Le plaisir nostalgique, leitmotiv évident du metteur en scène, est particulièrement contagieux

Par Aymeric Engelhard

Le voici enfin. L’épisode 7 à la fois tant attendu et tant redouté d’une saga bientôt âgée de quarante ans. « Star Wars ». Ou comment faire frissonner bien des catégories de spectateurs en deux mots.

Une popularité qui n’a jamais faibli depuis l’énorme surprise que fut « La Guerre des Etoiles » (rebaptisé « Un Nouvel Espoir » dans les années 90) au Box-office de 1977. Malheureusement, popularité n’équivaut pas à qualité et bien des fans de la première heure se sont sentis humiliés par la seconde trilogie achevée en 2005 avec l’avènement de Dark Vador. Peut-être changeront-ils leur fusil d’épaule avec cet épisode 7, initiateur d’une nouvelle trilogie placée sous le signe du rachat de la saga et de tout son empire de produits dérivés par le géant Disney ? C’est possible car si l’on peut effectivement pester sur bien des éléments composant les films de 1999, 2002 et 2005, on ne pourra jamais leur reprocher leur originalité et leur prise de risque. Et ce sont précisément les défauts de ce « Réveil de la Force ». Incapable de créer sa propre mythologie, cet épisode 7 pompe outrageusement sur le tout premier volet de la saga. Les différences principales ne se jouent qu’au niveau des noms : que ce soient les planètes que l’on explore, l’arme des antagonistes, le droïde qui cache des plans, le jeune méchant sous la coupe d’un vieux méchant surpuissant (et très laid)… On est en terrain beaucoup trop connu. D’autant plus que J. J. Abrams, le réalisateur, se permet des emprunts très lourds à la mise en scène de ses prédécesseurs. C’est extrêmement frustrant.

Aucune surprise alors même que le film n’est pas radin en révélations sur les personnages.

Tout est convenu et nécessite une sacrée déconnexion du cerveau si l’on veut ne rien deviner à l’avance. Paradoxalement c’est peut-être là la plus grande qualité du métrage. Il est si épique, si fun et si bien rythmé qu’il passe finalement tout seul. A une vitesse folle. Et le plaisir nostalgique, leitmotiv évident du metteur en scène, se voit particulièrement contagieux. Malgré un scénario qui prend vraiment le spectateur pour une buse. Outre les qualités techniques, « Le Réveil de la Force » se distingue par ses personnages. Si l’on retrouve quelques « anciens » dont Harrison Ford toujours aussi cocasse dans le rôle de Han Solo, ce sont bien les « jeunes » qui font la différence. On prend ainsi beaucoup de plaisir à suivre Rey et Finn, nouveaux héros dans le panthéon des étoiles. L’interprète de Rey, Daisy Ridley, se permettant au passage de nous subjuguer par sa beauté naturelle à chacune de ses apparitions. Mais c’est bien le tragique antagoniste du métrage qui marque les esprits. Si Kylo Ren semble singer l’illustre Dark Vador c’est bien pour montrer sa faiblesse. Celle d’un jeune perverti avide d’entrer dans la légende. Il est colérique et sûr de lui, fier de croire qu’il est destiné à prendre la relève de son prédécesseur masqué. Mais une fois mis en difficulté par Rey, la peur le submerge, les doutes l’assaillent et le poussent dans ses retranchements. Ainsi le destin tragique de Kylo Ren ne demande qu’à exploser dans les prochains épisodes. Car si l’arrivée du générique de fin de ce « Réveil de la Force » ne nourrit que peu d’attentes pour la suite (d’autant que le plan final est d’une étonnante laideur), la pensée que ce personnage a encore tout à offrir est enthousiasmante.

On retiendra donc de ce septième volet son côté tremplin. Une bonne introduction aux futurs événements comme le fut « Un Nouvel Espoir » en 1977. A ceci près que le tout premier épisode était un film à part entière qui n’avait pas besoin de suites pour exister pleinement. A la différence de ce remake à peine caché.