Photo © Fabrice Schiff

Par Baudouin Wisselmann

A l’autre extrémité du bloc eurasiatique, à 7 fuseaux horaires, à 11h de vol de Lyon, la Chine paraît loin. Mais elle est encore plus éloignée pour celui qui s’y rend par voie terrestre, ou à vélo.

C’est au détour d’une phrase qu’Ambroise Mathey évoque sa nature aventurière. En insistant un peu, nous découvrons que nous sommes assis face à un bourlingueur comme on en fait plus. Depuis 1996, il traverse le globe en long et en large et a posé ses valises dans quasiment tous les pays d’Asie et d’Europe. Mais aussi au Pérou et au Canada en passant par l’Afrique, comme il le raconte sur son blog dans des récits qui vous transportent réellement. Né de parents lyonnais à Besançon en 1976, il fréquente Saint Charles de Serin puis rejoint les bancs de l’IDRAC en 1995 qui lui fera découvrir la Chine dès la fin de sa première année. Un voyage de 2 mois à Pékin, le premier d’une longue série. Diplômé en 1999, il part en Malaisie pour un VIE chez Geodis jusqu’en 2002 où les choses sérieuses vont commencer. Avant de rejoindre Clasquin à Lyon, il prend 8 mois de break pour réaliser « The Trip », son projet de voyage.  Fidèle à sa devise : « une grande action est un rêve que la réalité vole à l’imagination », extraite du Bréviaire de l’Homme d’action, il se lance avec son pote Brice dans un gigantesque aller-retour Paris-Pékin, Pékin-Lyon, par voie terrestre, par train, stop, bus, charrette cheval, side-car. Après avoir traversé l’Europe de l’Est, le transsibérien les dépose à Oulan-Bator, où ils improvisent et achètent un side-car Ural pour 600 $. Sans casque, ni assurance les deux baroudeurs traversent les steppes mongoles durant 3 semaines. Une fois Pékin ralliée, ils se dirigent vers Lhassa, le Tibet est alors très peu touristique, puis remontent l’ouest de la Chine vers Kachgar et ses régions musulmanes. « C’était quelque chose. On a fait 3 semaines de stop à 4000 ou 5000 mètres d’altitude puis traversé en bus le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, mais à Tachkent, on a été forcé de prendre l’avion jusqu’à Istanbul, pour entamer notre remontée vers Lyon par les Balkans ».

 L’homme de Norbert Dentressangle en Chine

Clasquin le renvoie à Shanghai en 2007, en tant que commercial, puis directeur de la zone centre Chine, mais le mal du pays le fait boucler ses valises en 2011. « Il fallait je rentre en France retrouver mes racines, faire mon come-back… et j’avais surtout en tête un autre voyage ». Une fois encore, Ambroise ne montera pas dans l’avion, il décide de se lancer dans sa « Back Home Silk Road ». C’est l’idée, et elle est fort belle : emprunter la route de la Soie pour rentrer à Lyon. Une partie du trajet lui est familière, celle de la traversée de la Perse antique, sans toutefois pouvoir passer par son berceau, l’Iran, en raison d’un problème de visa. Parfois rejoint par des amis pour des tronçons, son voyage en solitaire aura été « une aventure à la fois extérieure et intérieure ». Lors d’une soirée glaciale passée au bord du lac Karakul dans le Xinjiang, il demande en mariage sa bien-aimée, Hui-Hui. 146 jours d’efforts, 10 pays traversés, 13 700 kilomètres parcourus, racontés sur son blog dont nous vous conseillons la lecture, au risque de vous donner de folles idées… Installé à Paris en tant que directeur Europe de Touax, les sirènes chinoises auront à nouveau raison d’Ambroise. Approché fin 2013 par Norbert Dentressangle, il dresse donc une liste des plus et des moins entre Paris et Shanghai. La balance penche pour Shanghai, mais il prend cette fois-ci l’avion pour s’installer dans le quartier de Jin’An. Après le rachat du transporteur lyonnais en 2015 par le groupe américain XPO Logitics, Ambroise est promu directeur pays. L’activité y est bonne, et malgré la concurrence chinoise grandissante, il reste confiant : « Shanghai n’est plus aussi facile qu’avant pour monter son business, mais il ne faut pas avoir peur de la Chine pour autant, et se rappeler qu’il existe une vingtaine d’autres villes de plusieurs millions d’habitants, c’est d’une rare profondeur ».