Par Jocelyne Vidal

Une chute de cheval et de standing… est si vite arrivée. On comprend la discrétion des Lyonnais sur leur pratique de l’art équestre.

Héritée de la transhumance aristocratique et bourgeoise qui chaque été, voit migrer les élites vers un château ou une ferme de la Belle Epoque, la pratique de l’équitation s’impose dans des propriétés aux écuries communes. Les chevaux des capitaines d’industrie, des juristes et des joailliers se mélangent dans une sorte d’indivision, pour une fois sans nuage, note en connaisseur Dominique Bremens. Un parrain militaire du Cadre Noir ne tarde pas à mettre le pied à l’étrier au futur notaire lyonnais. Le temps de faire ses classes à la Vitriolerie, Dominique Bremens traverse Lyon à cheval à quinze ans, lors du transfert des écuries de la Part-Dieu et de Gerland au Parc de Miribel Jonage. Sitôt passés ses examens de second degré, ce jeune « homme de cheval » enchaîne les compétitions de concours complet jusqu’à ses études de droit.

Les joies du cheval-partage

Laura Abou et Ueleme du Bochar au concours hippique de Megève, en 2017.

Diplôme de 2ème cycle en poche, Dominique Bremens répond à l’appel des grands espaces, de l’Arizona au Colorado en passant par le Mexique. Après deux ans de service militaire à l’Ambassade de France de Mexico, le futur notaire et son épouse retrouvent Lyon et ses clubs hippiques. A commencer par celui de Francheville. Trois petits tours de poney avec les enfants et c’est parti pour de nouvelles aventures équestres avec Aurélie. « D’un très bon niveau à 14 ans, avec un Galop 8, ma fille aînée m’a incité à reprendre la compétition avec elle. Des concours régionaux aux Championnats de France par équipe, nous avons vécu tous les week-ends, de grands moments de cheval-partage. » Une période propice aux belles rencontres : « croisé près du Lac de Paladru, Bruno Bouvier, l’un des cavaliers de concours les plus expérimentés, m’a vendu mon premier cheval Uredo, qui savait tout faire et m’a tout appris, je lui aussi acheté Calypso, une jument délicate, même si elle m’a envoyé dans le décor avec une fracture ouverte du tibia. »

Les terrains de jeu des V.I.P.

Laurane Guilloteau et Sopleasure Balliere

Entre un concours international du Cercle de l’Etrier et deux stages avec Michel Robert et Hubert Bourdie, Dominique Bremens retrouve les fidèles de la Reprise Bourazel, un club de d’avocats cavaliers et d’hommes d’affaires né dans le sillage de L’Escadron du Grand Parc. Yves Dolard, Jean-Pierre Forestier troquent chaque semaine la robe pour la tenue d’équitation. Hugues Genin, fils du commissaire-priseur lyonnais Xavier Genin, se découvre une vocation d’éleveur. En galopant aux côtés de Bertrand Morel-Journel, héritier de la plus ancienne famille de soyeux lyonnais, Jean-Claude Bouret, président de l’entreprise de textile technique iséroise Sofileta se sent la fibre d’un propriétaire de chevaux de course. Geoffroy Bouret, son fils n’a pas tardé à gagner ses galons de cavalier international, avant de prendre les rênes du haras de Fuyssieux. Ancien fief du comte Maurice du Parc Locmaria, le Haras de Tire-Gerbe a désormais adopté le nom du hameau où il se situe pour se faire une place dans le monde très fermé du Concours de Saut d’Obstacle où excelle Geoffroy Bouret. Rendez-vous incontournable de grandes familles très à cheval sur les traditions et codes de leur rang, l’Escadron du Grand Parc est aussi le terrain de jeu d’Elisabeth Latouche, l’héritière du groupe Fiducial, introduite par Dominique Bremens à l’Escadron « juste avant qu’Olivier Ginon ne m’annonce le rachat d’Equita Lyon, moyennant un franc symbolique, pour sa sœur et ses bourrins » !