jean-baudran Photo © Jean-Luc Mège

 

Par Nadine Fageol

 

Issu de la filière textile lyonnaise, il a fait carrière à Londres. Architecte d'intérieur, designer passionné d'art et bardé d'awards, il anime l'association des Lyonnais de Lyon de son charme incontestable.

 

L'éducation intransigeante du père a fait du fils un homme érudit, cosmopolite, avec ce côté so english sous contrôle. Il nous accueille dans son appartement empli de livres, sérigraphies, toiles et grenouilles en collection châtiée. Bureau puis séjour, la pièce à vivre file sur un jardinet. Dans le chicissime Manhattan, on découvre bosquets puis arbres s'élançant à l'assaut du ciel au beau milieu des skyline. Somptueuse vision que ce spectacle d'une nature bravant l'urbaine forêt. Très vite, on se rend compte que Jean est un Monsieur à même de conserver un kalanchoé une vie durant jusqu'à ce que la plante forme tronc épais à la manière de ces bonsaïs plus que centenaires. Travail d'esthète. Il a treize ans quant son soyeux de père décide qu'il passera ses vacances d'été à l'usine à apprendre le métier. Après celles de l'Ain viendront l'Autriche, l'Allemagne, l'Italie… À Vienne, une famille récupère l'enfant perdu « dans un collège fermé avec un chien qui me faisait peur »…  Après Ampère, le cours Pascal et l'École Supérieure des Industries Textiles, une « offre de situation » se présente : démarrer une section pour une usine textile en Angleterre. Il ne rentrera jamais, se marie et passablement fatigué par la gouvernance patronale qui le propulse du comptable à l'OPA en passant par l'avocat, s'en va fonder sa société dans l'univers du textile et de l'ameublement de la maison en 1974. Une vie consacrée à décorer les appartements de la plus fine society anglaise, à designer avant l'heure pour les entreprises des arts de la table, l'architecte d'intérieur récompensé de plusieurs awards, chouchou de la gentry anglaise, n'hésite pas à conseiller, « si vous voulez faire ce que vous aimez, il faut faire de l'art sinon les usines n'existent plus ». 

 

Aujourd'hui il passe 50 % de son temps à New York, 25 % à Londres auprès de l'une de ses filles, membre de l'équipe éditrice de Vogue  et le reste en voyages à la poursuite de sa famille, sa sœur lyonnaise ou son autre fille, journaliste au Sunday Time en partance fin juin pour Bangkok. Aller au Metropolitan, au palais de la Frick collection, « dire bonjour à mes tableaux » Jean a d'autant fort à faire que depuis 2007, il est Secrétaire général de l'Association des Lyonnais de New York, soit 460 familles. Objectif, la promotion de Lyon peu connue aux USA en liaison avec les officiels de la ville, Jean-Michel Daclin, Per Justesen des Affaires Étrangères au Grand Lyon, et Roland Cathebras de l'Aderly… Favoriser les connexions et renforcer les liens, régulièrement il organise, avec le soutien de Daniel Boulud à la logistique gourmande, dîners débat ou conférences. Il conseille encore les étudiants en provenance de l'EM Lyon tout en prévenant, « venir à New York sans travail est la pire des choses. C'est une ville très dure si on n'a pas de vocation, une ville en revanche beaucoup plus efficace que le reste du pays ». Une fois ses devoirs remplis, Jean aime traverser le Brooklyn Bridge à pieds, sa promenade favorite, et passe fort « heureusement » ses week-ends à Montauk au bord de la mer, endroit très sauvage affublé d'un monstre. L'homme est modeste, c'est seulement quelques heures plus tard devant un verre de blanc, qu'il laisse entendre avoir décoré plusieurs maisons pour Ingrid Bergman et avoir sévi pour la Cour royale d'Angleterre, ses contributions dans l'industrie et le design en ont fait un membre à vie de la Royal Academy of Arts !  Mais au fond de lui-même, il reste Lyonnais de cœur. « Le métro, les Berges… Lyon progresse énormément, il faut voyager pour s'en rendre compte ». NF