Ni Georges Képénekian, ni Sylvie Ramond n’ont assisté aux obsèques – Photo AV

Par Alain Vollerin

Madeleine Rocher-Jauneau était une femme de caractère. Sa disparition clôt une part de l’histoire du plus beau musée lyonnais.

Successeur de René Julian, elle avait à cœur de mettre en avant tous les départements du musée des beaux-arts dont elle avait la charge par des expositions régulières. Jamais, elle ne disposa des budgets élevés qui furent attribués à ses successeurs : Philippe Durey, Vincent Pomarède et Sylvie Ramond. Son accession, à la direction générale du musée, dément les propos sexistes d’Aurélie Filipetti, à propos de la nomination de personnalités, de sexe féminin, à la tête des institutions culturelles. Madeleine Rocher-Jauneau qui vient de décéder à 92 ans, était portée par une autre mission, soutenir et promouvoir l’histoire des arts plastiques, à Lyon. Tâche qui fut négligée après son départ. Epouse de Jean-Louis Rocher qui fut le directeur de la bibliothèque municipale de la Part-Dieu, Madeleine Rocher-Jauneau ne recherchait aucune publicité personnelle. Oserai-je dire, qu’elle était au-dessus de cela. Seul comptait son engagement, ses responsabilités dans l’action professionnelle. Elle menait tout avec une indiscutable rigueur, et sans moyens, ou presque.

En 1966, elle parvint à mener à bien une première restauration qui n’avait rien à voir avec les gigantesques financements dont disposa Philippe Durey qui avait été recruté par André Mure, alors, adjoint à la culture. Madeleine Rocher Jauneau maintenait de véritables liens avec le milieu artistique local. En 1976, elle organisa la première exposition du groupe Témoignage. Le sculpteur Etienne-Martin, les peintres Jean-Le Moal et Jean Bertholle avaient fait le voyage. Elle connaissait le rôle joué par Henri Vieilly, comme professeur à l’école des beaux-arts de Lyon. Dont Jean-Marc Requien éprouva la qualité de son enseignement. Une foule très dense parcourait les salles du musée, le soir du vernissage. Quel souvenir ! Jacques Truphémus, en 1986, lui aussi fut honoré avec succès. Il n’était pas encore, loin de là, une coqueluche des galeries parisiennes. Attentive à la réalité, Madeleine Rocher-Jauneau donna leur chances à des artistes de l’école lyonnaise, comme Louis Thomas en 1976, Myriam Bros en 1977, Pierre Pelloux en 1981, etc… En 1982, le peintre sanziste Henri Lachièze-Rey, par ses soins bénéficia d’une reconnaissance méritée. Il venait de trouver la mort dans un terrible accident. La cote de Lachièze-Rey est maintenant réelle et incontestable, une des plus élevées sur le marché.

La preuve, de la vigilance et de la clairvoyance, de Madeleine Rocher-Jauneau. Mais, le triomphe absolu, pour la peinture lyonnaise ce fut la rétrospective Pierre Combet-Descombes, en 1985, placée sous la responsabilité de Dominique Brachlianoff qui produisit dans le catalogue une étude qui fait encore autorité. En l’église Saint-Pothin, le père Patrice Guerre dit une messe sobre, sans effet ostentatoire, ce qui correspondait parfaitement à l’esprit très pieux de Madeleine Rocher-Jauneau. Dans l’assistance, on reconnaissait le collectionneur Jacques Gairard, le photographe Vincent Dargent, l’historien Etienne Graffe, l’historien du musée des beaux-arts Gérard Bruyère, le galeriste Paul Gauzit, la bibliothécaire Yvette Weber, etc… L’absence de représentants officiels, laissait un goût amer. Pas de Georges Képénékian, pas de Gérard Collomb, pas de Sylvie Ramond, personne à part Gérard Bruyère, pour représenter l’institution muséale.

Soyons modestes. Nous sommes bien peu de chose. Nous présentons à la famille de Madeleine Rocher-Jauneau, et à ses amis, nos très sincères condoléances.