Photos © Fabienne Dumas

Propos recueillis par Thierry Lahon (médianet) & Carole Dufour   (Idées en tête)

Ce soir, « Secrets de vacances » s’offre un dîner de rois, avec deux grands seigneurs… Au menu, y aura-t-il fruits de mer et des spaghettis ? Peu importe, car avec la reine Carole à mes côtés, pour arbitrer ce duel de souvenirs, je sais que nous allons forcément passer une soirée agréable, chaleureuse et pleine d’intelligence. La seule interrogation reste les destinations vers lesquelles vont nous entraîner nos convives…

A Lyon, Silvio Iacovino est le roi des hôteliers. Il y a trois ans, personne ne le connaissait, aujourd’hui il est incontournable. En effet, le nouveau directeur général du Sofitel Lyon Bellecour a su créer la surprise, en séduisant tout ce que Lyon compte de décideurs ou de leaders d’opinions. Depuis son arrivée, le Sofitel continue à briller de mille événements. Grazie Monsieur Silvio !

Eric Giraud, lui, est le roi des écaillers. Son fief s’appelle « chez Antonin » au cœur des Halles Paul Bocuse. On dit de lui qu’il a les yeux pétillants, le sourire malicieux et le tutoiement facile… Tout cela est vrai, mais c’est aussi un peu plus, car notre homme est, à lui seul, le symbole de toute une vie lyonnaise. Il connaît toute la ville, et toute la ville le connaît. Depuis des lustres, il régale les lyonnais de sa bonhomie et semble toujours être capable de nous étonner. En fera-t-il de même ce soir ? Nous allons le découvrir.

Quelle a été votre enfance ?

EG : J’ai 58 ans, je suis né à Lyon et j’ai commencé ma scolarité à Roanne et je suis arrivé à Lyon en 1967. Là, j’ai poursuivi mes études chez les Jésuites où j’ai connu tous mes copains comme Philippe Brunet-Lecomte, Olivier Ginon et les autres. Après, je suis parti sur Annecy pendant 3 ans, et j’ai ponctué cette épopée secondaire au cours Pascal. S’en est suivie la fac d’Eco, où je n’étais pas très bon. Plus tard, je me suis lancé dans la restauration, en 1982, au Café Bellecour. Sinon j’ai 3 frères et sœurs. Mon père était directeur dans une usine textile et ma mère femme au foyer.

SI : J’ai 48 ans, je suis Italien, de la côte adriatique, dans la région des Abruzzes. J’ai une petite sœur, mon père était chauffeur routier et ma maman tenait un magasin de vêtements.

Qu’évoque pour vous le mot « vacances » ?

EG : « Voyage et dépaysement ».

SI : « Chaleur et famille ».

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Commençons par vos vacances d’enfants.

EG : Jusqu’à 8 ans, nous allions à Sainte Maxime. Mon grand-père louait une maison pour toute la famille, et cela pendant 2 mois. Ensuite, nous partions en Espagne, sur la Costa Brava, à l’Escala. Ce voyage se faisait avec mes parents et les cousins, en 403, nous empruntions la Nationale 7, c’était génial.

SI : C’était dans les années 70, nous allions voir mes grands-parents, on partait en 504, et pour ce grand périple mon père préparait soigneusement la voiture, il nous faisait même un lit avec des coussins pour que nous puissions dormir. Le départ se faisait au petit matin, quand il faisait encore nuit, à la fraîche. Mes grands-parents, chez qui nous allions, habitaient un petit village. Ils  étaient très pauvres, avaient vécu les deux guerres et eu 4 enfants. A la façon des familles mafieuses, de cette région de l’Italie, nous étions accueillis au village avec beaucoup de méfiance puis quand nous avions été identifiés, ils nous sortaient le grand jeu… On appelait mon grand-père « El Gréco » du fait de ses origines grecques.

Quels étaient vos jeux d’enfants ?

SI : Dans le village de mon grand-père, celui-ci me promenait à dos d’âne. Sinon après une semaine chez mes grands parents, on partait généralement au bord de la mer, plus au sud. Nous louions une maison en bord de plage et je me souviens du sable brûlant qui m’obligeait à courir pour arriver le plus vite possible dans l’eau (rires).

EG : En bord de mer, c’était planche à voile et ski nautique. J’adorais ça et je devais avoir 6 ou 7 ans !

Où avez-vous appris à nager ?

SI : Les cousins de mon papa étaient pêcheurs, aussi nous allions souvent chercher les poissons en mer. Ils nous balançaient dans l’eau et c’est comme ca qu’on a appris à nager !

EG : A la piscine du Tennis club de Roanne, avec le prof de tennis.

Quelques souvenirs gustatifs qui rappellent l’enfance ?

SI : Une omelette aux poivrons, à 8 ans. C’était dans la famille de maman. Elle était tellement bonne, qu’un jour, je n’ai pu résister à l’envie d’en manger et en re manger… tant et si bien que j’en ai eu une véritable indigestion. Depuis je n’en mange plus mais j’adore l’odeur du poivron ! C’est très émouvant de me remémorer tout cela.

EG : La blanquette de veau de mon père. Je n’ai jamais réussi à en faire une aussi bonne que la sienne.

Vous étiez plutôt des enfants sages ou faisiez-vous des bêtises ?

SI : Oui, j’étais un vrai petit chenapan. Jusqu’à 8 ans, ma grand-mère, qui me gardait souvent, était même obligée de m’attacher… Je grimpais partout, je déchirais mes vêtements, et me salissais constamment. On faisait du roller, on jouait aux billes. Un jour, j’ai même piqué de l’argent à ma grand-mère. Elle s’en est immédiatement rendu compte, et m’a pris en flag au supermarché les poches pleines de belles billes toutes neuves… j’ai eu droit à une bonne gifle, cela m’a servi de leçon.

EG : Je n’ai pas fait beaucoup de bêtises (rires).03

Parlons maintenant de vos vacances d’adolescence.

EG : Moi je situe cette période vers ma 3ème, à mon arrivée à Annecy, parce que je m’étais fait virer de toutes les écoles de Lyon. A cette époque, j’ai eu l’occasion de partir pour l’Espagne pour les vacances. Nous étions avec nos cousins, c’est l’époque de nos premières sorties en boîte de nuit, on buvait du gin tonic et nous commencions à draguer les filles. Sinon, je me souviens, vers mes 16 ans, être parti à Boston, en échange scolaire franco-américain, pendant 2 mois. Je m’étais fait une petite copine, c’était mon premier grand voyage, tout seul et la première fois que je prenais avion.

SI : Moi, ma première fois en avion, ce fut un voyage pour Londres, vers mes 16 ans. Sinon, à 13 ans, je crois que j’étais déjà ado. Je faisais l’école hôtelière et j’étais en pensionnat. C’est là que je commence vraiment ma vie, je me sépare du noyau familial, et je travaille le week-end, pour me payer mon petit chez moi, car je n’aimais pas dormir au pensionnat.

Pour les vacances, je suis presque toujours en stage, souvent dans des palaces. De cette façon, et parce que là-bas il y en a beaucoup, je pars souvent en Suisse. Par contre, je n’ai aucun souvenir de filles pendant mon adolescence. Ma première grande amoureuse ce fut vers mes 18 ans, c’était une Irlandaise. Ma première expérience sexuelle, elle, remonte à mes 14 ans… j’ai pratiquement été violé. En effet, elle avait 18 ans, elle m’a plaqué contre le mur, et… voilà c’était fait ! (rires)

EG : Quel play-boy !

Qu’est-ce que vous écoutiez comme musique ?

SI : J’écoutais U2, j’aimais le reggae et sinon beaucoup de pop anglaise. Le premier disque que j’ai acheté c’était un disque des Beatles.

EG : Moi, c’était Johnny. Depuis toujours, je suis un fan. Sinon, il y avait aussi Claude François…

Des jobs d’été?

EG : Tous les week-ends, je travaillais en tant que pompiste, sur l’autoroute du côté de Pierre-Bénite et pendant les vacances pour pouvoir partir en août.

SI : Moi, j’étais souvent en stage comme commis de salle, ou en cuisine. Je ne partais pas en vacances mais j’étais très fier de travailler dans des endroits luxueux.

Eric, cette période est-elle synonyme de fêtes?

EG : On sortait en boîte, on allait au Kobdo et à l’Aquarius. A Saint Jean, c’était au Florian. On y allait avec nos 2CV ou nos 4L, c’était très drôle. On prenait l’apéro au Bellecour, avant d’aller rue Mercière dans les pubs.04

Et vos vacances de jeunes adultes ?

SI : A 20 ans, j’étais en Angleterre, je venais de finir mes études. J’étais chef de rang, mais je n’apprenais pas la langue, car j’étais entouré d’Italiens et d’Espagnols. C’est à ce moment-là que je rencontre mon Irlandaise… Elle me propose d’aller à Dublin avec elle. Ni une ni deux, j’accepte et me voilà parti pour l’Irlande. Hélas, au bout de deux mois nous nous séparons… Cela ne fait rien, je reste. Pendant un an et demi, je travaille dans un trois macarons, je suis super bien intégré. En fait, j’aime vraiment ce pays, et pour la petite histoire je vis toujours dans la maison des parents de mon Irlandaise… Entre temps, je me suis fait plein de potes irlandais, ces gens sont supers. Qui plus est, je parle maintenant couramment l’anglais. Au bout de trois ans, on me propose d’aller au Canada pour une école où en plus j’allais être super bien payé. J’accepte. Mais avant d’embarquer pour l’Amérique, je décide quand même de rentrer voir mes parents que je n’avais pas vus depuis trois ans. Bien que je lui téléphone toutes les semaines, pour lui donner de mes nouvelles, quand ma mère ouvre la porte, elle fond en larmes. Je ne l’avais pas prévenue de mon arrivée et il faut dire que j’ai pas mal maigri… Après, c’est le départ pour le Canada.

Au bout de quelques mois, pour des raisons familiales, je suis obligé de rentrer en Italie. Contraint et forcé, j’abandonne tout. C’est un vrai coup d’arrêt dans mon cursus hôtelier. Pour être plus près de ma famille, je reste en Italie. J’ai trente ans et je me marie avec une Italienne. Je m’associe avec mon beau-frère, nous montons un restaurant, puis trois, mais nous perdons beaucoup d’argent… J’ai l’impression de faire du sur place, de perdre mon temps et tous mes acquis professionnels. C’est la galère. Entre temps, j’ai un fils. A cette époque, je n’ai pas le temps ni les moyens de  prendre des vacances. Vu l’état des finances de mes affaires, je décide d’aller travailler à l’étranger pour renflouer les caisses. Mon épouse refuse de me suivre. La situation se complique et inéluctablement, nous divorçons. Il me faudra 6 ans, sans vacances, pour remonter la pente !

EG: Moi, je me suis marié à 52 ans. Avant ce mariage, je travaille énormément, et je réalise, que moi non plus, je ne pars pas beaucoup en vacances. Nous sommes des bosseurs (rires).

Quand commencez-vous à partir en vacances ?

SI : Quand je rencontre ma seconde  femme, au Luxembourg. Je redécouvre l’amour et rattrape ce que j’ai perdu dans ma vie professionnelle. Avec elle, les premières vacances qu’on a pu prendre furent en Sardaigne, dans un petit hôtel avec vue sur mer. Pour la petite anecdote, je me souviens y être arrivé, sans espèces, avec seulement notre carte bleue. Ce que nous n’avions pas prévu c’est qu’il n’y aurait que 3 distributeurs automatiques qui n’auraient plus de cash… Du coup, le loueur de motos acceptant la CB, nous en avons loué une pour être au moins sûr de pouvoir bouger et visiter la région.  Dès le lendemain de notre arrivée, nous avons fait 150 km de côte. Ce fut magnifique, sauf que sur le chemin du retour nous avons pris de plein fouet une véritable tempête. Ce n’était pas top mais qu’est-ce qu’on a pu rigoler, quand on est amoureux tout est facile ! Ensuite et bien que l’on soit en août et en Sardaigne, il a plu durant tout notre séjour… Nous avons dû nous acheter des vêtements chauds, mais ça reste un beau souvenir. De vraies vacances.

EG : Mes vraies grandes vacances c’est quand j’ai acheté mon comptoir aux halles. A l’époque, je fermais 3 mois et je partais 3 mois. Cela était possible, car le reste de l’année nous étions ouverts sept jours sur sept. Je me rappelle avoir été aux Etats-Unis voir mes potes qui y avaient des établissements. Je devais avoir 35 ans. Ensuite, quand j’ai rencontré ma femme, nous avons pris l’habitude de partir à Biscarosse pour les vacances. Je suis tombé amoureux de cette région, j’adore l’océan. Depuis, nous partons toujours dans cette région.

Pendant les vacances êtes-vous grasse matinée ?

EG : Non, je suis un lève-tôt. Tous les jours, c’est un lever vers 5h.

SI : Avant, oui, j’étais très grasse matinée. Mais aujourd’hui, mon horloge biologique me réveille à 6h30 tous les matins.05

Aujourd’hui, à quoi ressemblent vos vacances ?

SI : En famille avec mes 3 enfants. J’aime beaucoup Lourmarin dans le Vaucluse, et bien sûr l’Italie où je vais voir mes parents et mes grands-parents. Je veux que mes enfants apprennent les valeurs familiales, c’est pour moi très important. Par contre, je ne pars jamais en vacances dans les hôtels ou j’ai travaillé. Je veux séparer ma vie professionnelle de ma vie privée.

EG : Nous, c’est Biscarosse, avec ma fille qui va commencer le surf. C’est la femme de ma vie, elle est sportive et hyper sociable. Elle me mène par le bout du nez !

Est-ce qu’il y a un pays que vous aimeriez découvrir ?

EG : Oui, l’Australie, que j’aimerais beaucoup visiter. Tous mes copains me disent que c’est superbe !

SI : Un pays sud américain, l’Argentine ou l’Equateur. En tout cas, ce ne serait pas un pays froid.