au-dela-des-collines.jpg Par Aymeric Engelhard

 

Faire un film sur la vie monacale troublée par un élément extérieur c’est se confronter à un environnement particulier dans lequel chaque choix scénaristique peut entraîner de violents débats. « Au-delà des Collines » fait les choses avec finesse et sécheresse pour une histoire profonde dont il est bien difficile d’en saisir toutes les subtilités. Bienvenue dans un univers ambigu.

 

Alina et Voichita se sont connues et aimées à l’orphelinat en Roumanie. Un amour qui dépassait celui de la simple amitié. Un amour complexe que seul un gros bouleversement moral pouvait changer. Lorsque vint l’âge de quitter l’orphelinat, les deux jeunes femmes empruntèrent des voies différentes avec une certitude, celle qu’elles se retrouveraient pour ne plus jamais se séparer. Alina quitta la Roumanie pour l’Allemagne pendant que Voichita entra dans un monastère afin d’y trouver la paix intérieure.

 

Une paix dans un milieu sans électricité, chauffage ni distraction d’aucune sorte. Un seul homme partage la vie des nonnes, le père (qu’elles nomment étrangement Papa), et il représente la totale sagesse tout comme l’autorité suprême. Un mode de vie qu’Alina ne peut accepter lorsqu’elle consent à retrouver son amie. Une non-acceptation telle qu’elle amènera l’anarchie au sein du monastère. Et Voichita, perdue, ne pourra que souffrir de la situation.

 

La nonne a depuis longtemps fait son choix d’aimer Dieu plus que quiconque. Mais l’arrivée d’Alina et son amour totalement fusionnel la trouble. En effet elle n’arrive pas à faire cohabiter sa vie actuelle avec son ancienne. Mais elle le souhaite ardemment. Et l’impossibilité de cette situation la rend absolument tragique. D’autant que « Papa » et ses consœurs croient qu’Alina est possédée par le malin. Si bien qu’ils en arrivent à la ligoter, la séquestrer et l’exorciser.

 

En 2h30, le réalisateur Cristian Mungiu brosse doucement le portrait d’une société qui ne sait comment réagir lorsqu’un élément extérieur vient la perturber. Et quand l’impardonnable fait enfin son entrée, ce petit monde reclus fait face à ce dont il avait malheureusement fait l’erreur d’oublier : la loi et la morale. Mungiu récidive avec la mise en scène d’une perfection sidérante de son chef d’œuvre « 4 mois, 3 semaines, 2 jours »

 

Soit de longs plan-séquences fixes dans lesquels la composition du cadre et la profondeur de champ mettent toujours l’accent sur le protagoniste important, même si sa vision se retrouve obstruée par d’autres personnages. C’est sec et austère (d’autant que la seule musique du film se trouve dans le générique de fin) mais diablement efficace. Un naturalisme bienvenu à l’ère du trop-plein d’effets. De même le génial metteur en scène roumain a choisi une image particulièrement graineuse, techniquement minimaliste et loin de la haute définition (avec tout de même un cinémascope mettant merveilleusement en lumière les froides hauteurs roumaines).

 

De quoi faire fi de tout subterfuge technique et se concentrer sur l’essentiel, un naturel cinglant. Ceci renforcé par deux actrices somptueuses très justement récompensées à Cannes : Cosmina Stratan et Cristina Flutur. « Au-delà des Collines » constitue une œuvre élégiaque de haute volée, en rien accessible au plus grand nombre mais vraiment conseillée. « Des Hommes et des Dieux » en bien plus corsé, d’une certaine manière.