erreur-de-la-banque Par Aymeric Engelhard

 

Alors que le monde entier n'a que le mot « crise » à la bouche, certains cinéastes montrent qu'ils n'en ont cure et que l'on peut parler d'argent et de bourse sans évoquer ce fléau déplaisant. Mieux, on peut en rire. C'est le but de ce film aussi intelligent que drôle qui tourne en dérision les grands manitous de la banque. Un remède anti-crise?

 

Le cinéma ne semble pas beaucoup touché par la crise économique qui enflamme les entreprises depuis un certain temps maintenant. Il y a toujours des emplois, les films s'enchaînent… Mais on sent que la menace est présente. Aussi certains films semblent arriver à point nommé pour rassurer le spectateur. « Erreur de la banque… » ne parle pas de la crise, il en fait abstraction, comme si elle n'avait pas existé. Il traite des bourses, des banques, des entreprises et des particuliers qui peuvent profiter des opportunités. Comme Julien, maître d'hôtel d'une grande banque. Il désire ouvrir un restaurant avec son meilleur ami mais n'en a pas les moyens. A vrai dire, il comptait sur la banque pour laquelle il travaille depuis 17 ans afin d'obtenir un prêt. Refus net du patron. Julien décide alors d'écouter les réunions entre pontes et de prendre note des bons tuyaux de la bourse. « Erreur de la banque… », de par son scénario savoureux, critique les banquiers, leur rapport à l'argent et aux particuliers. Gérard Bitton et Michel Munz réalisent là un sans faute. Excellents dialogues, rebondissements en tout genre… Ils s'amusent à faire des banques et banquiers des souffre-douleurs, comme en témoigne l'hyperactif petit employé d'une agence bidon qui trouvera moult filouteries pour aider les deux perso principaux.

 

Parfois ça ne vole pas haut dans l'humour et les stéréotypes ne tardent pas à frapper à la porte. Mais force est de constater que le tandem Gérard Lanvin Jean-Pierre Darroussin fonctionne plein pot et que le second nous épate d'un talent comique implacable. Les répliques fusent et les situations cocasses atteignent l'objectif plein centre. Les deux réalisateurs réussissent à faire rire de l'argent et du malheur des autres. Ils offrent à leurs comédiens des rôles intelligents et drôles de particuliers incultes dans la bourse qui vont quand même parvenir à tenir tête à la pieuvre bancaire. Ainsi il devient simple de s'identifier à eux. D'autant qu'à côté chacun connaît son histoire d'amour (Lanvin avec une jeune et jolie inconnue et Darroussin avec une adolescente de dix-sept ans, deux histoires totalement différentes, l'une centrée sur l'émotion et l'autre sur l'humour). S'ajoutent de fantastiques seconds-rôles comme Martin Lamotte (drolatique), Barbara Schulz (belle comme un cœur) et Scali Delpeyrat en banquier (au bord de la crise de nerf). Et il est alors bon de constater que cette comédie française sort du lot, elle a tout pour plaire. Rien n'est fulgurant, juste détendant. De quoi passer un très bon moment à découvert. Une belle réussite de la part de ce tandem de réalisateurs (déjà à l'œuvre sur le scénario de « La vérité si je mens »). Comme quoi, à force de critiquer les comédies françaises, on en viendrait à louper les perles.