par partir au Red Star, avant de succomber aux avances de Montpellier, à l’issue d’un dernier match joué… à Gerland, le jour de son anniversaire (le 20 avril 1975). Mais pris de cafard, il revient à Lyon en novembre 1977. Un poste de recruteur l’attend (il attirera un certain Jean Tigana, ndlr). Les prémices d’une carrière d’agent qui l’occupe encore aujourd’hui, assisté d’Hervé Cros. Sans oublier ses fidèles rendez-vous matinaux, avec Bernard Lacombe, dans l’intimité du restaurant Le Bureau. Preuve que les grands joueurs sont faits pour s’entendre. « Nous avons fait un match amical en Espagne en début de saison. D’habitude, je dormais avec (Jean) Baeza. Mais il était absent. Du coup, je lui ai dit, viens, tu vas dormir avec moi. Et on est resté ami ».