salon-du-sud-est-2010.jpg Par Alain Vollerin

 

Comme il est loin ce jour de 1925, le 7 Juin précisément, où les joyeux compagnons du groupe Ziniar fondèrent le Salon du Sud-est, juste représentation d’une volonté d’aller au-delà de la Modernité exprimée par les fondateurs du Salon d’Automne Eugène Brouillard et Jacques Martin.

 

Aujourd’hui, les cimaises sont occupées par des refoulés des manifestations officielles. Je fais cette comparaison, car ici sont groupés beaucoup d’artistes qui se considèrent comme des professionnels, ce qui n’est pas le cas de l’Hivernal, de Regain, ou des Aquarellistes. Chez ces derniers la prime est donnée à l’amateurisme noble, détaché de l’obsession de la vente à tous prix. Pas facile de diriger un salon et une galerie. Jamais les fondateurs du Sud-Est n’auraient toléré un tel amalgame. Désormais, on fait n’importe quoi pour survivre. L’esprit n’est pas plus élevé que celui de la Mapra. Nous sommes dans le règne de la quantité. Commençons par le meilleur à mes yeux, tout étant subjectif, vos opinions seront peut-être différentes des miennes et je les respecte. Eléna Brugo ne nous déçoit jamais, sa simplicité de moyens, son aptitude à nous conduire à l’essentiel savent nous convaincre depuis longtemps. Georges Darodes doit demeurer dans des formats plus grands. Très important pour la qualité de la traduction de ses messages sibyllins et anachroniques dans notre société inculte. Jacques Dekerle adopte un langage d’initié à contre-courant. S’il se sent incompris qu’il ne se désole pas. Favrène fait en 2010 la démonstration de son aisance, de son plein accord avec lui-même, sa peinture rayonne aisément. Alice Gaillard produit son œuvre avec entêtement, ceux qui l’aiment la reconnaîtront ainsi. Marc Josserand est une valeur sûre de ce salon. Il ne trichera jamais. Il laisse seulement parler son cœur et son âme exaltés. Madeleine Lambert avait un destin d’architecte. On le ressent dans ses compositions de ces dernières années.

 

Ensuite les pires, et d’abord les plus célèbres : Jacques Truphémus en tête. Oserai-je atteindre à la réputation de l’idole en disant que sur trois œuvres présentées deux sont de véritables tartouzes, d’éprouvants plats d’épinards ? Marie-Thérèse Bourrat ne passionnait plus beaucoup le critique d’art René Deroudille dans les dernières années de sa vie. Que dirait-il devant ses envois de cette année ? Trois œuvres sur quatre sont assez médiocres, une sort du lot pour ce côté mutin qui fit la gloire de cette artiste. Je vous laisse retrouver laquelle. Son amie, Juliette Beaudroit révèle certaines pulsions. La peinture peut aussi servir à cela. Régis Bernard ne gagnera jamais au sprint, comme ses cyclistes englués dans la matière. Les toiles d’Alain Demond semblent figées, bloquées dans le temps qui décidément passe trop vite pour lui. François Dupuis est un suiveur de Rustin. Il y a tellement de plagiaires ici, que nous ne pourrions les citer tous. Gilbert Houbre compose des toiles d’une autre époque, comme on en voit dans les territoires du Nord, en Belgique et en Flandres. Mathias Souverbie se prétend sculpteur. Il porte un nom célèbre, sans en faire bon usage. Parmi nos vrais plaisirs, Jeanne Le Besque qui exprime toute la véhémence poétique d’une Angleterre exubérante et insoumise. Alain Roll place toute son énergie dans ses toiles. Elles sont comme lui construites, résistantes, oui, robustes et porteuses de convictions, même si l’homme est parfois atteint par le doute, qu’il s’agisse de natures mortes ou de paysages, comme ceux de la Suisse qu’il visite souvent. Françoise Turin est aussi un artiste outsider, comme disent les branchés. Elle mérite votre intérêt. Rendons honneur au déterminisme de Marcelle Benhamou. Ariel qui dessine dorénavant des personnages de format plus imposant pour servir des thèmes religieux comme la Nativité. Une tradition dans ses recherches quand on connaît la vocation qu’il s’attribua à juste titre d’illustrateur de la Bible. Evelyne Postic s’accomplit dans les vastes formats.

 

Les membres du Salon honorent quatre talents disparus. Thérèse Contestin que je suis très fier d’avoir fait entrer à la Fabuloserie de Caroline et Alain Bourbonnais à Dicy dans l’Yonne. Paul Siché, à propos duquel j’ai fait un livre quelques années avant sa mort tout en le ramenant sur le devant de la scène par une monumentale exposition sur la mezzanine du Crédit Lyonnais . Claudette Espallergues, vaisoise comme moi (je vous prie de m’excuser d’attacher ainsi les événements à ma petite personne) qui souffrit tellement pendant ses ultimes années. Ces personnages méritent de figurer dans la ligne des artistes de l’Art singulier nommés habitants paysagés par le célèbre défenseur de l’Art brut et de l’Art Hors les Normes, Michel Ragon. Jean Raine, qui ne fut jamais Cobra – cessons de réécrire l’histoire – aurait piqué une terrible colère en se voyant rangé dans un salon. L’alcool attribue parfois des jugements salutaires. Vive Jean Raine, le subversif inaliénable !… Ce beau gosse était devenu un monstre au contact de nos esprits chafouins. Voici pourquoi, je l’admire encore. Pitié, n’en faites pas un être poli et bien élevé !… Nous pouvons encore évoquer Champin de Lyon qui délaisse ses portraits de personnalités locales pour un surprenant plongeon dans la paille et la flore, Evelyne Chevalier toujours à l’aise dans sa description de notre cité secrète. Colette Collovray subtile dans son usage des techniques mixtes. Michel Rémy Bez, l’homme des papiers journaux chiffonnés, joue les opportunistes en rendant hommage " aux deux confrères encore retenus " selon la formule consacrée par les médias. Une démarche bien inutile et décevante chez un artiste que nous connaissions plus surprenant et indépendant. Un salon avec le pire et le meilleur, et toujours la possibilité de faire une découverte…

 

Salon de Lyon et du Sud-est

Jusqu’au 15 décembre 2010

Palais des Expositions

18-20, quai de Bondy – Lyon 5eme