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Réalisé par Frédéric Schoendoerffer, avec Gérard Lanvin & Niels Arestrup. En salles depuis le 23 avril.

Le film :

Gabriel Carré (Gérard Lanvin) est commissaire de police à la BRB (Brigade de Répressions du Banditisme), après son service il rentre chez lui, s’engueule avec sa bourgeoise (Anne Consigny), elle claque la porte. Il veut la rattraper, il ouvre sa porte d’entrée et voit trois voyous la tenant en joue. Il est sommé de faire évader Victor Kancel (Niels Arestrup), un truand qu’il a fait enfermer 3 années auparavant. S’en suit Une garde à vue inversé de 96 heures (soit le temps maximal qu’une GAV peut durer) ou le flic est interrogé par le gangster, obsédé par l’identité de celui qui l’a balancé. Pendant ce temps, la petite protégé de Carré, le capitaine Marion Reynaud (Sylvie Testud) a le sentiment que quelques choses clochent… Elle va tout faire pour retrouver son patron et ami.

Une mise en scène de Frédéric Schœndœrffer, un scénario de Simon Michael (connus entre autres pour sa collaboration avec Claude Zidi sur Ripoux contre Roux et Ripoux 3, ancien flic reconvertis en scénariste pour le cinéma) avec comme tête d’affiche : Gérard Lanvin, Niels Arestrup, Sylvie Testud, et Anne Consigny.

La critique de Lyon People :

Pour son nouveau film intitulé «96 heures », Frédéric Schoendoerffer (2000 : Scènes de crimes / 2004 : Agents secrets / 2007 : Truands / 2009 : Braquo (série) / 2011 : Switch) nous livre un polar basé sur une idée originale, à savoir que le truand soumet le flic à une GAV. Néanmoins, le scénario est un peu timide, la réalisation et les acteurs peinent à captiver.

On est loin de Truands ou encore Agents secrets où la mise en scène de la violence, du banditisme pour l’un et des services secrets pour l’autre, scotche par son réalisme et invite à s’immerger dans ces milieux que l’on connaissait peu. C’était-là tout l’enjeu de ses premières réalisations. Filmer les trois milieux qui le fascinent : police, banditisme, et services secrets.

Deux de ses thèmes récurrents sont présents dans ce long métrage, la police et les truands. Mais ils sont relégués au rang de support de l’intrigue.

La thématique principale est celle du « temps », le temps qui passe. On note que le film attache beaucoup d’’importances aux montres (nombreux gros plans), ainsi que le tableau de Salvator Dalí « la persistance de la mémoire », qui explore des thèmes similaires de la fuite du temps et l’approche de la mort. « Ah ! Faut que j’y aille ! » Cette réplique que l’on entend à répétition  symbolise le temps fugace, celui du lapin blanc dans Alice au pays des Merveilles. Plus le temps s’écoule, plus le personnage d’Arestrup doit se rapprocher de la vérité. Et quelle intrigue illustrerait mieux que celle d’une garde a vue (qu’on qualifierait de course contre la montre) pour traiter cette thématique ?

Basé sur l’idée originale d’une GAV inversée, la référence au film « Garde à vue » paraît incontournable, bien que « 96 heures » n’est en rien comparable au film de Claude Miller. Les difficultés du huis clos se font vite ressentir. Le film est lent, l’intrigue n’est pas très saisissante malgré un scénario assez séduisant.

Mais l’écriture ne sort jamais des clous : le voyou s’évade à l’aide de documents officiels délivré par un procureur, la femme du flic qui est à l’origine de tout ne lui vient pas en aide, préférant l’adultère. Ce dernier élément sert-il dans le film ?  Il justifie en tout cas la duplicité de cette dernière car son mari pris en otage, au vue de son rang, une simple opération de police permettrait de le libérer. Problème, nous n’aurions alors plus de film…

Autre aspect approximatif du scénario, l’histoire du braquage et des 9 millions d’euros. Il sert en réalité de prétexte pour exfiltrer les deux sbires Ruskov de Kancel (Arestrup).  Les deux porte-flingues se font très facilement manipuler par Carré (Lanvin) alors qu’ils s’apprêtaient a lui couper un doigt. Les deux russes renoncent a cet acte barbare après les révélations du commissaire sur leur patron. En guise d’explicatif à l’attention de ses  deux lieutenants, Viktor Kancel sortira la sulfateuse. Fin de l’histoire pour ces derniers, qui débouche toutefois sur le dénouement de l’intrigue.

Quant au rôle de Sylvie Testud, il révèle au spectateur la relation extraconjugale entre le commissaire et Laura Smet, la fille de Kancel (Arestrup). Elle n’a pas un rôle majeur puisqu’elle n’est pas l’héroïne qui va sauver son patron et ami, arrivant après la scène finale.

Enfin parlons des deux têtes d’affiche : Lanvin et Arestrup, deux monstres du cinéma français. Un face à face qui fait mouche ? Malheureusement non. L’attelage est franchement convenu. Gérard Lanvin retrouve un énième rôle de flic. A croire que la thématique lui colle à la peau, comme le sparadrap du capitaine Haddock. Forcément, dans cet exercice attendu, le spectateur se lasse plus vite, ne pouvant s’appuyer sur aucun effet de surprise. Quant à Arestrup, c’est un peu du « César Luciani » réchauffé dix secondes aux micro-ondes, avec ses similarités mais sans la passion qu’il a pu laisser transparaitre dans le film Un Prophète.

Schœndœrffer est plus efficace dans un bon polar musclé que sur un film qui traite de thèmes plus poussés (le temps qui passe). Nous n’étions pas mécontent, au sortir du film, d’en avoir fini avec cette garde à vue.

Hugo Roussel