ted.jpg Par Aymeric Engelhard

 

Le monde de la comédie US traverse une chute fulgurante de popularité. Même les plus grandes gloires du genre déçoivent. Alors quand l’un des plus fameux et originaux créateurs de la série américaine comique prend d’assaut les salles obscures, c’est l’éventuelle promesse de nouveautés bien senties. Bonne nouvelle, la promesse est tenue haut la main. « Ted » constitue certainement l’une des meilleures comédies de l’année.

 

Face aux « Simpsons », toute série animée visant tous les âges (surtout les adultes) semble hors course. Mais « Les Griffin » (« Family Guy » en VO) et « American Dad » font office d’outsiders très sérieux. Sans égaler les scores mirobolants de la famille jaune de Springfield, ces deux shows cartonnent grâce à un humour sans peur visant toutes les catégories de personnes et portant un regard absolument grisant sur les Etats-Unis.

 

Seth MacFarlane, l’heureux créateur, est devenu une référence. C’est en toute logique qu’il vient ébranler le monde du cinéma comme il l’a fait à la télévision. « Ted », son premier long-métrage, reprend tous les ingrédients qui font le succès des séries. La bande-annonce donne l’impression d’une grasse comédie débile aux gags vus et revus mais elle ne dévoile que la partie émergée de l’iceberg.

 

Le fait est là : on rigole beaucoup. En prenant appui sur un scénario extrêmement facile (beaucoup trop même) de comédie romantique où un couple ne parvient pas à s’en sortir à cause d’un pote envahissant, MacFarlane distille son humour perçant avec une rage d’enfer. Si l’on n’est pas un grand habitué des Griffins, on ne peut que s’étonner d’une telle originalité dans les dialogues. Bourrés de références, ceux-ci atteignent des pics d’outrance impressionnants mais paradoxalement ils sont d’une finesse diabolique.

 

La plus obscure star comme la célébrité absolue en prend pour son grade, au même titre que les juifs, mexicains, homosexuels, etc… La peluche Ted n’hésite pas à égratigner tout le monde (voir l’hilarant teaser où il se moque ouvertement de l’équipe de France de football lors du dernier Euro). Et quand la qualité d’écriture est au rendez-vous, ça tient du génie pur. MacFarlane offre au passage à Mark Wahlberg un rôle en or, prouvant que l’acteur sait faire rire (sa rencontre avec Sam Jones, illustre interprète de « Flash Gordon », tient déjà de l’anthologie).

 

Mais l’extraordinaire qualité de l’œuvre reste ce fait de rendre si vrai un ourson en peluche numérique. Car, pour une fois, ce n’est pas juste l’ami d’un enfant, trop doux, trop mignon qui connaîtra de folles aventures. Ici, Ted se drogue, festoie avec des prostituées, drague ses collègues, couche avec elles dans l’arrière-boutique, insulte son patron… Mais c’est aussi un ami, un vrai qui fait tout pour son alter-ego humain. Ce qui lui donne la qualité supplémentaire d’être émouvant en plus d’être drôle.

 

Qui plus est, les effets spéciaux sont magnifiques et beaucoup de scènes rendent chaque fois l’ourson plus vrai que nature physiquement (la bagarre dans l’hôtel, un grand moment). Soit un amas de qualité qui font vite passer les défauts d’un scénario littéralement crétin pour d’énormes tranches de rigolade. Comme chez « Les Griffin » ou « American Dad », on a droit à un divertissement haut de gamme, hilarant et déjà culte.