Par Morgan Couturier

Récemment diplômés de l’INSA, Quentin Dupont et Thomas Morelon se sont lancé le défi de rejoindre la Hongrie en stop. L’opportunité d’apporter une dimension sociale à leurs rêves de voyage… sans dépenser un euro !

L’idée d’une société moderne repliée sur elle-même, seulement portée par des valeurs individualistes reste solidement ancrée dans l’imaginaire de nos concitoyens. Fraichement diplômés de leur école d’ingénieur (INSA), Quentin Dupont et Thomas Morelon ont pourtant choisi de mettre à mal cette conception, se lançant dans une folle odyssée à destination de la Hongrie. Et ce, sans débourser le moindre centime. Une expédition, que les deux jeunes ont calquée sur l’émission Nus et Culottés, diffusée sur France 5. « On s’est inspiré d’eux, avoue Thomas. On s’est demandé si l’on pouvait faire pareil sans les caméras. On voulait montrer que l’on pouvait voyager sobrement avec de l’entraide ». Pour ce premier périple, qui pourrait en appeler d’autres, les deux larrons ont choisi d’allier l’utile à l’agréable. Plus qu’une plaisante destination touristique, cette tournée s’est enrichie d’une touche sentimentale, Quentin souhaitant rejoindre sa petite-amie, installée à Budapest. Un épilogue heureux sur une route semée de rencontres, créées au gré des stops et des nuits passées chez de parfaits inconnus.

04Prendre le temps de voyager

« On a voyagé au gré des gens. On ciblait simplement les directions, poursuit Thomas. On voulait prendre le temps de voyager, en évitant les autoroutes. On cherchait plutôt la beauté du cœur que la beauté des paysages ». Un carnet de route fantaisiste, qui amène les deux jeunes gens à écumer les routes vingt-trois jours durant, du 17 octobre au 9 novembre 2016. Et pour cause, ces derniers se sont autorisés une flopée de détours, que ce soit dans l’Hexagone, en Italie ou en Suisse, avant de gagner le Liechtenstein, l’Autriche pour débarquer enfin aux pays des Magyars. Sur le parcours, les deux amis réussissent leur pari : ne jamais dégainer leur carte bancaire, rangée au plus fond de leur poche mais disposée à être sortie au moindre souci. Quentin et Thomas n’en auront pas. Pour manger comme pour dormir, leur projet trouvant écho auprès de leurs interlocuteurs. « La récupération et l’hébergement, c’était sortir de notre zone de confort, raconte l’ancien pensionnaire de l’INSA. On sait que les restaurants jettent les invendus. Souvent, ils étaient plus ou moins d’accord pour nous donner la nourriture. Pour ce qui est de l’hébergement, on a fait du porte à porte. Les gens disent « oui » ou « non » très rapidement. C’est une histoire de feeling. Le projet en a touché certains et il arrivait qu’ils proposent d’eux-mêmes de nous héberger. Des personnes aisées comme des plus pauvres ».

03L’échange humain, leur gratitude

Derrière ces logements économes, les deux aventuriers revendiquent avant tout une dimension sociale. Les jeunes veulent profiter, mais surtout aider, avec à la clé, un véritable échange humain. Jardinage, aide à la personne, Quentin et Thomas se démènent pour prouver leur gratitude. « La plupart du temps, on ne restait qu’un jour, avoue Thomas. Parce que l’on n’avait pas d’optique d’échange. Mais quand le feeling passait bien, il nous est arrivé de rester 3-4 jours. On a fait des rencontres assez fortes ». Ironie de l’histoire, cette remarquable expédition s’est terminée par un terrible retour sur terre, une fois les pieds déposés sur le sol de Budapest. Un retour brutal à la réalité, pour ces deux vagabonds, habitués à vivre sans dépendre des contraintes budgétaires. « C’était assez difficile de revenir à la vie réelle, confesse le jeune homme. On avait une liberté énorme que l’on n’a pas dans la vie de tous les jours. Avec ce voyage, on voulait aussi montrer que l’argent prend de plus en plus de place. Il empêche d’avoir une vraie relation avec le gens ». Fort de cette expérience, Thomas veille désormais à diffuser la morale de leur histoire. Accompagné de Quentin, il s’apprête à multiplier les conférences, à l’INSA comme à destination des MJC, dès le mois de février. En parallèle, la paire soigne la popularité de sa page Facebook, Stop nous si tu peux, ainsi que le succès de la chaîne Youtube éponyme. L’occasion de revivre leur périple. Et de s’imaginer son propre road-trip. Sans frais payés.

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