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14 février 2006


 Mario Gurrieri : « Dans mon HLM ! »



 Photos © Jean-Luc Mège

Par Nadine Fageol

 

Très old school, le photographe des stars a ses entrées au Festival de Cannes. Dans son appartement de Bron, il possède l’une des plus fabuleuses photothèques consacrées au cinéma et à l’OL. Souvenirs, souvenirs.

 

Dalida en tenue de gala à faire pâlir Madonna, le ténébreux Mike Brandt sur scène, des photos de Sophie Marceau plus qu’elle n’en possède, les Beatles à leur descente d’avion à l’aéroport de Lyon Bron, Michael Jackson, Indochine, Cure, mais encore à peu près toutes les stars ayant grimpé le mythique escalier du Festival de Cannes. Cette photothèque n’appartient à aucun musée, pas même à l’Institut Lumière. Non, c’est l’œuvre de Mario Gurrieri, petit par la taille et passe muraille. Où il veut aller, il entre. Presque l’archétype du brave gars que l’on retrouve dans une immense barre de la banlieue lyonnaise, toute blanche, de celle que l’on fuit. Lui dit, « 40 ans que je suis là, j’aime bien ici ». Un vaste hall, ici comme souvent ailleurs le jardin intérieur est à l’abandon. Quelques étages plus hauts, à peine la porte franchie que l’on se retrouve confiné dans son studio, longue pièce étroite de l’appartement. Son antre réservée comme une chambre d’ado où la déco n’a plus droit. Un adorable autographe de Sophie Marceau accolé sur un portrait, des peluches en pagaille pas du meilleur goût. Il rit.



 

Certains ont pris l’habitude de le remercier, faute de le rémunérer, à la va-vite. C’est qu’une partie de l’extraordinaire histoire de Mario est due à sa gentillesse, son affabilité. « Mario, une photo ! ». On hèle Mario pour être dessus, on le rappelle pour l’avoir et il donne sans compter. Il achète son matos à crédit et fait contre mauvaise fortune, bon cœur. Une enfilade d’armoires dépareillées, surmontées d’une collection de maillots de l’OL. Son dada, son chouchou, il fréquente le banc des photographes du stade Gerland depuis 1959 et rêve de faire un livre retraçant 45 ans de vie olympienne. Dans un empilement de chemises cartonnées jaunies, le meilleur est à venir. Ses archives ruissellent de trésors, les yeux de biche d’une Sylvie Vartan à croquer, Johnny dans toute la beauté de ses 20 ans quant il faisait la première partie de Los Machucambos. La mémoire vivace, il cite noms, lieux, concerts, films, balise le contexte. Connu comme le loup blanc, il est devenu l’ami des stars, les vraies, celles du cinéma. Toutes ont posé pour son album personnel. Ici Mario avec Isabelle Adjani, avec Brigitte Bardot, avec Monica Bellucci, avec Cyd Charisse, avec Harrison Ford, avec Bébel, avec Klaus Kinsky, avec « voudy » Allen, avec Sophie Marceau qui le protège. Il a fait sa promo quand personne ne voulait de « La Boum » à Cannes. Elle lui a rendu hommage en lui faisant attribuer par la presse la « plume d’or », trophée des photographes du festival !



 

Autre book celui de ses accréditations, un bon millier. Délirant. Il est et a été de tous les concerts, des soirées NRJ, des César, du Festival de Deauville… Le photographe sicilien volubile est un laissez-passer vivant. On parvient à faire asseoir le bouillant bonhomme dans un fauteuil du salon, une pièce hors du temps desservant chambres, cuisine, terrasse, autant de portes diminuant les possibilités d’aménagement. Les Gurierri lui ont donné une âme tranquille un peu comme dans un feuilleton de Maigret, les murs abricotés peuplés de natures mortes, d’un acier gravé de Mick Michel, confiturier et enfilade impeccablement cirés, deux fauteuils souples invitent à la sieste. Mario raconte avoir quitté l’école tôt dans sa bourgade tunisienne, aucun intérêt. Projectionniste au cinéma du coin, ça c’était le paradis. Il travaille encore dans un petit laboratoire aussi quand la famille s’installe à Tunis, il se lance dans le « photo-stop », shoote les passants et leur refile un ticket à échanger quelques heures plus tard contre le cliché. Le numérique n’existe pas et la photo industrielle balbutie. L’indépendance tunisienne pousse la famille à rejoindre Marseille ; Mario reprend  le « photo-stop » de plus belle, file à Nice mitrailler pendant le carnaval installé à côté du pharmacien Mercier, papa de la marquise des Anges, puis remonte jusqu’à Cannes, son premier festival, version rues en 1958.



 

Nouveau départ, la famille s’installe à Lyon. Mario obtient de la mairie une autorisation pour exercer rue de la Ré de 14h à 17h. À raison de 200 photos quotidiennes, il gagne 150 F par semaine. Il devient pigiste au Progrès, rencontre Renée à La foire de Roanne, l’épouse et l’installe dans l’appartement de Bron. En bonne femme de sicilien carrément jaloux, Renée n’a pas le droit de travailler, donc Mario turbine de jour comme de nuit. Avec l’ouverture du Palais d’Hiver démarre une vie insensée, il suit les artistes : spectacle du Palais d’hiver puis étape à la Maison Dorée place Bellecour ou au Broadway cours Lafayette, les deux music-halls en vogue. Chante avec Becaud ou Dalida, c’est que Mario donne aussi dans la chansonnette romantique italienne, accompagne Brel au Royal, passe la journée complète du 20 juin 1965 avec les Beatles. En 1974, il refait surface au festival de Cannes et ne le quittera plus jamais. L’anti-paparazzi est chez lui, Mario est une tombe, ne raconte absolument rien sur ses sujets, pas l’ombre d’un scandale, d’une coucherie, d’un excès. Nothing, nada, niet ! Mario photographie et se fait photographier la main sur l’épaule de Sharon stone, a tous les droits sur la horde de photographes et transforme les toilettes du bunker en chambre noire pour envoyer au plus vite les clichés à Nice Matin et à La Revue du Cinéma.


 

Voilà la vie de l’homme qui aime les stars, lesquelles parfois donnent du bonus à ses rêves. Invité à un grand raout sur une île, imaginez Mario en chanteur de charme debout sur une table avec pour choristes Fellini, Mastroianni, Jane Fonda, Eddie Constantine, Anita Ekberg… Renée son épouse rentre, gentille, elle s’installe en retrait sur une chaise sans perdre une miette de la conversation, le raille parfois, commentant les clichés sans les voir. À la question qui est sa star préférée, sans hésitation, il répond la famille, il en pince grave pour sa petite fille et… Sophie Marceau. À pareil personnage, Raymond Barre a attribué la médaille de la Ville de Lyon, il possède celle de Bron, au printemps prochain Gérard Collomb va lui refiler encore la médaille de la ville de Lyon. Le 26 mai Mario fêtera ses 70 ans, 55 ans de photos et aura sa petite expo à Cannes. Et si Lyon lui offrait une rétrospective à Mario ? Ça changerait des nounours et autre peccadille.

 


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Jérémy Berthod
 

 

 

 

 

 

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