sanzistes-paul-clair Par Alain Vollerin

 

Très touchante exposition, déjà visitée par des centaines de visiteurs. Nos félicitations au président des amis de l'AMRA Bernard Deviller et à Marie-Christine Bertrand, adjointe à la Culture de Morestel.

 

Une occasion de voir des toiles oubliées, comme ce portrait du grand aîné Paul Clair, un des premiers du groupe à s'inscrire à l'école des beaux-arts de Lyon en 1941, peint tout à fait à la manière de Pierre Bonnard par Jacques Truphémus. Quelle aisance ! Quelle vitalité ! Beaucoup de petits et moyens formats. Nous sommes dans une maison, ne l'oublions pas, celle de François-Auguste Ravier. Les œuvres sont accrochées dans la cuisine, dans les chambres, dans le salon, la salle à manger, et sans oublier l'escalier monumental. Cottavoz, Truphémus, et Fusaro n'ont plus besoin de publicité. Ils sont célèbres. Dans quelques semaines, Jean Fusaro fera l'actualité du monde des arts en France avec l'inauguration de la dernière tranche de son magistral chemin de croix installé dans l'église de Saint-Jacques des Arrêts. Et Jacques Truphémus vient de remporter un franc succès pendant Art Paris sur le stand de la galerie du marchand inspiré Claude Bernard et au Musée de Bourgoin-Jallieu. Le mérite de cette exposition repose pour moi surtout dans la présentation d'œuvres d'artistes que nous avons tendance à ignorer comme : Pierre Doye dont les ultimes compositions abstraites sont révélatrices de son immense ouverture et de sa profonde sincérité, comme Antoine Sanner dont l'œuvre abstraite mérite toute notre attention, car elle est capable de nous offrir de véritables émotions dans sa gestualité étudiée. Je regrette l'absence de Chaix et de Jean Mélinand, le châtelain de Crèches sur Saône dont l'œuvre de designer sera un jour honorée au Centre Georges Pompidou. Je suis désolé, mais Micheline Colin, malgré son talent, ne figure pas sur le carton de l'exposition de 1948 à la Chapelle du Lycée Ampère. Jean Fusaro et ses amis, trop machos, et trop directifs à l'époque, n'en avaient pas voulu. Ils avaient aussi refusé la matissienne Elisabeth Barbezat, ainsi qu'Hélène Mouriquand, chez qui se tenait certaines réunions. Plus préjudiciable à l'exactitude de cet événement, il n'y a pas de photos d'un des héros du groupe, le photographe Edouard Mouriquand, mort trop jeune.

 

Vous découvrirez aussi André Lauran récemment disparu, un artiste très sensible, trop injustement méconnu, un peintre sincère, l'ami du bordelais désormais drômois Pierre Palué dont une des filles Marie anime un joli musée de l'école de Paris qui porte son nom à Tain l'Hermitage, et qui exposera à partir du 14 mai 2010 des toiles de Jean Couty. On rend aussi hommage à Pierre et Françoise Coquet-Juvin qui se rencontrèrent pour s'unir et ne plus se quitter jamais à l'école des beaux-arts de Lyon. C'est dire, une fois encore, pour tout ce groupe l'importance de cette institution. Pierre Coquet réalise depuis quelques années d'émouvants autoportraits démontrant la vérité de son aptitude à l'introspection. Je veux dire aussi la qualité de l'engagement dans la peinture de Françoise Juvin. Elle fit de grands formats absolument inoubliables. Elle doit aujourd'hui se limiter à de petites études qui demeurent de vrais sujets. Comment ne pas trouver quelques mots pour évoquer Paul Philibert-Charrin, le compagnon à l'origine de Cottavoz, de Lauran, et de Palué, d'abord cantonné dans une peinture à petites touches et à effets gourmands. Œuvre qu'il répudia ensuite pour ne plus reconnaître que son travail de collage, où Nathalie Lebrun reconnaissait comme moi-même, la marque du Surréalisme et de Jean Dubuffet, et qui fait son aptitude à voir et à dire des formes et des signes porteurs de bon sens et de beaucoup d'humour. Comme quoi être sans Isme était un pari difficile, voir impossible. N'oublions pas la guerre, et ses contraintes qui jetèrent certains sur le chemin du S.T.O et de l'éloignement de leur passion de créatifs. Terrible épreuve humaine !… Au fil des années Pierre Doye tenta de maintenir l'étendard du Sanzisme, notamment à Genève, plusieurs désaccords survinrent, les liens se détendirent. Beaucoup trouvèrent leurs vocabulaires. Leurs parcours furent inégaux, mais tous conservèrent un culte sans faille de cette période, où l'amitié comptait plus que la carrière. La grandeur des survivants réside aujourd'hui à mes yeux en bonne partie dans le souvenir de cette qualité inégalable, mais aussi essentielle. Pour finir, je vous rappelle que la Maison Ravier vient d'acquérir dans une vente très disputée à l'Hôtel Drouot, deux charmantes œuvres de la période italienne du maître des lieux qui complètent historiquement cette collection maintenant incontestable, et très appréciée des nombreux visiteurs.

 

Le Sanzisme d'hier à aujourd'hui

Jusqu'au 13 juin 2010

Maison Ravier

302, rue Ravier  – Morestel

Tous les jours de 14h30 à 18h30 sauf le mardi