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12 décembre 2005

 

 Dans l’antichambre de Michel Le Royer



Photo © Jean-Luc Mège

 

Par Nadine Fageol

 

Comédien dans l’âme, il conte son histoire sans relâche dans son duplex noir et blanc dans la rue des voyous. Il joue de son grand âge avec facétie, déclame un amour sans faille à Delon, adore la belle Frédérique de Mortain et prête sa voix à Lock, le chauve gourou dans la version française de Lost portés disparu ! Sa vie n’est que coups de théâtre.

 

Dans le bel immeuble à galeries, la porte s’ouvre sur un rideau rouge prophétique. Nous voilà chez Michel Le Royer, comédien en verve, enfant de la Comédie Francaise, théâtreux de première et théâtral tout court. Son coquet duplex rue Mercière livre d’emblée quelques clefs, toiles et sculptures peu conformistes pour le côté érudit détaché et miroirs, trois de style différent, de classique à contemporain en passant par baroque pour l’égo, sachant que l’objectif du miroir en déco est de pousser les murs, renvoyer des reflets. Ceux de Michel le Royer sont blonds, longs et apprivoisés en un carré par Jérôme Romanyck, son merveilleux coiffeur de l’avenue de Saxe. Dans son complet noir, genre homme de pub, Le Royer abuse des adjectifs, comte mille et une petites histoires en prenant soin d’entretenir l’entretien au champagne. Il attaque sur le thème mourir sur scène, argumentant que personne n’y est arrivé, pas même Molière. À 73 ans, lui a déjà sa petite idée, « mourir en courant » ce qu’il fait chaque week-end avec sa compagne Frédérique, filant jusqu’à l’île Barbe, se régaler et rigoler chez « Jokteur » et retour à la case départ. 

 

La vie de Le Royer vaut assurément un livre, il livre tout à trac, son enfance normande, grand père héros de guerre, grand-mère célèbre fromagère à Paris, papa et maman garagistes… Normale l’envie de ce passionné de nature de devenir vétérinaire mais il y a la guerre, et lorsqu’il voit en 44 « les Allemands partir sous un déluge de bombes » il est évident que rien n’est plus important que vivre. À Paris, moitié Poulbot, moitié Gavroche, il donne entre autres la réplique à un camarade lors d’une audition. Premier déclic. « Si tu crèves de faim ne revient pas demander à manger », Papa goûte peu ses envies de saltimbanque. Alors va pour la chambre de bonne, les petits boulots et l’entrée chez France-Soir. Il devient télégraphiste attitré du journaliste sportif Gaston Bênac. Il articule bien, ose sa propre prose censurée car trop longue. Il attaque les cours de théâtre avec Henry Bosc et présente le Conservatoire national d’art dramatique en 1952. Belmondo, Cremer, Marielle, Rich… « J’étais le plus ringard de tous, impossible d’ânonner derrière eux ». Pourtant il a une jolie gueule et du talent récompensé d’un premier et second prix. En 1957, le voilà pensionnaire de la Comédie Française. « On peut dire que je suis à confesse avec vous, j’étais un jeune con et si j’ai été vraiment chiant, j’en demande pardon ». Non seulement Le Royer démissionne cinq ans plus tard de la maison, mais refuse l’invitation d’un Jacques Demy lui tendant les bras pour « Lola » et s’en va tourner « Lafayette ! » « Je me suis brûlé comme un papillon », donne néanmoins la réplique et fait office de leurre à Gérard Philippe harcelé par les filles.

 

En 1955, par le truchement de Lerrant et Mure, Charles Gantillon l’engage à Lyon pour jouer les classiques aux Célestins. Après le suicide du mécène fauché, en hommage il accepte de jouer 18 représentations mais la mairie oublie de lui régler 8 000 francs d’arriérés. « Je suis un épouvantable snob » dit-il dans son séjour noir et blanc. Il glisse la tête par la fenêtre ouvrant sur la rue des voyous et appelle sa belle rencontrée dans un TGV. « Quand je l’ai vue dans la voiture-bar, je me suis dit c’est elle, mais comment faire ? ». Elle le voit, et ose « vous ne seriez pas Michel Le Royer ? » Lui, déjà aux anges. Il n’a quand même pas tout raté le bonhomme truculent limite autiste car quand il ne veut pas répondre, il élague en faisant le sourdingue ! Joueur qui peste contre « le drame du théâtre n’est pas le in ou le of, c’est qu’il n’y a plus de troupes pour écrire une œuvre en respectant les auteurs. À droite ou à gauche, on n’a rien fait.  Les politiques sont carriéristes, une profession refuge ».

 

Entre deux déclarations d’amour à Delon « un travailleur et moi un rêveur, je luis dis merci, tout récemment il m’a embrassé comme du bon pain», il nous raconte pratiquer le doublage vocal et alors là jackpot. Le chauve handicapé rescapé de l’avion dans « Lost, portés disparus », si si la série culte. La voix du chauve devenu moitié gourou depuis qu’il a retrouvé ses jambes et ben c’est celle de notre Le Royer, raide amoureux de Frédérique de Mortain, spécialiste de la communication pour cosmétiques de luxe ! Valsant avec les représentations du « Mariage de Figaro » au théâtre du Nord Ouest il s’apprête à partir en tournée avec « Cher Edouard » de Bruno Audouard, « une pièce, non du champagne » et la longiligne Frédérique de sortir une bouteille de château chalons. Tout compte fait Le Royer n’a peur de rien, abusant de son grand âge pour lancer quelques scud « Malkani n’est pas le monstre que l’on veut croire, avec lui on a repris la ville de Levallois aux communistes ». Dans l’une de ses vies Le Royer a été conseiller municipal. À part ça, il fait des cures de raisins, de fruits et légumes de saison antioxydants à hautes doses, cultive une grande amitié pour Orsi, ne jure que par Béatrice Denis des Négociants, s’habille chez Monsieur Georges au Sofitel… Il aimera longtemps Fred avec qu’il a retapé le duplex en piteux état aujourd’hui peuplé de souvenirs de voyage, comme le lustre ramené en pièces détachées de New York ou la sculpture pleine de zigouigouis colorés. 

 

 Jouer avec Le Royer ?

Si c’est possible ! Avec José Lémins il vient d’ouvrir « La récréation », un cours de théâtre de 10 à 77 ans dans une salle de la mairie du 6e. Si vous voulez l’entendre dire « soyez curieux mais pas indiscret » ou « regardez-vous tout le temps, n’arrêtez pas de vous regarder », composer le 06 23 72 77 26.
 


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