joel-real Le peintre Joël Réal, Pascal Petris et Jean-Luc Coperet (LCL), Alain Vollerin (Mémoire des Arts – Photo © Fabrice Schiff

 

 

Par Alain Vollerin

 

Lorsqu'il était élève de l'école des beaux-arts de Lyon, Joël Réal s'attacha particulièrement à l'enseignement de Jean Fusaro. Pourtant, lorsqu'on regarde attentivement son œuvre, on ne ressent pas cette influence.

 

En visitant son atelier, dans la vénérable maison familiale de Chaponost, où il vit désormais en solitaire, je l'avoue, j'ai d'abord pensé à Henri Matisse. Les grands bouquets devant les fenêtres, la réduction des formes à l'essentiel, certaines couleurs primaires éveillaient en moi cette révolution également portée par les Nabis. Il y a aussi l'évocation de Paul Cézanne dans les fruits des vies silencieuses. Peu à peu, alors que Joël faisait défiler les tableaux devant mes yeux, je compris que son originalité était ailleurs. Sa profonde sensibilité s'exprime dans le format de sa peinture, dans la distance qu'il installe en permanence entre les êtres et les objets, entre les humains, la femme étant souvent maintenue à distance, comme pour nous dire des souvenirs douloureux, une difficulté, peut-être même une impossibilité de la comprendre et de partager avec elle sa vérité. Pourtant, Dieu que les filles sont jolies sur les toiles de Joël Réal !… Les couleurs, paradoxalement contemporaines, apportent un aspect acidulé pour dire un côté irréel, un univers complexe qui semble s'éloigner après avoir beaucoup promis. Il faut encore attendre. Nous sommes à la recherche du Paradis, et pour l'atteindre, il faut franchir la porte étroite, comme pendant un parcours initiatique. L'atelier, dont les fenêtres s'ouvrent sur le jardin, où volettent des oiseaux regardés par le chat sont les protagonistes de l'univers bucolique de Joël Réal qui nous propose d'en ressentir avec lui les bienfaits, comme dans cette toile intitulée " le Déjeuner sur l'Herbe ". L'artiste, aux attitudes de moine franciscain, souvent replié dans son silence, dans son impossibilité de communiquer avec son modèle, confie à un oiseau le soin de dire et de transmettre son émotion, son amour par l'entremise d'une herbe d'or. Seul ce métal précieux est capable, selon la tradition, d'incarner la chair des dieux, et la quête de la spiritualité dans l'Art. Lorsque tout semble fini, ne subsiste plus, posé sur un guéridon nu, qu'une feuille arrachée à un carnet de dessin, et un visage révélé, peut-être pour l'éternité. Je veux ici remercier le dessinateur et peintre Jean Claverie, lui aussi formé à l'école des beaux-arts de Lyon où, il enseigna longtemps, pour m'avoir permis de rencontrer Joël Réal et convaincu de son talent.

 

Jusqu'au 30 avril 2010 

LCL- Crédit Lyonnais

18, rue de la République – Lyon 2e

Métro et parking Cordeliers

Entrée libre. Mardi au vendredi de 9h à 17h30

Renseignements : 06 32 62 93 21